Compose it nous présente Real cops, la « première web-série française d’action-comédie américaine »

Jérémy Verdu Lubrano (chargé de production), Pierre-Marie Charbonnier (Coréalisateur avec Simon Pierrat) et Marc Wilhelm (acteur) nous avaient accordé, au mois de mai, une interview au sujet de Real cops parue dans notre version papier de 2016 dans une mouture allégée.

L’intégralité de l’interview va paraitre aujourd’hui et demain. Aujourd’hui, Compose it va parler de la genèse du projet et de ses sources d’inspirations. Demain, nous reviendrons sur les soutiens de la web-série, mais aussi sur l’œuvre globale du collectif Compose it.

Pourriez-vous tout d’abord présenter votre collectif Compose it ?

© Compose it
© Compose it

Pierre-Marie Charbonnier – Compose it, en fait, on a fait nos études ensemble avec plusieurs copains, dont Jérémy ici. On était cinq-six et, à la sortie des études, on s’est dit qu’on voulait faire des films, faire des courts-métrages. On est restés un peu tous ensembles, sauf qu’on a commencé à faire des films entre nous, où l’on jouait dedans et on s’est dits « C’est quand même pas terrible. » ; c’est un métier d’être comédien !

Marc Wilhem – C’est pas vrai, je trouve que vous vous en tiriez super bien (rires).

P-M C – Ouais (rires), c’est un truc un peu original et du coup, on a commencé à travailler avec des comédiens, dont Laurent (Pasquier) Michael (Maïno) et Amandine (Longeac) qui sont aussi sur la web-série ; suite à deux premiers courts-métrages, on nous a présenté Marc, on nous a présenté Michael (Pinelli) et du coup on est devenus une grande bande de potes, avec tous les comédiens, tous les techniciens ; on s’est un peu agrandis, on a des gens qui sont venus à la prise de son, on a des gens qui sont venus au maquillage et du coup on fait tous nos films tous ensembles. Maintenant, avec plusieurs courts-métrages qu’on a faits dans les 48 heures film project, on a pu en en faire une bonne dizaine d’autres, apprendre à bosser ensemble, et maintenant on peut faire des choses plus grandes. Et c’est parti de ça, c’est parti d’une idée de vouloir continuer à faire des films et de vouloir se professionnaliser à tous les corps de métiers, avec les comédiens, les maquilleuses…

Est-ce que vous pourriez maintenant nous parler plus précisément de Real Cops, votre projet en cours ?

P-M C – Oui ; c’est parti d’un court-métrage qu’on avait fait pour le 48 heures film project de Lyon, qui s’appelait vrais détectives. Donc, avec Marc et Laurent – c’était le deuxième qu’on faisait à l’époque, en 2014 – on était tombés, parce qu’on tire les genres au sort, sur thriller/suspense. Et nous on s’était dits : « On va faire un truc marrant, coûte que coûte ! ». Du coup, on était partis dans une parodie de True Detective, et au final on a bien déconné, et le film a eu de très bons retours ! Ça a fait marrer les gens en salle ; nous on a vraiment adoré le faire, c’était cool, et ça faisait assez longtemps qu’on se disait qu’on voulait faire une suite, donc soit un deux, soit en faire quelque chose d’un peu plus gros, et donc on a décidé de partir de cette base d’intrigues policières, d’en faire une web-série avec les deux mêmes personnages, Rodriguez et Pinchon. Et là on est partis dans de la parodie de tout ce qui est film d’action des années 1980-1990, puisqu’on a en fait tous grandis avec ça. Bon, y a des gars, ils sont un peu plus âgés, mais ce sont aussi leurs références (rires).

M W – (rires) Très légèrement !

P-M C – Mais en tout cas, je sais qu’avec Jérémy, Simon (Pierrat), l’autre réalisateur, ou même Lothaire (Giorgi Daix), l’autre chargé de production, on a tous vu l’Arme fatale au moins douze fois, Die Hard pareil, etc. On a envie de partir de cette base-là, d’en faire quelque chose de drôle avec les mêmes personnages et du coup, c’est des gros clins d’œil au cinéma d’action avec lesquels on a grandi…

Jérémy Verdu Lubano – Le cinéma d’action américain !

P-M C – Ouais, américain, mais version française ! (rires)

M W – C’est la base line de la série : c’est la première web-série française d’action-comédie américaine.

Je voudrais continuer là-dessus : pourquoi s’inspirer précisément des films américains des années 1980-1990 ? Qu’est-ce qu’ils ont de plus à votre avis que les films d’action d’aujourd’hui ?

