Colloque : Quels nouveaux dialogues entre les jeunes et les structures culturelles ? Lyon et le désert culturel français

Les 24èmes rencontres du Cinéma Français du cinéma Les Alizés de Bron a programmé vendredi 30 janvier, une rencontre autour de la question :  « Quels nouveaux dialogues entre jeunes générations et structures culturelles ? » organisée en lien avec des étudiant en master 2 de l’Université Lumière Lyon 2, animée par Perrine Boutin et en présence de Stéphanie Pourquier-Jacquin de l’Université d’Avignon qui fait une thèse sur les pratiques des nouveaux modes culturels en PACA, Kentin Elmy, directeur adjoint de l’association lyonnaise CLAP (Collectif Lyonnais d’Artistes Polyvalents) et comédien, Gwendoline Jacquemin qui s’occupe de la médiation dans l’association culturelle AADN (association qui promeut l’art numérique dans la région lyonnaise), ainsi que Eddy C, coordinateur du pôle culture de la Panacée à Lyon et artiste de théâtre.
La notion de « jeune » n’est pas admise de la même manière par tous les participants, par ailleurs ils s’accordent sur le fait que cette appellation n’a pas vraiment de sens, terme trop général pour les uns, qui désigne un état d’esprit avant de désigner une classe d’âge pour d’autres. On peut retenir cependant trois points importants abordés lors de cette rencontre : la question de la communication, la place du numérique et la manière dont on construit un rapport à la culture durable.

La culture vers le public ou le public vers la culture ?

sabatierStéphanie Pourquier-Jacquin est la première à prendre la parole, elle nous explique l’objectif de sa thèse. Elle fait une recherche sur la fréquentation des cinémas chez les 15-35 ans en PACA, cependant le problème qui se pose est que la désignation de « jeunes » est trop générale et ne colle pas à une réalité objective. Elle se concentre donc sur les étudiants qu’elle a interrogés via une enquête quantitative, sur la manière dont ils sortent, si c’est en couple, seul ou en bande, etc. Contrairement aux préjugés, les étudiants fréquentent toujours les salles de cinéma, c’est un public versatile ; de plus, on observe que le niveau de pratique est intrinsèquement lié au territoire, selon l’accessibilité du lieu culturel via les transports en commun par exemple, mais aussi selon les tarifs, les politiques culturelles mises en place ou non.
L’association lyonnaise CLAP, a un public composé principalement d’étudiants, elle considère qu’il faut aller à la rencontre des spectateurs, aller les chercher sur les réseaux sociaux, construire des spectacles participatifs pour les amener au théâtre, leur proposer de pratiquer l’art permet d’en attirer d’autres, le tarif relativement bas joue un rôle important aussi. Ils se réapproprient le format des séries télévisées pour les transposées au théâtre afin de fidéliser les spectateurs. Une stratégie qui vise à terme à éventuellement leur donner envie d’aller voir un théâtre plus « classique » ou « conventionnel ».

Le numérique : une affaire de transmission

????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????L’apparition du numérique a marqué une évolution importante au niveau de la transmission. Sortir en famille reste une dynamique importante qui perdure malgré le fait que la jeunesse représente le temps de l’autonomie. Le numérique permet un autre mode de partage : désormais les parents demandent aussi aux enfants des téléchargements par exemple car ils possèdent une maitrise des nouvelles technologies : la transmission devient donc ascendante et descendante. Concernant la Panacée, l’idée conductrice de leur projet est que chacun a une place dans le lieu culturel, il faut aller au-delà de la fonction didactique : quand le lieu apprend de la personne autant que la personne du lieu c’est qu’il y a un bon fonctionnement. La Panacée promeut une culture du partage et pas le culte d’une personne qui détiendrait un savoir artistique. Ce sont des questions que se pose aussi la médiatrice d’AADN : comment créer du lien autour de la culture, des partenariats, quels nouveaux moyens de communication peuvent être efficaces… Bien qu’elle travaille avec un public d’adolescents, ce n’est pas un public acquis ; faire connaître les arts numériques souvent considérés comme des techniques et non de l’art à proprement parler, n’est pas si simple : il faut amener les jeunes à changer de regard sur l’art qui doit aboutir à un dialogue, ce qui est sa fonction profonde.

Le culturel : un combat réel ?

La discussion étant ouverte au public, plusieurs interventions ont souligné l’importance de la fonction émancipatrice de la culture et de l’importance du débat qui se tenait : le devoir que l’on a de faire perdurer cette transmission et ce dialogue. Perrine Boutin, a relevé cette idée en évoquant les mouvements d’éducation populaires, une forme de pédagogie active qui pallie le manque d’éducation populaire, le public n’est plus seulement un simple récepteur passif. Mais ensuite quels sont les moyens pour construire un rapport à la culture durable ? Comment créer des ponts entre les objets culturels entre les pratiques plutôt solitaires liées à internet et les pratiques qui nécessitent de se rassembler dans un lieu réel ?

Cette rencontre a effectivement permis de poser des questions importantes concernant la transmission de la culture, d’exposer les pratiques en cours dans la région qui tendent vers cet objectif. Cependant, la table ronde s’apparentait plutôt à un état des lieux de la culture actuelle dans les zones urbaines, notamment lyonnaise. La question de l’accessibilité aux jeunes qui ne sont pas étudiants, ceux qui empruntent les filières professionnelles et entrent sur le marché du travail tôt : quelles sont réellement leurs possibilités ? Et plus encore ceux qui vivent dans les provinces ? Ces questions ont été éludées, la curiosité naturelle dans ces cas-là devrait suffire. Le débat est resté centré sur l’autosatisfaction d’avoir des structures, certes encore imparfaites mais nombreuses et diversifiées à Lyon. Pour ce qui est du désert français autour, de la fracture culturelle profonde, on se posera ces questions-là plus tard.

Anaïs Mottet

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