Cine Holliudy, la joie d’une victoire du cinéma

La 31ème édition du festival des Reflets du cinéma ibérique latino-américain qui offre une programmation variée et intéressante jusqu’au 25 mars a eu l’occasion de nous projeter une comédie assez loufoque, du réalisateur brésilien Halder Gomes, présent pour ce spectacle qu’est Cine Holliudy. C’est à la suite du succès international d’un court métrage du même nom qu’il décide de s’attaquer au long format. Son film, comme il le rappelait en début de séance, a joui d’un succès populaire tel que dans sa région (il vient du Nordeste), son film a été plus vu que Titanic. On peut s’enthousiasmer en effet d’un film aux codes très différents mais très entraînants, comme les rythmes de samba et forro du groupe Deixa Rolar qui ont égayé la salle avant le début du film.

Une caricature d’un village brésilien

Francisgleydisson, un gérant de cinéma dans les années 70 du nord du Brésil est menacé par la prolifération de télévisions qui s’opère dans son village. Les gens ne vont plus au cinéma, ils préfèrent regarder leur petit écran individuel. Avec sa femme et son fils, ils décident donc de partir dans un village où cette révolution n’a pas encore eu lieu et où il peut remonter un cinéma. Ce village est peuplé de figures très différentes les unes des autres, dans un métissage socio-culturel évident. Un gros groupe de très bons acteurs force le grotesque et fait de chacun une caricature. On peut entre autres citer le maire populiste et beau parleur, incarnation d’une hiérarchie ridicule, sa femme roulant des mécaniques, très frimeuse, un jeune homme à l’homosexualité si non annoncée, vraiment très sous-jacente, ou encore une séductrice qui veut se la jouer fleur bleue. Ils accueillent tous à leur façon cette nouvelle famille qui vient tenter sa chance. Et même si l’attention se focalise sur cette dernière, même si les personnages secondaires, les villageois sont très nombreux, on les reconnaît grâce à leurs traits forcés qui servent très bien la comédie. Ils sont bougons, pessimistes quant à l’ouverture d’un nouveau cinéma mais finalement se retrouvent tous dans la salle, se chamaillant à cause de leurs caractères tranchés mais partageant finalement tous ensemble des émotions très fortes.

Une comédie loufoque et tordante

Ce film est absolument délirant. Il ne laisse pas de place à l’ennui, il y a toujours le grain de folie du réalisateur pour pimenter l’avancée des personnages principaux. Rien que les noms, à coucher dehors, qu’il donne à ses personnages, entre Francisgleydisson, Valdisney, il s’amuse à repenser le sérieux du statut de personnage. De même pour certaines situations qui n’ont en soi pas tellement d’intérêt dramatique mais justement, grâce à leur côté absurde et burlesque font rire et non se poser des questions. Par exemple, une scène où une mère appelle son fils en lui montrant son verre de chocolat au lait dans un plan subliminal et quand le petit abandonne sa partie de football pour venir le boire, il le recrache, c’était du jus de haricots. Les plans, le montage sont dans ce registre, exubérants mais vraiment drôles. On peut citer justement l’épisode où, un administrateur de la ville venant décrire les procédures et mettre en garde Francisgleydisson, détaille tellement tout que son interlocuteur repeint un mur entier pendant ce temps.
De plus, le réalisateur a réussi à intercaler sa passion pour le kung-fu en faisant d’un film sur ce thème l’attraction prisée des spectateurs qui viennent inaugurer le nouveau cinéma. On a tout le comique de geste de la « baston » qui participe au grotesque délirant de ce film très brésilien qui passe des films chinois.

 

Un film méta-cinématographique

Un point appréciable de ce film est certainement le fait qu’il parle du cinéma lui-même. Il y a un côté engagé dans ce film, qu’on peut déceler notamment avec les informations sur écran noir au début et à la fin, rappelant que la télévision menace le cinéma mais que ce film montre qu’il peut survivre si l’on y croit. Et au-delà de cette portée morale, le cinéaste fait une mise en abîme. Dans la dernière partie du film, où les spectateurs sont installés dans la salle, le film qui leur est projeté nous est projeté également, à l’échelle habituelle, comme si c’était vraiment ce film (de kung-fu en l’occurrence) que l’on était allé voir. Ainsi, on se retrouve en miroir de cette salle qu’on voit réagir en même temps que nous aux différentes images. C’est très étrange mais surtout drôle de voir ces personnages caricaturaux vivre en exagéré ce que nous ressentons devant ce film. Ainsi, le Cine Holliudy réussit son coup puisqu’il affiche deux publics, au complet. On peut aussi parler des codes du montage, des effets spéciaux qui sont très peu cachés mais qui donnent une légèreté au film et qui permettent de donner un avant-goût de l’excentricité d’un cinéaste qui invente, propose, avec enthousiasme et humour.

Ce film est tellement différent de ce que l’on peut voir en salle habituellement, il est drôle, très bien joué, il nous renvoie mais de façon très amusante à notre statut de spectateur et pourtant, on se laisse embarquer dans cette histoire délirante d’odyssée du cinéma contre la télévision. Ce film redonne foi et joie et on peut être particulièrement reconnaissant envers le Zola et Halder Gomes d’avoir répondu présents pour la projection de ce film.

Solène Lacroix

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