P-M C – Qu’est-ce qu’ils ont de plus… Ils ont Mel Gibson (rires).

M W – (rires) Très bonne réponse !

P-M C – En fait, je trouve qu’ils ont une espèce de cachet qu’on aime bien, qu’on ne retrouve plus forcément maintenant, ça va être des scènes d’action avec de la punchline, un côté comique. Je trouve qu’on n’a plus ça maintenant dans les films d’action, peut-être trop ancrés dans le réel ou avec quelque chose d’assez vrai…

M W – Il y avait un second degré !

P-M C – Oui, il y avait un second degré, dans ces films-là, qui nous plaisait bien quand on regardait de Schwarzenegger ou autres. Dans Terminator, il y a toujours des choses un peu comiques, et c’est ça qui nous plait le plus dans ce côté cinéma d’action ; c’est un climat d’avant. Je n’aurais pas d’exemple de film d’action récent qui m’aurait marqué.

M W – Peut-être que dans ces films-là aussi, il y a le côté second degré, et il y a le côté cliché. Quand on les regarde aujourd’hui, il y a plein de scènes, plein d’actions super clichés. Et vu qu’on veut faire une parodie, ces clichés-là, c’est du pain béni. On peut s’amuser à les reprendre, à les tordre, à les surligner…

P-M C – C’est des choses ancrées dans ce que les gens ont l’habitude de voir aussi. On n’avait pas forcément envie de trouver un nouveau genre d’action, mais plutôt de revenir à ce que faisait l’arme fatale, c’est-à-dire une punchline, avec un accord de saxophone qui vient derrière, et tous ces trucs-là qui sont hyper kitchs maintenant. Ce côté kitch permet de faire quelque chose de plus drôle que maintenant.

Dans des considérations plus techniques : pourquoi ce choix de format de huit épisodes de huit minutes ?

© Compose it
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J V L – Il n’y en aura pas huit finalement ! (Rires)

P-M C – Au final il y aura sept épisodes dont un septième plus grand et plus dense puisqu’on n’avait pas envie que le huitième soit quelque chose qui conclue la série. On a envie de faire un septième épisode beaucoup plus gros que les autres. Et le format huit minutes, c’est parce que c’est un format avec lequel on travaille beaucoup, puisqu’on a fait les 48 heures film project, et du coup c’est limité à des formats de sept ou huit minutes, et on a été habitués à travailler ce format-là. On ne voulait pas faire des formats plus longs, parce que c’est une diffusion internet, il faut quand même que ce soit quelque chose d’assez court, que les gens puissent regarder ça, que ça leur prenne sept minutes, et qu’il y ait du fun condensé en sept minutes. Et ça nous permet de mettre des petites intrigues indépendantes à chaque épisode, tout en gardant un format sur lequel on est habitués.

M W – Oui, et puis la question comme tu le dis, par rapport à un projet qui est destiné au web, sur les tablettes, les téléphones : quatre minutes c’est court, dix minutes c’est long, donc, pour des questions de téléchargement, et même d’attention, c’est un format qui est bien.

J V L – Il faut arriver à captiver tout de suite la personne qui va regarder le support vidéo et qui s’accroche tout de suite à l’histoire et que ça ne lui prenne pas trop de temps. Dix minutes c’est déjà très long. Il faut accrocher la personne dès les premières secondes de l’épisode et conclure avec un cliffhanger qui lui donne envie de regarder l’autre épisode derrière.

P-M C – On avait tenté des formats plus courts, comme le Nikon film festival qui nécessite des formats d’une minute trente, et je ne sais pas si on arrive à développer forcément ce qu’on a envie de développer. Il y a des gens qui le font très bien, mais nous on est assez attachés au fait de développer une intrigue, et de développer une personnalité pour les personnages. Avec des épisodes indépendants de sept minutes, on va arriver au final à une heure de série. Je pense que c’est le format qui nous convient bien.

M W – Et puis sur le nombre d’épisodes, huit c’était ce dont on avait besoin pour raconter l’histoire, et au-delà – parce qu’on aurait pu développer d’autres choses et faire plus long – eh ben huit fois huit ça fait déjà soixante-quatre minutes, les deux-tiers d’un long-métrage, et en termes de budget, d’organisation, c’est trop gros.

P-M C – C’est vrai qu’on ne s’était pas forcément posé la question du nombre d’épisodes. À l’origine, on avait la trame. Arrivés au huitième, on s’était dit : « On conclut. ». Du coup, si notre intrigue avait été beaucoup plus longue, on aurait pu faire quatorze épisodes…

J V L – Et si on avait plus de budget aussi, on aurait pu faire quatorze épisodes.

