La conversation comme manière de vivre

Venez découvrir Ali Benmakhlouf, écrivain et philosophe franco-marocain, et son livre La conversation comme manière de vivre (édité chez Albin Michel) : il sera présent au festival des Assises Internationales du Roman se déroulant du 29 mai au 4 juin 2017 ! Il assistera à un entretien, animé par Farouk Mardam-Bey, avec Inaam Kachachi, Sébastien Lapaque et Alain Rey sur le thème « L’imaginaire des langues : le français et l’arabe » le 3 juin de 16h à 18h– Les Subsistances 8 bis, quai Saint Vincent 69001 Lyon. Vous ne pouvez pas être présents ? Rendez-vous le 2 juin à la Médiathèque Pierre Mendès France – 79 rue des jardiniers à Villefranche sur Saône – où l’auteur est invité pour une rencontre avec le lecteur.

 

Une fabuleuse introspection dans le monde de la conversation

Ali Benmakhlouf est un écrivain franco-marocain, professeur de philosophie et de philosophie de la logique. Il est l’auteur de plus d’une quinzaine de publications traitant de philosophie arabe et française dont Pourquoi lire la philosophie arabe en 2015 ou encore L’identité, une fable philosophique en 2011. Il est aussi l’auteur de Montaigne en 2008.

L’art de la conversation

couvertureAli Benmakhlouf nous entraine avec une ferveur non dissimulée dans le sillage de « sa conversation ». Une analyse construite autour d’un rapprochement des écrits de plusieurs auteurs ayant laissé une trace indélébile dans le temps comme Montaigne et ses Essais, Saint Simon et ses Mémoires, Flaubert et ses différentes correspondances, pour n’en citer que quelques-uns. Cette multitude d’auteurs, pourtant si différents les uns des autres, d’époques et d’origines variés se rejoignent dans un besoin commun de converser avec soi-même ou avec autrui. Ali Benmakhlouf défend dans son ouvrage l’idée que : « La conversation par le lien de la parole qu’elle crée est une forme de civilité ». Il va bien au-delà en expliquant que dans la conversation, l’échange des mots devient un échange des corps. Il progresse tout au long des pages de son ouvrage en suivant le fil conducteur de Montaigne avec ses Essais, en explorant et assemblant le phénomène de l’écriture et de l’oralité. Le lien sacré de l’expression et de sa logique se rejoint pour former et articuler la conversation : Un art magique !

« L’échange des mots devient un échange des corps, la parole se fait relation à l’autre »

Dans une conversation la parole s’articule autour de mots portés par la voix et ses différentes intonations, le regard et ses multiples facettes, le silence et sa densité, la gestuelle du corps avec ses innombrables postures. Ces artifices mis au service de la conversation forment un lien oral entre les protagonistes. L’écriture est une forme de conversation totalement différente de l’oralité. Elle reflète une idée, une pensée, destinée à une personne connue ou inconnue. Le livre en est le plus bel exemple : il est la retranscription d’un écrivain conversant avec lui-même. Il transmet au lecteur une émotion, un imaginaire, une réalité, une histoire. Le lecteur se laisse entraîner dans cette conversation muette avec l’auteur et à son tour, comme nous le faisons avec cet article, la conversation poursuit son chemin par la parole orale ou écrite. Les mots continuent leur course dans le temps et se perpétuent de générations en générations. Ils s’animent, bougent, dansent, frétillent au son des actions et mouvements des orateurs et de ceux qui les écoutent en participant à l’échange. Comme le décrit Ali Benmakhlouf, Roland Barthes entretenait un lien particulier avec les auteurs de ces lectures : il lisait, s’arrêtait, notait, réfléchissait, reprenait sa lecture. Une multitude de faits qui dénote un questionnement, une interrogation, une source d’inspiration, une soif du savoir. Descartes « fait de la conversation le modèle pour penser notre rapport au temps passé », dans l’échange d’une conversation chacun de nous se sent vivant ! Le théâtre est un support magistral pour abriter cet art de la conversation et les acteurs les dignes représentant de la parole diffusée. Quant à la danse, elle est le symbole même de l’oralité muette et ses disciples se fondent dans une expression corporelle magique.

Le reflet de ce que nous sommes

Les mots employés dans une conversation sont le reflet de notre personnalité, de notre éducation, de notre milieu social. Notre élocution tient compte de nombreux critères comme le respect, l’honnêteté, l’humilité… D’une région ou d’une ville de France à une autre, le langage employé dans une discussion ne sera pas le même et la tonalité sera différente. Mais l’échange et son but restent toujours identiques : le plaisir de la convivialité. C’est une façon de vivre, une question de civilité. Nous transmettons par la parole un enseignement, fait d’oralité et d’écrit reçus, à nos enfants. La parole orale ou écrite devient une présence vivante singulière, certes, mais animée et transmise bien au-delà des dogmes de notre société. Pourtant à l’heure des réseaux sociaux, des attentats et du reste il semble que la conversation décrite et analysée par Ali Benmakhlouf soit partie en villégiature ! L’heure n’est plus à la civilité mais bel et bien à une manière de vivre dans un siècle perdu dans le chaos. Heureusement, il existe encore des auteurs pour nous rappeler que la parole est donnée pour être utilisée au sein de conversations entre personnes civilisés.

« La parole est à moitié à celui qui parle, moitié à celui qui écoute ».

Une belle promenade au fil des mots

Avec Ali Benmakhlouf, la conversation devient un écrin et dès son ouverture le diamant de la démocratie apparait libérant ainsi la parole. Des milliers de mots s’entrecroisent pour former un tout : la liberté de l’expression. Elle se manifeste de différentes façons comme le précise l’auteur au fil des pages de son ouvrage. En voici une : Dans « la société de discours », « la conversation est le miroir du lien politique comme l’amitié est celui de la sociabilité. Elle peut aussi bien fonder le pouvoir que le menacer ».

Trois chapitres composent le livre Ali Benmakhlouf, d’une construction irréprochable, et la ballade parsemée de rapports entre les écrits de grandes figures littéraires enchante notre lecture. L’auteur nous embarque dans son sillage et réussit le pari fou de faire revivre pour notre plus grand plaisir l’art de la conversation et ses multiples richesses.

Nous venons de converser avec Ali Benmakhlouf un long et bon moment : Quelle Chance ! Nous avions presque oublié la joie de découvrir ou redécouvrir certains auteurs comme Lewis Caroll et son Alice au pays des merveilles, Al-Fârâbî face aux écrits de Socrate, …

Une fois le livre refermé, l’esprit vagabonde et un souvenir transparait ; celui d’Amélie Poulain lorsqu’elle découvre la boîte de Pandore. Instantanément, une relation s’établit entre le contenu de cette dernière et Amélie Poulain. Nous avons l’étrange sensation d’être une sorte de messagère d’Ali Benmakhlouf : Sa conversation est un « Art divin » !

Françoise Engler

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