Compte-rendu de la conférence de Marie Grand : Peut-on dire que « nul n’est méchant volontairement ? »

Marie Grand, philosophe et professeur en terminale et en classe préparatoire à Sainte-Marie Lyon , à débattu autour de la formule socratique « nul n’est méchant volontairement » au Collège Supérieur. La question du mal est d’actualité aujourd’hui car de nombreux actes de barbarie se déroulent dans le monde, y compris en France. Le 22 mars 2012 Mohamed Merah est à l’origine d’une véritable tuerie dans une école juive, le 6 mars 2015 les deux frères Kouachi tuent les membres du journal Charlie Hebdo, le 13 novembre 2015 a lieu l’attentat du Bataclan, le 18 mars 2017 Ziyed Ben Belgacem attaque des militaires a l’aéroport d’Orly voulant faire de nombreuses victimes. Au constat de tels actes, la question qui se pose est : qu’est ce qui peut pousser des hommes à commettre de telles atrocités ? D’où vient le mal ? Est-il vrai que «nul n’est méchant volontairement»?

Socrate à travers sa formule refuse que nous puissions chercher le mal pour le mal, celui-ci viendrait de l’ignorance. La finalité de l’action est bonne mais les moyens mis en place ne le sont pas, ainsi les méchants ne seraient que «des imbéciles barbares». Mais sa vision pose de nombreux problèmes : les «méchants» ne sont pas coupables ? Vision absolutisée du mal : mal comme génie absolu ?

Tout d’abord Marie Grand a défendu la thèse socratique.

Pour cela elle a commencé à opposer Socrate et la scolastique. La scolastique a inventé l’ acratie qui est le fait de penser que nous pouvons agir à l’encontre du meilleur choix qui s’offre à nous par pure désir. Ainsi la thèse scolastique soutient le fait que si nous faisons le mal c’est par désir alors que pour Socrate nous ne sommes attirés que par le bien. Il pense que je minimise les maux pour un bien à portée de mains et je ne prévois pas les conséquences qui peuvent être mauvaises. Pour souligner cela, Marie Grand prend l’exemple de la «gueule de bois» : je bois pour mon plaisir immédiat je ne pense point aux conséquences de l’alcool qui me causeront une «gueule de bois» le lendemain.

Pour Socrate il y aurait une communion des hommes dans le bien. Cependant nous cherchons le bien en fonction de nos représentations, cela pose donc le problème des préjugés et des jugements. Le vice est l’égarement de la pensée par manque de connaissances. Il faut donc faire un travail grâce à la sagesse. Malebranche rejoins Socrate sur ce point : par erreur nous pouvons confondre le mal et le bien et alors aimer le mal.

Le méchant fait-il alors le mal en totale ignorance ?

Il est socialisé et possède alors, comme l’appel Freud, un SURMOI qui est, avec le Ça et le moi, l’une des trois instances de la personnalité. Il désigne la structure morale (conception du bien et du mal) et judiciaire (capacité de récompense ou de punition) de notre psychisme. Mais sans le savoir le SURMOI est une simple convention sociale ; il faut intérioriser ses principes pour qu’ils résonnent en nous.

Le mal étant un produit de l’ignorance, la philosophie peut triompher grâce à la raison. Il faut des sanctions éducatives !

Aristote lui a repris la formule de Socrate, « nul n’est méchant volontairement est partiellement vrai et faux. »

Il faut faire la distinction entre le fait d’agir dans l’ ignorance et par l’ignorance ce qui sous entend un choix par paresse.

Aujourd’hui cette formule est d’actualité.

Elle résonne surtout à travers les cas de délinquance, car les délinquants n’auraient pas de frein au principe de plaisir par carence éducative nous explique Daniel Sacurie, « psychiatre de l’horreur ». Ce nom lui vient de ses études sur les tueurs en série à partir desquelles il nous montre que les tueurs en série ne savent pas pourquoi ils agissent, ils n’ont pas de pensées luxurieuses au moment du passage à l’acte.

Lors des procès de Nuremberg, Hannah Arendt a conclu qu’il n’y avait pas la moindre profondeur diabolique chez Eichmann et les autres. Elle en a déduit que le plus grand mal que l’homme peut générer n’est pas le produit de sa volonté expresse de faire le mal.Il ne serait donc pas inné en l’homme, il n’y a pas de génie du mal. Eichmann est d’une médiocrité ordinaire, il manque de profondeur et ne perçoit pas ses responsabilités. C’est par manque de pensée qu’il ne peut pas voir le réel et qu’il commet alors le mal.

Il est toute fois possible de s’opposer à la thèse de Socrate

Mais qu’en est il de la récidive ? Les méchants ne connaissaient pas le mal, mais comment se fait-il qu’ils recommencent quand on les éduque à voir le mal ?

Pour Sartre nous avons toujours la possibilité de choisir, nous choisissons le crime par révolte . Saint Augustin à travers son vol de poires nous offre un exemple à cela «  simple plaisir de faire ce qui était défendu ». Ainsi le mal serait une révolte de la liberté. La racine du mal se trouverait alors dans l’orgueil. Mais si nous partons du postulat que le mal provient de la volonté, nous pouvons quand même douter qu’elle soit maîtresse d’elle même ? Ne serait-elle pas malade ou subie ?

La conférence de Marie Grand est une invitation à réfléchir philosophiquement au mal.

Elle soulève ainsi toutes les questions autour du mal : Quelle est son origine ? Origine qui implique forcément une aliénation de la liberté ? Avec la question de la liberté et du choix se pose celle de la responsabilité et du sens de la peine. Peine comme sanction ou comme éducation ?

Vous pouvez retrouver sa conférence en replay sur : https://replay.collegesuperieur.com/

Compte-rendu proposé par Léonie Schroeder

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