Chant d’hiver au théâtre de la Renaissance, un périple dans la solitude des champs de glace

Aux amateurs de romantisme allemand, de voix émouvante, de musique audacieuse et bien maîtrisée, de texte profond interprété avec justesse, rendez-vous ce vendredi au Théâtre de la Renaissance, au métro gare d’Oullins, à 20 heures !
Cette œuvre musicale et théâtrale, vous transportera en Antarctique, par le récit d’un scientifique, Claude Lorius. Ce personnage, joué par Dominique Tack, raconte les atermoiements de son âme, lors d’un carottage réalisé dans ce désert de glace. Mais point de mélodrame ennuyeux, ni de pathos à l’envi, encore moins de compte-rendu scientifique !

Poésie de l’angoisse

L’ambiance n’est pas celle qu’on pourrait imaginer pour « un chant d’hiver », écouté au coin du feu, en savourant marrons et chocolats chauds. Le chant de la mezzo soprano Elise Dabrowski accompagné par la pianiste Claudine Simon et ponctué des paroles du comédien composent un petit opéra aux résonnances wagnériennes. La sublime voix de la chanteuse fait voyager l’audience dans un univers clos, hors du temps, pour un pur moment de mélancolie, de réflexion et de contemplation. L’ambiance est à l’angoisse, comme nous le fait ressentir la recherche de sons parfois dissonants. Pourtant, le spectacle ne vire jamais « au mal de crâne », à l’excès de jeux instrumentaux étranges, visant à mettre mal à l’aise le public. Au contraire, il maintient le spectateur dans un état de tension positive.

 Une lumineuse obscurité ou une lumière obscure ?

Cette œuvre interroge le contraste entre ténèbres et lumière. La neige dans laquelle évolue le personnage, dont on sait combien elle peut être chatoyante, cache la solitude qui le hante et l’anime. De la même façon, la musique angoissante oscille avec des moments d’une tendre douceur. L’âme, au cours de la vie, passant de la félicité au néant, peut être une interprétation de ces jeux de clair obscur.

« Nous verrons toujours plus clair et notre monde sera toujours plus froid »


De la simple histoire d’un scientifique en mission, nous passons à la mise en valeur d’un problème majeur de notre temps où l’avancée scientifique s’est faite maîtresse de nos vies : le progrès est-il synonyme de bonheur ? La pénombre de la salle, fait ressortir la blancheur de la neige et vice-et-versa, nous invitant à revoir notre conception de la science, comme puits de lumière.

Le froid concret dans lequel évolue le personnage se fait « froid métaphysique », pour reprendre une expression lancée par le personnage. Le carottage auquel se livre Claude Lorius semble être une métaphore de ce qui ronge notre âme plutôt que de nous apporter une connaissance salvatrice et bienheureuse sur notre environnement. « Il me faut trouver ma voie dans cette obscurité », tel est le programme du parcours de notre aventurier des temps modernes, et tel est l’interrogation métaphysique offerte à chacun. Cette performance nous invite ainsi à un voyage à travers la voix, le souffle et le regard d’un « voyageur contemplant une mer de nuages » perdus le ciel gris et bleu dans la modernité.

 Prunelle Deleville

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