Le combat d’une mère !

Du 5 au 26 juillet 2019, à 11h50, le 11 – Gilgamesh Belleville programme J’ai rencontré Dieu sur Facebook écrit et mis en scène par Ahmed Madani dans le cadre du Festival OFF d’Avignon pour interroger notre société sur les dangers qui entourent notre société…

La mise en scène de la radicalisation

La pièce est construite sous la forme de flashbacks, matérialisés par des jeux de lumières relativement simples mais efficace. La fille et la mère racontent ce qui a failli détruire leur famille. Le spectacle met en scène Nina, jouée par une Louise Legendre très convaincante, une fille sérieuse et sans histoires, qui se fait recruter par un djihadiste nommé Amar, joué par Vincent Madani. Ce dernier utilise deux méthodes pour ferrer sa proie. Il se sert d’un événement traumatisant, en l’occurrence de la mort de sa meilleure amie, pour l’amadouer en lui disant ce qu’elle veut entendre et en la flattant. Puis, il la séduit, la glorifie, lui donne de l’importance et ramène tout à l’Islam, lui explique à quel point l’Islam peut la sauver et l’aider à faire son deuil. Cette pièce nous fait prendre conscience que n’importe qui peut se faire avoir, il suffit d’un moment de vulnérabilité pour que tout bascule…

© François-Louis Athènas

La pièce montre bien comment se construit l’isolement, Salima prononce alors que « les mères ne savent jamais ce que font leurs enfants la nuit » et c’est vrai, c’est ce qui se passe. Sans se douter de rien, la nuit, Nina discute des heures avec Amar, via Skype, on peut voir la tête d’Amar projeté en fond de scène sur grand écran lui donnant un côté particulièrement imposant et inquiétant. Il domine la scène et Nina sur qui son emprise est totale et absolue. Il lui lave le cerveau, allant jusqu’à la retourner contre sa mère et l’incitant à ne plus aller à l’école en lui martelant qu’elle est « une élue de Dieu ». Leur histoire se termine même par une promesse de mariage et d’un voyage en terre sainte. Le personnage d’Amar est très intéressant, la fin de la pièce nous en apprend plus sur son parcours et sur la mise en scène qui entoure le recrutement pour le djihad. Il est cependant dommage que le spectacle se serve de lui pour terminer sur un ton un peu trop moralisateur.

Une pièce plus qu’ancrée dans notre société

Sous couvert de traiter de la radicalisation, cette pièce aborde un sujet de société de plus en plus préoccupant, le recrutement de jeunes vers le djihad et surtout les failles des familles qui sont en victimes. Le texte aborde la question du rapport mère/fille, à travers Salima et sa fille Nina qui semblent proches aujourd’hui mais ce ne fut pas toujours le cas. En découvrant ces personnages, on comprend que même si elles sont deux, l’écart générationnel creuse un véritable fossé entre elles et la solitude se fait réellement sentir. Salima élève seule sa fille et aimerait rencontrer quelqu’un mais il faudrait qu’il plaise à sa fille car c’est elle le plus important… et pourtant, malgré cet amour et ses sacrifices, elles s’éloignent petit à petit et la peur de la séparation s’installe chez la mère. Elle s’inquiète mais en voulant protéger sa fille qui change, elle la repousse inlassablement.

© François-Louis Athènas

Le point de rupture se situe sur leur rapport à la religion. Salima a été élevée dans la pure tradition musulmane mais s’en est affranchie voulant vivre libre et choisir sa vie occasionnant une rupture avec sa mère et sa famille. De fait, elle réagit très mal en apprenant que sa fille se rapproche de l’Islam en se voilant partiellement puis intégralement, en prenant un nom islamique, en lisant un Coran spécial destiné qu’aux filles ou en voulant vivre selon les préceptes de ce dernier. Alors que l’une rejette son origine religieuse, l’autre essaie de s’en rapprocher mais pour de mauvaises raisons… Le problème n’est pas qu’elle se rapproche de la religion mais bien qu’elle s’en rapproche parce qu’elle est manipulée, à tel point qu’elle devient extrémiste… La pièce montre l’impuissance d’une mère face à la radicalisation de sa fille qu’elle ne comprend pas jusqu’au moment où tout s’éclaire…

En rencontrant Dieu sur Facebook, Nina s’est mise dans un sacré pétrin et il lui aura fallu toute la force et l’acharnement de sa mère pour se sortir de ce guêpier. Mounira Barbouch, qui joue Salima, lui donne une profondeur incroyable pour rendre compte le plus fidèlement possible des enjeux complexes de notre société. Cette mère est magnifique et réussit à représenter le monde et sa complexité sur scène…

Jérémy Engler 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *