Carte blanche pour le Festival Mode d’Emploi : «Le corps en spectacle»

Cela fait quatre ans maintenant qu’à lieu en fin novembre à Lyon, un festival qui regroupe chercheurs et passionnés. Le Festival Mode d’Emploi revient donc cette année du 16 au 29 novembre, avec encore une fois de nombreuses rencontres, des débats ainsi que des spectacles. Mercredi 18 novembre à la Villa Gillet avait lieu une journée d’étude ayant pour thème « le corps en spectacle ». Retour sur les questions et sujets abordés !

Le corps physique et organique

La journée a donc commencée avec une première intervention intitulée «le corps malmené». Dans cette intervention présentée par Josette Féral, il était question dans un premier temps des corps maltraités comme on le retrouve parfois par exemple chez Roméo Castelucci ou Jan Fabre. Il nous a donc été montré multitudes d’extraits de différents metteurs en scène travaillant tous sur la question de ce corps sévi, malmené. Le second point abordait ensuite les corps souillés. S’il était possible pour le précédent point que les maltraitances soient fictives, ici, nous sommes dans le vrai, comme par exemple les bacs de boue de Vincent Macaigne dans Au moins j’aurais laissé un beau cadavre… Puis, le corps peut également être passif, mais ce qui ne l’empêche pas d’être tout aussi perturbant. Il a donc été évoqué les corporéités dites hors-normes, comme le sous ou le surpoids, chez Dave St Pierre pour ne citer que lui. Dans tous les cas, l’exploration du corps est au cœur du travail, la question de la catharsis ayant également été soulevée. Autour d’une table ronde avec Hugo Verracchia, metteur en scène, la différence entre le corps du comédien, de la personne, et celui du personnage a tenté d’être définie. Puis, outre la question du corps de l’acteur, Emeline Jouve et Stéphane Boitel se sont penchés sur la question de celui du spectateur. Celui-ci occupe en effet une place importante dans la création d’un spectacle. Par la disposition de la salle tout d’abord, à savoir si le dispositif est frontal, ou s’il a recours à d’autres modes de présentation vis-à-vis du public. Puis, par la présence plus ou moins active du spectateur, qui deviendrait parfois invisible. En effet, si la salle était éclairée et que les gens parlaient durant la représentation jusqu’au 20eme siècle, les choses changent par la suite pour que le spectateur ne soient «actifs» qu’au début et à la fin du spectacle. Les acteurs ont alors une conscience du corps du spectateur totalement différente. Actuellement, les metteurs en scène ainsi que les scénographes cherchent beaucoup de nouvelles formes d’interactions avec le public, que ce soit par le texte, le jeu des acteurs ou par de nouveaux dispositifs scéniques et l’abolition éventuel du fameux quatrième mur.

Mode d'emploiLe corps, des mots aux images

Si le théâtre est donc avant tout un corps comme nous l’expliquait Sylvie Roques, il est également possible de le mettre en mots. Ces propos ont été illustrés par un extrait du spectacle d’Hugo Verrecchia et Ludmilla Coffy basé sur le texte Jouir de C.Cusset. Si la mise en scène était plutôt décevante sur le travail du corps justement, le texte résonnait parfaitement avec le propos de la journée. Il évoquait en effet les rapports amoureux, par le biais du corps, et notamment par exemple de ses odeurs. Suivi par une table ronde autour de ce même sujet, évoquant la question de savoir si l’écriture mettait à distance la violence qui pouvait se dégager d’une corporéité violentée. Auquel il a été répondu par l’exemple du In your face Theater et également par le travail de Sarah Kane. Si le corps peut donc être supports de mots, il peut également servir de supports aux images. C’est Ester Fuoco qui a évoqué cette question dans l’après-midi, en insistant sur le fait que certes « le corps parle, mais il fait également parler » et qu’« un corps est condamné à signifier ». En s’appuyant sur le travail de la compagnie Chunky move, il nous a été montré que le corps pouvait devenir surface, jusqu’à parfois devenir même invisible. Le corps organique devient alors corps artificiel, donc sans empathie, et devient un outil scénique comme les autres. Mais outre le support d’images, il peut également être invisible ou presque en devenant le support d’objets marionnettiques, donc devenir un corps non organique. Noémie Lorentz a évoqué entre autres les marionnettes portées ainsi que les prothèses, très présentes dans le travail d’Ilka Schönbein. Le corps ne s’efface alors pas ici, mais se transforme et s’augmente.

Cette journée d’études a permis d’aborder les grandes questions que l’on peut se poser sur le corps, et notamment quand celui devient politique, et porteur d’un message fort comme ça a été le cas avec l’Odin Teatret présenté par Arianna Bérénice De Sanctis. Encore donc une journée riche en savoirs pour ce Festival Mode d’Emploi. N’hésitez pas à aller assister à d’autres débats, ou encore aux foires aux savoirs qui se dérouleront les 21, 22, 28 et 29 novembre !

Marie-Lou Monnot

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