Le coup de cœur de Jeremy pour le roman et le film Loin de la foule déchaînée

Le coup de cœur de cette semaine vous propose de plonger dans un des classiques de la littérature britannique du XIXe siècle, Loin de la foule déchaînée, de Thomas Hardy. Ce n’est pas forcément un roman très connu en France puisque ses deux premières traductions en 1901 et 1953 avaient comme titre Barbara et qu’il a fallu attendre 1983 et 2011 pour retrouver le titre : Loin de la foule déchaînée.

À propos de l’auteur

far-from-the-madding-crowd-1874-title-pageThomas Hardy (1840-1928) est un auteur britannique né dans le Dorset, une région qu’il affectionnera toute sa vie puisque la plupart de ses œuvres sont situées dans la région du Wessex. À l’époque victorienne, c’était une région qui n’existe aujourd’hui plus, mais basée sur un ancien royaume saxon du IXe siècle et qui fut le berceau de ce qui est devenu l’Angleterre. En termes géographiques modernes, le Wessex couvre aujourd’hui les comtés du Dorset, Wiltshire, Somerset, Devon et Hampshire. Hardy appartient au courant des auteurs victoriens réalistes, mais il s’est toujours considéré comme un poète. Ainsi même s’il peut être classé comme naturaliste à cause du sujet des activités triviales du quotidien, il est aussi un romantique avec son style plus poétique, et avec le sujet central de son ouvrage, une femme qui lutte contre ses passions, ses désirs et ses pulsions.

Au départ rien ne semblait destiner Hardy à devenir un écrivain ; il est en effet fils de maçon. Toutefois, sa mère ayant reçu une bonne éducation, elle enseigna à son fils jusque l’âge de 8 ans, puis alla à l’école jusque l’âge de 16 ans. Malgré un fort potentiel, sa famille n’eut pas les moyens financiers de l’envoyer à l’université. Il devint ainsi apprenti architecte à l’âge de 16 ans. Une profession qu’il exerce ensuite à Londres pendant plusieurs années. Il commence à se consacrer à l’écriture de romans à partir de 1870 et il en fera, à partir de cette date, sa vocation principale.

Far From The Madding Crowd est le quatrième roman d’Hardy et son premier grand succès commercial. C’est le livre qui lui offre la sécurité financière lui permettant de se consacrer par la suite uniquement à l’écriture

Une histoire d’amour sur fond de société rurale

Le décor de ce roman est comme nous l’avons dit la région fictive du Wessex qui est à cette époque encore largement rurale. Gabriel Oak le premier personnage de ce roman apparait au début comme un berger ayant grimpé dans l’échelle sociale en empruntant l’argent nécessaire pour acheter sa propre ferme et y faire un élevage de mouton. C’est là qu’il rencontre Batsheba Everdene, une jeune femme très belle mais impétueuse, farouchement indépendante. Oak tombe alors amoureux, mais sa proposition en mariage est rejetée. Plus tard Bathsheba hérite d’une ferme qu’elle entend gérer seule après avoir renvoyé son bailli pour vol et incompétence, ce qui va à l’encontre des codes de l’époque. Quand un incendie menace les meules de sa récolte, Oak qui passait par là à la recherche de travail sauve la grange au péril de sa vie et obtient en récompense une place de berger. Bathsheba sera plus loin l’objet de la convoitise de deux nouveaux prétendants, le stoïque fermier Boldwood et le séduisant Troy ; elle épousera le pire d’entre eux, Troy le séducteur infidèle et dépensier. Cependant Gabriel par amitié et par amour reste à ses côtés, discret et fidèle, pour assurer la réussite de la ferme. Cela pose la question suivante : Thomas Hardy est-il l’inventeur de la friendzone ?

© Helen Paterson Allingham
© Helen Paterson Allingham

Dans ce roman beaucoup de scènes de la vie rurale sont décrites comme par exemple le fait de laver les moutons dans la rivière, la tonte du troupeau, la moisson (encore faite à la faucille) ou encore la fenaison. Pour Hardy cela représente une sorte de société anglaise idéale loin de ce qu’il a pu connaitre quand il habitait à Londres.

De nombreuses adaptations

En 2003 ce livre fut 48e sur la liste de la BBC des livres à avoir lu absolument et, en 2007, il fut 10e sur la liste du Guardian des meilleures histoires d’amour. Ce n’est donc pas une surprise que ce roman de Thomas Hardy ait été adapté plus d’une fois à la radio, au cinéma, ou encore en bande-dessinée sous le titre de Tamarra Drew. Toutefois aujourd’hui c’est le film de 2015 qui a particulièrement retenu notre attention.

Il s’agit d’une production américano-britannique dirigée par le réalisateur danois Thomas Vinterberg, ce qui donne un vrai coté international à ce film. Au casting on retrouve Carey Mulligan (Suffragettes, Gatsby le magnifique), Matthias Schoenaerts (Suite Française) ou encore Michael Sheen (The Queen). Pour ajouter à la crédibilité de l’adaptation, l’ensemble du film a été tourné en Angleterre et principalement dans le Dorset. Dans son ensemble il reste plutôt fidèle à l’ouvrage même si plusieurs scènes du livre ont été retirées du film de manière à garder un rythme plus vif. Il faut noter l’ajout de plusieurs petits éléments pour sexualiser un peu plus le personnage de Troy.

Le film a reçu des critiques plutôt positives, en particulier pour la prestation de Carey Mulligan, et il offre une vision complémentaire à celle du livre.

Un livre à découvrir et un bon film à regarder, quoi de mieux pour les longues soirées d’hiver ? La poésie de Hardy donne vraiment un angle nouveau au courant naturaliste bien différent ce que l’on peut lire chez Zola.

Jeremy Young

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