Corps et âme, une BD déjantée revisitant les stéréotypes du genre

Ce mercredi 16 mars, les Éditions Rue de Sèvres ont dévoilé la nouvelle BD de Walter Hill, Matz et Jef : Corps et âme. Le scénario original est de Walter Hill, réalisateur, producteur et scénariste américain. Sa toute dernière réalisation, Tomboy, A Revenger’s Tale, est l’adaptation de cette BD ! (avec Sigourney Weaver et Michelle Rodriguez).  L’adaptation et la traduction ont été faites par Matz et les dessins sont signés Jef. Ce n’est pas la première BD qui réunit ces trois artistes puisque qu’est sorti l’album Balles Perdues.

©Walter Hill/Matz/Jef
©Walter Hill/Matz/Jef

Un Polar surprenant et créatif

La vengeance semble être un thème plutôt classique pour les polars. Malgré tout, ce monde de tueurs et de psychopathes revisite le genre d’une manière plutôt surprenante. Cette BD suggère des questions sur la notion de bien et de mal, mais surtout sur la notion d’identité associée au genre. La réflexion sur l’identité proposée ici commence dès la première planche. L’histoire débute par un personnage aux traits féminins (yeux et visage), mais qui s’exprime comme un homme « Je suis toujours vivant… Mes souvenirs sont confus, mais je suis vivant… » Puis nous rencontrons le personnage principal Frank Kitchen, tueur à gages. Ce malfrat sans foi ni loi a conscience que son travail est contre la morale, mais l’argent semble plus important. Il se rend à New York pour un contrat puis à San Francisco où, suite à des péripéties, Frank se réveille un mois plus tard… dans le corps d’une femme. On a l’impression que ce changement influence les choix de Frank qui passera quelque temps dans un hospice (le temps de reprendre du poil de la bête). À la suite de cette « mission du Père Patrick », elle savait qui elle était ; être une femme ne l’empêchera pas de se venger, car elle sait à nouveau qui elle est.

©Walter Hill/Matz/Jef
©Walter Hill/Matz/Jef

Une BD assez cinématographique

Une des raisons pour laquelle on lit si aisément Corps et âme, c’est la qualité des dessins. Les personnages ont des expressions si vives, des regards si intenses. Les décors et les humains sont très réalistes. Le choix des couleurs n’est pas non plus anodin, jouant sur les tons, sur les douceurs et les contrastes ; ce jeu se marie parfaitement avec l’histoire, rendant ces planches proches d’un « film ». La manière dont les bulles s’enchaînent les unes aux autres accentue le rythme de la BD. Alternant entre actions, réflexions et manigances, la vie de Frank est très mouvementée. Entre la vie de Frank, des interrogatoires avec une certaine chirurgienne, la trame se dévoile aux lecteurs de page en page, de plus en plus vite. On ne sait pas encore qui elle est, mais on sait qu’elle est la source des problèmes de Frank. Cette psychopathe est suspectée de mener des expériences pseudo médicales sur des sans-domiciles fixes et autres gens isolés. Ces « scènes » sont dessinées avec des couleurs plus claires ne rappelant non pas le monde policier, mais le monde hospitalier (jusqu’au choix des vêtements ; blouses blanches et chemises de patients).

©Walter Hill/Matz/Jef
©Walter Hill/Matz/Jef

Une histoire intéressante, mais est-elle aboutie ?

Cette BD est le genre d’ouvrage lu en une seule fois. Si l’intrigue est innovante, les personnages sont réfléchis et exploités de manière très poussée (la psychologie des personnages y est intéressante). Si l’atmosphère est assez « cinglée » avec ses stylistes sous drogues, ses gangsters et ses clochards, on n’en regrette pas moins une fin… pas si surprenante. La fin n’est pas mauvaise ! Malgré tout, au vu de l’ensemble de la BD, on s’attendait à plus innovant. Les dernières planches sont presque attendues à partir de la décision de Frank de rechercher la chirurgienne. On retrouve certes les codes du polar, mais ces bouleversements sur le genre, sur le côté « femme gangster » n’aurait-il servi à rien ? Suite à ces dernières péripéties, Frank semble devenir une sorte d’héroïne sauvant les femmes des proxénètes…

Cette BD est vraiment un ouvrage qui vaut le coup d’être lu. Les personnages sont originaux, les dessins et les couleurs vraiment réussis. C’est le genre de BD à nous tenir en haleine de la première à la dernière bulle et à nous donner envie de repartir à la rencontre de Frank … mais plutôt dans les salles obscures de cinéma.

Camille Pialoux

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