Un Cid sans seigneur au TNP !

Du 1er au 11 mars le Théâtre National Populaire de Villeurbanne accueille la plus célèbre pièce de Corneille, Le Cid, mis en scène par Yves Beaunesne dans sa première version, celle que le dramaturge qualifiait lui-même de tragi-comédie avant de la changer en comédie.

Du tragi-comique burlesque

Souvent, on pense que parce qu’il s’agit d’une tragi-comédie, on sera amené à rire, or c’est faux. Il s’agit d’une œuvre dans laquelle les personnages romanesques sont issus d’une classe sociale élevée et dont le dénouement est heureux. Le metteur en scène a décidé de prendre le parti d’introduire du burlesque dans sa pièce notamment à travers le personnage du roi, joué par Julien Roy. Ce dernier se déplace sur un fauteuil roulant avec des collants roses le décrédibilisant aux yeux du public et de certains de ses sujets comme le Comte de Gormas. Ses déplacements par petits pas et son phrasé volontairement las et plein de minauderie le rendent ridicule pour le plus grand bonheur des spectateurs. Ce sera l’un des seuls avec la bonne diction des comédiens et leur jeu vraiment excellent, mais pour le reste, l’ensemble est un peu faible pour une telle pièce. Si la poésie cornélienne est bien traduite et l’atermoiement des personnages bien rendu, il ne suffit pas de mettre un voile à une infante pour en faire une folle… Si le jeu de Marine Sylf est plutôt convaincant en princesse d’Espagne éprise de Rodrigue alors qu’elle n’a pas le droit de l’aimer, lui faire porter un voile lorsqu’elle entre en scène pour nous signifier qu’elle est tiraillée par sa passion nous semble peu judicieux. S’il est vrai qu’au XVIIe siècle, la folie se manifestait au théâtre par le fait de se décoiffer, car les comédiens déclamaient le texte, aujourd’hui, ces derniers l’interprétant et lui donnant vie, il n’est plus nécessaire de recourir à un tel accessoire qui, ici, tombe un peu à plat et si on ne connaît pas bien le théâtre du XVIIe, on a dû mal à comprendre ce qu’il apporte à la pièce, sinon rendre plus ridicule l’infante, mais dans quel but ?

© Guy Delahaye
© Guy Delahaye

Fade et sans grand intérêt

L’autre parti pris de mise en scène est le fait que les comédiens reprennent en cœur des chants lyriques. Si, lorsqu’ils ne sont pas sur scène, cela peut donner une ambiance un peu solennelle, voire tragique, dès lors qu’ils se réunissent au plateau, cela perd de son intérêt, notamment car ces cantiques sont en latin et qu’ils ne sont ni traduits ni surtitrés. On apprécie la performance vocale, mais on n’en perçoit pas très bien l’utilité. Globalement, on est content d’assister à la représentation de cette pièce. On retrouve tout ce qui fait Le Cid et les comédiens sont vraiment bons, ils ont sûrement été bien dirigés par Yves Beaunesne, mais malheureusement, il n’apporte pas grand-chose d’autre à la pièce. On attendait plus d’un tel metteur en scène, si sa vision du Cid se résume à un roi burlesque et à des choix peu pertinents ou mal exploités, alors c’est dommage. Le décor est plutôt intéressant, car il représente bien l’Andalousie. Constitué de voûte et d’arabesque dans le pur style andalou, il présente également un côté fonctionnel puisqu’il peut se désassembler pour incarner un nouvel espace. Avec ce système astucieux, on économise des changements de décor qui auraient ralenti le rythme de la pièce. Les arabesques créent un effet de persiennes qui nous permet de voir au travers le spectre du Comte de Gormas hanter Rodrigue, son meurtrier ou sa fille Chimène. Il offre également la possibilité de réutiliser le topos du mur séparant les deux amants. Lorsque Rodrigue revient de la guerre, il parvint à obtenir un entretien avec Chimène, car ils sont séparés par les deux pans du décor. Cette idée de mise en scène, bien que n’ayant rien d’extraordinaire et ayant déjà été moult fois utilisée, est excellente et se pare d’une grande portée symbolique. Les deux amants sont proches physiquement et par leurs sentiments, mais concrètement séparés par un mur et par leurs devoirs moraux, cette scène résume à elle seule le dilemme cornélien.

À l’exception du burlesque et d’une scène particulièrement bien mise en scène, le reste des choix d’Yves Beaunesne manquent leur effet et n’offrent pas une véritable réappropriation des propos de la pièce. La langue et le jeu des comédiens sont très convaincants, mais on ressort sinon déçu, assez mitigé de cette représentation qui ne fera pas date et ne restera pas dans les mémoires malheureusement.

Jérémy Engler 

Une pensée sur “Un Cid sans seigneur au TNP !

  • 8 mars 2017 à 7 h 38 min
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    Pour ma part, je suis sorti ni mitigé ni déçu mais complètement abasourdi par le massacre…. Nul!

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