P-M C – Oui, mais il faut être assez concis quand même, pour une première saison en tout cas, et pas non plus se perdre dans quelque chose de trop long.

Une première saison ; donc une deuxième est envisageable ?

P-M C – On aimerait, en tout cas avec ce qu’on a écrit pour la première. On a de quoi faire une deuxième saison, parce que ce sont des personnages qu’on a encore envie de développer, il y a des personnages qui vont devenir encore plus importants dans les saisons qui viennent, et c’est vrai que l’on a fait la première saison avec un financement participatif. Et on aimerait, par la suite, avoir des aides, soit de la région, soit des chaines, essayer de monter qu’en autoproduction, on peut faire des choses, on peut faire des films en étant une bande de copains, et que si on nous aide, on peut encore continuer après à faire quelque chose. En tout cas, il y a matière à faire plus.

M W – Si je peux préciser, on peut faire des films en étant une bande de potes, mais en même temps, c’est notre métier à tous. Vous [Jérémy Verdu Lubrano & Pierre-Marie Charbonnier], votre métier, c’est l’image. Laurent et moi, on est comédiens, Laurent en vit depuis vingt-cinq ans, moi depuis vingt ans mais – c’est pas le but –si à la deuxième saison, on peut avoir l’aide d’une production, d’une chaine, d’une diffusion, ça serait génial.

J V L – Il y aurait plein de situations à développer ; mais on revient toujours à cette question de budget. C’est simple : les acteurs font ça à titre bénévole, les techniciens aussi… C’est-à-dire que chacun d’entre eux doit bloquer des dates pour pouvoir tourner avec nous à titre gracieux, c’est déjà très difficile à organiser. Et puis même en termes de scénario : on est restreints à faire des choses qu’on pourrait dépasser avec un plus grand budget. On pourrait par exemple bloquer des rues… C’est des choses qu’avec un petit budget comme le nôtre, on ne peut pas se permettre, sur une première saison en tout cas.

En parlant du budget : qu’est ce qui a amené au choix du financement du projet par la plate-forme Ulule ?

P-M C – On avait vu qu’il y avait pas mal de projets qui se faisaient comme ça. Et comme on commençait à développer une petite communauté de gens qui nous suivait… Nous, on ne pouvait pas assumer une saison comme ça ; et avec l’ambition qu’on avait, il nous fallait un peu de financement, et comme on n’avait pas de société de production, de chaine… On s’est dit que les gens qui nous suivaient, s’ils le désiraient, pouvaient aussi participer et voir ce projet grandir. On a trouvé que c’était la bonne alternative pour pouvoir obtenir un financement et faire quelque chose d’assez satisfaisant…

M W – La question aussi s’est posée : est-ce qu’on passe par la voie traditionnelle, on monte voir une boite de production à Paris, on va voir une boite de production à Lyon qui nous connait, qui nous suit. Est-ce qu’on va les voir, ou voir une chaine, ou un studio comme le studio 4 qui est la branche internet de France 4. Mais ça veut dire qu’on nous contraint sur l’écriture, et qu’on ne tourne pas avant un an et demi voire deux ans. Est-ce qu’on fait ça ou est-ce qu’on se décide sur un budget minimum, on essaie de l’avoir avec un financement participatif, et puis on tourne, coûte que coûte, et en même temps, on fait ce qu’on veut et quand on le veut, c’est-à-dire maintenant. On a tranché pour cette décision. Ce qui n’empêche pas pour une deuxième saison, et forts de cette première saison, s’il y a des chaines ou des financeurs qui veulent nous aider, de se poser la question. Au moins, on aura un peu plus de poids dans les négociations.

Comment on revient sur un court-métrage d’il y a deux ans pour décider d’en faire une série ?

P-M C – C’est juste qu’on a vraiment adoré les deux personnages quand on a tourné. On a vu Marc partir en improvisation, Laurent pareil… Les films sont faits en quarante-huit heures, donc on a une trame, tout le monde y participe, et il y a eu tellement d’improvisations, tellement de choses qui se sont faites qui n’étaient pas forcément prévues à l’origine… On devait faire un thriller ; on en a fait une comédie, et on s’est tellement marrés, on a eu des tonnes et des tonnes de prises différentes… On s’est dit : « Ces deux personnages-là sont tellement stupides qu’il faut les mettre dans d’autres situations. Il faut en faire quelque chose ! ». Et c’est pour ça qu’on s’est dit qu’une web-série pouvait être le bon choix. Un court-métrage, on y aurait un peu perdu.

