Cendrillon du Malandain Ballet Biarritz, un spectacle en demi-teinte

Du 23 au 28 février se joue Cendrillon à la Maison de la Danse de Lyon. Un conte de Perrault qui a fait le lot de nombreuses adaptations, que se soit sur scène ou au cinéma. Un conte classique donc, mais qui déçoit malheureusement ici. Par son manque d’originalité et ses gros défauts visuels, cette adaptation n’est pas à la hauteur de celles qui l’ont devancées. Retour sur un spectacle hélas fade, rempli de dissonances.

© Olivier Houeix

Un spectacle tristement froid

L’histoire de Cendrillon, tout le monde la connaît. Que ce soit chez Disney ou sur nos scènes, ce conte à été maintes et maintes fois joué et dansé. Avec tant de prédécesseurs, il faut alors savoir innover et surprendre. Hélas, Thierry Malandain et sa compagnie n’y parviennent guère. Si l’histoire et la musique de Prokofiev sont bien présentes, la magie et l’amour de ce conte ont clairement disparus. Le spectacle, qui semble durer une éternité, laisse impassible. On assiste simplement à une démonstration physique, mais sans cœur ni âme, et c’est bien dommage. Il faut dire que les derniers spectacles vus sur ce sujet sur la scène lyonnaise en était rempli. Chez Maguy Marin, présentée en début d’année à l’Opéra de Lyon, la musique éclate, un monde magique s’offre à nous, on est immédiatement emportés : par le décor et les costumes en premier lieu, mais tout autant par la chorégraphie. Chez Joël Pommerat aussi, l’an dernier au TNP. Si le spectacle avait de gros défauts dramaturgiques, on ne pouvait en revanche pas lui reprocher de proposer un univers original et rempli d’onirisme. En comparaison, ce Cendrillon apparaît comme fade, dénué de toute saveur. Certes, la scénographie, remplie de chaussures à talon noir, fait son petit effet au début, mais elle finit vite par faire tapisserie. Un décor froid, agrémenté de ses danseurs, certes virtuoses mais sans grande présence, ne nous plonge hélas dans aucun univers. Le chorégraphe voulait aller à l’essentiel en simplifiant la scénographie, et la gestuelle, mais il s’est clairement perdu en chemin, oubliant l’essentiel du conte : l’amour et la féerie. Le spectateur est alors installé dans un monde très loin de celui de l’enfance et de sa magie, et n’assiste qu’a une profusion de corps en mouvements.

Un spectacle en dissonance

Tout au long du spectacle, les dissonances s’installent alors. Visuellement dans un premier temps, au niveau des costumes. Si chaque groupe de personnages a un style propre, aucun d’eux ne fonctionnent ensemble. Les justaucorps beiges nous aveuglent de leurs paillettes : ambiance patinage artistique. Les hommes et femmes de la cour sont en déclinaison de gris. Tout du moins, dans une tentative de déclinaison. Les gris chaud et froid se mélangent dans des teintes complètement opposées. Les deux filles et la belle mère, jouées par des hommes, sont quant à elles sur-maquillées et simplement ridicules dans leurs robes à froufrous. Le choix de leur mettre un crâne chauve, en plus d’être laid, ne fonctionne absolument pas. Entre celui qui est véritablement chauve et les deux autres qui portent un cache, très mal dissimulé, l’effet ne prend pas. En somme, un véritable cafouillage visuel dont on ne comprend absolument pas le sens et la logique, et dont on cherche encore la beauté. Le trop plein d’effets de lumière, pour combler l’absence de décor, nous perd d’avantage encore.
Puis, au sein même de la chorégraphie, de nouveaux faux pas. Si nous n’avons rien à reprocher à la virtuosité des corps des danseurs, leur synchronisation, elle, est en revanche à revoir. A plusieurs reprises, les duos et trios évoluent sur des rythmes différents, et se trompent même dans l’intention de leurs mouvements. Au final, pas de cohérence. De plus, certains choix perdent totalement notre regard. Sur scène, trois groupes de danseurs évoluent, au même moment, et pour raconter chacun un pan différent de l’histoire. La confusion s’installe, et on ne sait où donner de la tête. A noter, l’utilisation de béquilles pour la belle-mère, qui arrivent purement et simplement comme un cheveu sur la soupe. En plus d’être, encore une fois, plutôt laid visuellement, le sens et l’intérêt que cela apporte à la chorégraphie nous échappe totalement. Un spectacle en somme chaotique, qui ne semble pas encore bien ficelé.

Cendrillon du Malandain Ballet Biarritz déçoit donc en comparaison de ses prédécesseurs. Un spectacle démodé, qui n’innove hélas guère et qui est bien loin de nous emporter. On peut néanmoins noter la bonne trouvaille de la scène de bal, où les danseuses ont été remplacés par des mannequins portant des robes. Même si pas abouti, l’effet visuel est plutôt efficace. Dans tous les cas, n’hésitez pas à vous faire votre propre avis, que vous ayez ou non vus la version de Pommerat ou de Maguy Marin, c’est à voir jusqu’au 28 février à la Maison de la Danse.

Marie-Lou Monnot

Une pensée sur “Cendrillon du Malandain Ballet Biarritz, un spectacle en demi-teinte

  • 26 février 2015 à 7 h 48 min
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    Madame, avez vous vu le spectacle ou avez vous faut cet article pour faire la promo de votre amie à la maison de danse ?
    Ce spectacle est non seulement abouti mais il est gracieux et envoûtant. C’est un succès mondial et seuls vos yeux ne le vous pas… Peut être devriez vous retourner le voir en regardant les yeux de vos voisins de sièges ?
    Vous pouvez ne pas aimer mais de la à écrire ce que vous écrivez… Vous avez certainement perdu tous vos rêves d’enfants, de princesses.

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