Chotto Desh : Découvrez la « petite patrie » de la compagnie Akram Khan !

La biennale de la danse continue encore, et si sa fin arrive bientôt, il reste encore beaucoup de spectacles à découvrir ! Si la majorité de la programmation était dédiée à un public adulte, nous avons néanmoins pu trouver des spectacles pour la jeunesse. Comme hier mardi 27 septembre avec la pièce Chotto Desh du chorégraphe Akram Khan. Les spectateurs ont pu à l’Espace Albert Camus découvrir la version jeune public de sa précédente pièce qui s’intitulait alors simplement Desh. Retour sur ce spectacle aux formes de voyage initiatique.

Voyages et histoire(s)

Le cœur de ce spectacle, c’est un peu le cœur d’Akram Khan lui-même. Que ce soit dans Desh ou sa version pour plus petits, les grandes lignes sont les mêmes. Évoquer ses racines, montrer son parcours, avec ses embuches et ses réussites. Montrer les moments de doutes, ou de joies. Montrer aussi la réalité qui se cache derrière : montrer la guerre. Intégrer dans tout cela un brin de fantastique avec le conte Le tigre de miel. Akram Khan, ici à travers un interprète, nous raconte son histoire, du Bengladesh en Angleterre – romancée bien sûr ! Il nous raconte sa jeunesse, son envie de faire de la danse face à un père qui ne l’accepte pas de prime abord. À travers cela, le chorégraphe apporte un message universel : la volonté de s’émanciper de la génération de nos parents, et la volonté aussi parfois d’aller à l’opposé de ce qu’on attend de nous. Cette histoire intime et universelle à la fois qui nous est livrée nous touche forcément. Mais il faut bien reconnaitre que cette version pour jeune public a tendance à un peu trop simplifier les choses. D’abord, à cause de la présence quasi permanente de voix off. Qu’on accroche ou non à l’identité de cette voix est un problème relativement personnel, mais son omniprésence reste elle commune à tout le public. Ces voix, celle du père de la mère ou d’un opérateur téléphonique, nous guident à travers l’histoire. Un peu trop justement… Ce qui est beau chez Akram Khan, c’est la puissance qu’il arrive à projeter dans les corps, à nous faire ressentir et comprendre des choses simplement à travers une tension de corps, à travers un mouvement. Cette symbolique forte des corps et des gestes, qu’on retrouvait par exemple à la tombée de rideau de Vertical Road, se disperse un peu dans Chotto Desk. Le trop plein de paroles, les gestes un peu trop explicatifs ont, à force, tendance à casser la dynamique de l’ensemble chorégraphique, et destinent ce spectacle surtout aux enfants et peu au(x) parent(s) qui les accompagne.

© Laurent Ziegler
© Laurent Ziegler

Magie malgré tout

Si cette version jeunesse a donc quelques défauts du point de vue d’un spectateur adulte, nous ne pouvons nier la qualité évidente de certains tableaux, et la force émotionnelle qui s’en dégage. Mais pas seulement. Si la scène où le crâne chauve du danseur se transforme en visage, devenant sa propre marionnette nous touche profondément, ses qualités chorégraphiques sont tout bonnement incroyables. Entre marionnette et monstre étrange, entre hip-hop et danse indienne, la danse créée autour de ce visage est bluffante par son originalité tout autant que par sa qualité esthétique. Un véritable coup de cœur. Couplée à une musique qui vous prend au cœur, on ne peut que se laisser aller. Mais si la danse est toujours réussie, les décors le sont aussi. Moins développés que dans la première version, ils se limitent ici à deux ou trois éléments de décor, mais surtout à la projection sur le mur de fond lors du passage du Tigre de miel. La narration fait à ce moment une pause dans le récit pour laisser place au conte. Apparaissent alors des images dessinées d’un monde aux arbres aux branches multiples et aux animaux fantastiques. Sous une musique encore une fois parfaite, on apprécie la chorégraphie tout comme les magnifiques illustrations qui se dévoilent sous nos yeux.

Chotto Desh est donc une tentative intéressante de réadaptation à visée d’un jeune public. Si on peut lui reprocher une trop grande simplification au détriment du rythme et de la danse, on se laisse néanmoins toujours emporter dans le monde de cet excellent chorégraphe, qui, à chaque fois, parvient à lever les foules et faire battre nos cœurs.

Marie-Lou Monnot

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