Chants venus d’ailleurs : Garcia Marquéz à la sauce coréenne

Cette année, le festival Off d’Avignon accueillait des artistes coréens, dans le cadre de l’Année France-Corée au Théâtre des Halles du 6 au 28 juillet. Après avoir travaillé sur La Bonne âme de Se-Tchouan, au Théâtre National Populaire de Villeurbanne en 2011. Jaram Lee revient en France pour nous proposer un pansori autour d’un texte de Gabriel Garcia Marquez.

Petit Pansori étranger

© Pansori Project Za
© Pansori Project Za

Le pansori est l’art coréen du récit chanté, accompagné par un tambour (janggu) et régulièrement par une guitare, il est particulièrement caractéristique de la musique coréenne. Ce mot signifie « chant public » ce qui explique sa place au milieu d’une salle de théâtre. Il existe deux versions du pansori : une masculine, énergique et gaie au tempo rapide et une féminine, nostalgique et lyrique au tempo plus lent. Le Chant de l’étranger appartient donc à la deuxième catégorie. Le tempo est effectivement très lent et on sent, sinon la nostalgie, tout du moins le lyrisme dans les chants de la coréenne.

Un pansori présente souvent les relations père/fils, mari/femme, frère/sœur, amis ou maitre/sujet. Dans le spectacle réalisé par Jaram Lee, deux thèmes sont abordés : le rapport mari/femme et maitre/sujet. On pénètre dans l’intimité du couple Homero/Lazara et observe l’évolution de leur relation avec l’ancien président de leur pays d’origine qui se comporte comme un maitre avec eux.

Un pansori est une œuvre longue censée durer entre quatre et six heures mais pour les besoins du festival, le spectacle a été raccourci et tient en une heure comme nous l’a confié l’artiste au début de la représentation. Cette forme courte peut étonner en France car rares sont les artistes qui prévoient une version courte de leur spectacle alors qu’en Corée du Sud, c’est monnaie courante. On peut souvent ne jouer que les morceaux fameux d’un ou plusieurs pansori au cours d’une représentation.

Si nous ne savons rien de la version complète d’origine, la version réduite souffre d’un déséquilibre majeur entre les moments de récit et les moments de chant. De même le guitariste présent sur scène n’intervient que trois ou quatre fois seulement alors que le spectacle ne compte pas moins de dix-neuf chants. Sûrement que dans la version longue, il est plus mis à contribution et nous l’espérons car chaque fois que la guitare accompagnait le tambour et/ou l’artiste, cela donnait plus de sensibilité au chant.

Une fable des temps modernes

Adapté du texte Bon voyage Monsieur le Président de Gabriel Garcia Marquez, ce récit se présente comme une fable qui raconte une histoire musicale avec une petite morale à la fin. Si on sait que cela se passe à notre époque, aucune date n’est mentionnée et si le texte de Garcia Marquez nous dit que nous sommes à Genève, le spectacle joué pour la première en France ne nous renseigne pas sur la ville où se situe l’action, de même qu’on ne sait pas de quel pays l’homme que le couple rencontre était le président.

Jaram Lee, mise en scène par Ji hye Park incarne tous les personnages comme le veut la tradition des pansori. Elle n’utilise aucun masque ni accessoire pour changer de personnage, une posture ou un timbre de voix suffit : Homero est interprété de manière joviale et parlant un peu vite, sa femme, Lazara avec les mains sur la hanche pour manifester son désaccord avec son mari et l’ex-président lui se tient bien droit, parle lentement et sérieusement. Homero a une relation de dépendance vis à vis de l’ex-président, il l’admire et fait tout ce que ce dernier ordonne, au grand désespoir de sa femme qui elle voit d’un mauvais œil la présence de ce personnage dans sa maison. Pourtant, devant le manque de courage de son mari et parce qu’elle représente une femme forte, capable d’autonomie, elle décide de prendre les prérogatives et de faire ce que demande l’ex-président à la place de son mari, après tout, c’est elle la maitresse de maison ! Le président semble les observer, amusé, et se laisse servir. Si ce ne fut pas simple au départ, les trois personnages finissent par devenir ami et Homero, sans même s’en rendre compte nous livre une maxime de vie qui pourrait se traduire par « il faut toujours aider sans réclamer car un jour, on sera remboursé ».

Le jeu de Jaram Lee, agrémenté de ses mimiques est vraiment très bon et ses chants, empreints de nostalgie, nous émeuvent dès lors qu’ils ne sont pas interrompus par les cris de la joueuse de tambour qui semblent superflus et n’apportent rien au spectacle. Bien qu’il s’agisse d’une des traditions de cet art, cela casse un peu l’harmonie globale et la poésie qui se dégage du chant.

© Pansori Project Za
© Pansori Project Za

Le spectacle s’ouvre et se termine sur les raisons pour lesquelles elle a choisi de jouer ce texte, les artistes livrent trop peu leur véritable ressenti et leur rapport au texte qu’ils ont choisi de monter… Cette démarche est très intéressante et les européens feraient bien de s’en inspirer. Jaram Lee et sa compagnie Pansori Project – Za nous offre une heure de tradition musicale coréenne tout en élégance et finesse.

 

Jérémy Engler

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