Une comédie tragique – On ne badine pas avec l’amour au théâtre Notre-Dame

C’est au théâtre Notre-Dame que vous pourrez venir découvrir tous les jours à 12h30 pendant le festival Off d’Avignon On ne badine pas avec l’amour, une pièce de Musset mise en scène par Simon Coutret.

Un classique revisité

Perdican et Camille, deux cousins, se retrouvent pour la première fois depuis dix ans. On veut les marier – mais Camille, bercée par les contes des sœurs du couvent où elle était, veut consacrer sa vie à Dieu parce qu’on lui a appris à se méfier de l’amour des hommes. Malgré l’affection qui les lie, ils laissent leur orgueil les guider, et plus la pièce avance, moins le mariage est probable.

C’est dans un univers un peu particulier que Simon Coutret réinvente cette pièce de Musset. Le décor, qui ne change pas tout au long de la pièce, représente à la fois l’intérieur du château du Baron, et la cour du château, la place du village, et tous les lieux où l’intrigue se déroule. Cette concentration en un seul espace contribue à créer une ambiance pesante, miroir des ambitions que le village a pour Perdican et Camille, et surtout reflet de la pression qu’on fait subir à ces deux jeunes gens. De plus, tout le décor est là, dès le premier acte. La fontaine où Perdican rencontre Camille à la nuit tombée, où il finit par jeter la bague qu’elle lui avait donnée. Tout marque l’attente du mariage entre les cousins, qui n’aura pas lieu : le vin sur la table, les tapis rouges, et la banderole sur laquelle sont inscrits les prénoms « Camille et Perdican ». La pression qui repose sur le jeune couple est à son comble, et tout semble promettre une fin heureuse.

Des personnages transformés

Camille, costumée en adolescente à moitié gothique, gardant toujours sa capuche sur la tête et une mèche pour lui cacher les yeux, a été desséchée par les religieuses du couvent. Acariâtre, sombre au premier abord, elle révèle par la suite être plus profonde qu’on ne l’aurait crue, et ses sentiments, cachés pendant une bonne partie de la pièce, quand ils éclatent, semblent d’autant plus crédibles. Son personnage est donc complètement transformé, quoi que le texte initial de Musset soit conservé. Cette mise en scène nous invite donc à comprendre le texte différemment, peut-être avec une grille de lecture plus contemporaine de l’histoire – ce qui rend cette pièce encore terriblement pertinente aujourd’hui.

Une comédie sociale  

Les comédiens forcent souvent le trait sur le comique, et insistent sur les côtés les plus drôles de la pièce. Le père est dépassé par la situation, et ses volontés de grandeurs seront bientôt déçues. Tout semble outré dans ce spectacle, ce qui éclaire la psychologie des personnages qui sont enrichis de ces nouvelles interprétations.

Le seul regret, peut-être, que nous pourrions formuler par rapport à cette mise en scène est la conservation de la vision un peu étriquée du couvent, où pourrissent des femmes déçues par l’amour. En revanche, il était particulièrement pertinent de faire jouer Dame Pluche, la sévère gouvernante de Camille, par un homme travesti en femme. Le couvent devient un endroit où les hommes enferment les femmes, et la vision de la vie qui y a été inculquée à Camille a donc une responsabilité masculine. Camille croit au grand amour, et c’est l’incapacité de Perdican à le lui promettre qui la rend hésitante à lui confier sa vie. Ce sont ses idéaux et leur pureté qui compromettent le mariage.

Sur une musique tour à tour dynamique et triste, le metteur en scène nous propose des versions qu’il qualifie lui-même de « ringard(es) » des personnages, ce qui accentue le côté comique de la pièce.

Drôle et envolée, une pièce comique et tragique, dynamisée par une mise en scène qui introduit de nouvelles pistes de lectures. À aller voir !

 

Adélaïde Dewavrin

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