© Compose it
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M W – Ça aurait été frustrant pour tout le monde un court-métrage ! Parce qu’on remplit facilement huit épisodes de huit minutes, et comme le disait Jérémy, on a déjà de la matière pour la suite ! Se limiter à un court-métrage, ça aurait été dommage.

P-M C – C’est ça. Dans la saison 1, avec la web-série, on met les personnages dans une situation, dans la saison 2, on les mettra dans une autre, dans la saison 3, s’il y a des saisons après, on les mettra encore dans une autre situation. Le court-métrage, ça aurait été trop fermé : c’est ça l’histoire, ça se finit comme ça… Là, ça permet de se dire : là il y a cette situation dans la saison 1, on va encore pouvoir les faire évoluer et même, vu que c’est des épisodes de huit minutes, on peut faire quelque chose de plus gros, de plus intéressant.

M W – Mais au bout du compte, la seule chose qu’on ait gardé, pour passer du court-métrage à la série, c’est les deux personnages de flics, Rodriguez et Pinchon, ainsi que le chef. On a gardé cette base-là. Après, tout le reste, l’univers autour, on l’a inventé, parce qu’il n’existait pas dans le court-métrage.

P-M C – C’est ça, on s’en est juste servi de base. C’est vrai que ça faisait deux ans qu’on voulait faire quelque chose de ça.

Que voudriez-vous mettre le plus en avant dans la série ? Si on devait choisir entre l’humour, la réalisation, l’hommage aux films d’action, le rythme…

P-M C – C’est compliqué comme question. Je pense qu’il y a un petit peu de tout : ce qu’on veut faire avec Real cops, c’est une série qui soit fun, vraiment fun, que les gens sur internet regardent ça en se disant « Woah, c’est cool, j’ai passé un bon moment, je ne me suis pas ennuyé, je me suis marré ! », mais en ayant vraiment un côté qui fasse série professionnelle, qui soit bien réalisée, avec une belle image, de vrais acteurs, un bon jeu. C’est vrai que c’est un peu un mix, on n’a pas vraiment un côté qu’on voudrait mettre plus en avant qu’un autre, mais quelque chose de fun, qui soit très propre et professionnel.

M W – Après, peut-être que s’il y a deux choses qui doivent être mises en avant, je trouve que dans les images que vous faites et en termes de réalisation, dans le son aussi qui est aussi une grosse partie du travail, dans les dix courts-métrages qui ont été faits ces derniers temps, il y a un style qui commence à se dessiner, et je pense que ce style-là va encore s’épanouir dans la web-série. Ensuite sur le fond, on vise un une frange bien définie pour nous, on veut que ça soit drôle, c’est une série humoristique, mais en même temps, on ne va pas le jouer comme une comédie. On ne va pas jouer la drôlerie, on ne va pas jouer la comédie, on joue au premier degré : nos personnages sont bêtes, et les situations deviennent drôles, parce qu’elles sont absurdes, parce que ces deux personnages, gentils, attachants mais bêtes et naïfs, sont dépassés. Et l’ensemble fait que c’est drôle. Mais il faut qu’on soit au premier degré. Et c’est un truc qui, en termes d’humour, chez les Anglo-Saxons existe, cette gamme-là existe, mais chez nous, les références sont pas en grand nombre. Donc si on peut s’engouffrer dans cette brèche-là et créer un truc, ça serait une réussite.

P-M C – C’est clair. Comme on est un collectif, même si je suis réalisateur aves Simon, on n’a pas cette vision du : « on est les deux réalisateurs, c’est notre projet, on fait ce qu’on a envie de faire ». Chacun de son côté est hyper libre. Lucas (Bellano) et Pauline (Baracco) sont au son, et c’est eux qui vont être chargés de mettre le son en avant, de la façon dont ils ont envie de le mettre en avant, parce qu’on est avant tout une bande de potes, donc on vu ça tous ensemble, Simon et moi on va vraiment se charger de la mise en scène et de la réalisation, les comédiens pareil, vu que ce sont des personnages avec lesquels on a déjà joué avant. Ce sont des personnages créés par toute l’équipe, c’est pour ça que c’est un peu tout qui est mis en avant. Il n’y a pas vraiment un domaine que l’on veuille mettre plus en avant qu’un autre. Chacun a son mot à dire sur son domaine, pour que le tout fasse quelque chose de très fun sur internet en ayant ce côté très pro.

Propos recueillis par Jordan Decorbez

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