Quand le Chili fait son cinéma au festival de Clermont-Ferrand

Outre les films Reo du programme international 6 et Unnatural du programme Labo 5 et de certaines séances scolaires, le festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand qui se déroule du 3 au 11 février offrait au cinéma chilien la possibilité de se faire connaître des Européens. Si les films mexicains ou argentins s’exportent bien, c’est un peu moins vrai pour les films chiliens dont le plus grand représentant en Europe est Pablo Larraín ; vous pouvez d’ailleurs découvrir sur notre site les critiques de sa pièce Acceso ou de son film Neruda.

La vie simplement

La sélection chilienne ne tombait pas dans le misérabilisme ou dans la carte postale pour visiter le pays, mais s’intéresse à la vie des gens et à leur quotidien. Non Castus d’Andrea Castillo est un film intimiste qui traite de la relation entre une mère et son fils qui vivent dans la solitude, mais ensemble. Se développe alors un lien particulier entre eux et l’inceste est rendu avec pudeur et élégance… On comprend leur relation et on l’accepte même si elle est un peu dérangeante. L’effet laissé par ce film est très désemparant…

On ressent un peu la même chose avec Yo no soy de aquí (Je ne suis pas d’ici) de Maite Alberdi et Giedre Žickyte qui raconte la terrible histoire d’une vieille dame qui réside dans une maison de retraite. Josebe a 80 ans et s’intéresse à la vie de chacun, si au début, on se dit que c’est la plus dynamique et un soutien pour ses camarades, on se rend petit à petit compte qu’elle n’a plus toute sa tête et ne se souvient plus de tout. Souffrant de perte de mémoire immédiate, elle ne se souvient plus d’où elle vit ni pourquoi elle est là car elle n’a pas conscience de son problème. Entre humour et tendresse, on assiste à la vie toujours neuve de cette vieille dame piquante, filmée dans des tons très froids et avec une grande sobriété.

yo no soy de aqui

Seul film d’animation proposé dans cette sélection, Cantar con sentido (Chanter avec un sens) de Leonardo Beltrán raconte la vie de l’artiste Violeta Parra, guitariste et artiste de grand talent ! On suit le déroulé de sa vie en pâte à modeler et sur fond de tapisserie, art que pratiquait la touche-à-tout chilienne. Son but était de rassembler et de promouvoir le folklore musical chilien et ce court-métrage rend hommage à la personne qu’elle était avec poésie et subtilité…

Image tirée du film Cantar con sentido
Image tirée du film Cantar con sentido

Mais la mort aussi…

On parlait de poésie, force est de constater que les cinéastes chiliens y sont très sensibles. Dans El sueño de Ana (Le rêve d’Ana) de José Luis Torres Levia, on assiste au récit d’un rêve face caméra. La conjointe d’Ana est morte et elle essaie de rêver d’elle pour ne pas la perdre et moins ressentir la perte… Elle nous raconte le dernier rêve qu’elle a fait et celui dont elle se souvient le mieux, entre souvenir et vision fantasmée, l’amour qui résiste à la mort est traité avec grâce et subtilité pour créer un film particulièrement émouvant…

Image tiée du film El Sueno de Ana
Image tiée du film El Sueno de Ana

vaca muerteAvec un peu moins de poésie, mais avec du fantastique, le film Y todo el cielo cupo en el ojo de la vaca muerta (Et tout le ciel tient dans l’œil d’une vache morte) de Francisca Alegría, nommé au Festival de Sundance nous raconte le drame d’une famille dont toutes les vaches sont mortes dans la nuit. C’est la faillite et le fils déprime tandis que sa mère Émeteria tente de la rassurer. Ici la poésie est présente avec le traitement de la mort, car au final, la mort des vaches est le déclencheur, mais pas le sujet principal de l’histoire. En effet, elle croise la route du fantôme d’un ex-employé, symbolisant la mort qui vient la prendre croit-elle. Sauf qu’il ne vient pas pour elle, mais pour son fils, ce qu’elle ne comprend pas puisqu’il est en bonne santé… Et pourtant… les vaches le poussent au suicide, mais malgré cela, elle fera tout ce qu’elle pourra pour protéger son fils de la mort quitte à offrir sa vie… Ce film montre la détresse d’un paysan qui perd tout et l’amour inconditionnel d’une mère, le tout avec une pudeur et une justesse admirable.

Le cinéma chilien a de beaux jours devant lui avec des réalisateurs et réalisatrices de talent qui savent saisir la poésie du quotidien et la montrer dans son plus bel apparat, sans fioritures et avec grâce… Nous vous invitons à découvrir Reo et Unnatural qui passent respectivement samedi à 19h à l’Hospital et à 14h à la salle Conchon.

 

Jérémy Engler

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