Common Ground : Une belle clôture pour le Festival Sens interdits

Le Festival Sens interdits qui avait commencé il y’a une semaine s’achevait donc hier mercredi 28 octobre avec Common Ground, un spectacle venu tout droit d’Allemagne. Et si le sujet, la guerre en Yougoslavie, ne semblait pas évident à traiter, c’est avec brio que Yaël Romen parvient à nous passionner, et même à nous faire rire et danser. Retour sur un moment fort et ingénieux.

Un documentaire personnel…

Common-Ground Site Celestins

Nous l’avons vu avec tous les spectacles du festival : il n’est pas aisé de traiter avec intelligence et sans lourdeur des sujets dits sensibles. Common Ground est la preuve que cela est possible. Il est donc question ici de la guerre de Yougoslavie qui s’est déroulée dans les années quatre-vingt-dix. Et pour traiter cette question, la metteure en scène à fait le choix de prendre la forme du témoignage. Sur scène donc, les sept comédiens se racontent. Et pour nous présenter rapidement qui ils sont, le spectacle débute avec une sorte de zapping, mêlant leurs histoires d’enfances et des faits historiques importants, le tout accompagné de musiques emblématiques. Un moment rock’n roll qui permet de rentrer instantanément dans l’Histoire, dans leurs histoires. Puis, les témoignages continuent en se basant sur le voyage que la troupe a réalisé ensemble en amont de la création. Entre présent et passé, chacun va à la découverte de soi. Et pour le public, à la découverte de multitudes de points de vus. Et c’est le point fort de ce spectacle. A l’inverse de Displaced Women dont nous avions déjà fait la critique il y’a peu, la prétention n’a ici pas lieu d’être. Tout est livré simplement, sans grands discours, toujours de façon très humble. En aucun cas, ils ne prétendent avoir la vérité absolue, ou parvenir à trouver une explication, une réponse claire à cette guerre. Non, ils nous livrent simplement comment eux ont vécu cela, sans jamais tomber dans le pathos. Les sentiments sont présents, évidement, certains moments sont touchants, mais jamais dans l’excès. Common Ground, c’est un des moments de vies, face à une guerre que les comédiens ont eu du mal à comprendre. Sans jamais être manichéen, ils se dévoilent, simplement.

Et comique !

©Esra Rotthoff
©Esra Rotthoff

Si la façon d’aborder le sujet nous convint donc sans peine, la mise en scène nous emporte tout autant. Malgré son aspect relativement classique, la scénographie fonctionne. L’utilisation de la vidéo comme carnet de voyage est efficace, et les cagettes en bois qui servent à un jeu permanent de construction et déconstruction suivent parfaitement l’évolution des personnages et de leurs parcours.  Et puis, à l’inverse encore une fois de certains spectacles au ton lourd et pesant, l’information passe ici par le rire et la joie. Et c’est efficace, aussi surprenant soit-il. Et pour le spectateur, cela fait beaucoup de bien après une semaine intense comme nous l’a proposé le festival cette année. Un coup de cœur pour le petit monologue de fin d’un des comédiens, qui met en parallèle sa vie à Berlin, bien tranquille avec son IPhone et son confort, et celle de sa famille, qui est sous les bombes en Yougoslavie. Sans tomber dans une leçon de morale, cette scène est particulièrement juste, et c’est un beau moment dont on risque de se souvenir longtemps.

Common Ground réussi donc le pari de nous informer sur cette guerre en nous apportant des points de vue différents, et nous montre comment l’intime vient se mêler à l’Histoire. Un spectacle simple et efficace qui vient donc mettre fin à l’édition 2015 du Festival Sens Interdits qui encore une fois aura été riche en découvertes et en émotions. A l’année prochaine, avec encore, on l’espère, plein de surprises !

Marie-Lou Monnot

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