Coup de coeur de Mel Teapot pour Tomboy, un film qui interroge l’identité et le passage de l’enfance à l’adolescence

Tomboy, terme anglais qui signifie « garçon manqué », est un film de Céline Sciamma sorti en avril 2011. La réalisatrice et scénariste nous plonge dans l’univers de Laure et de sa famille. La petite fille âgée d’une dizaine d’années emménage pendant les vacances d’été dans une nouvelle ville. Ne connaissant personne, la fillette reste chez elle et passe beaucoup de temps à jouer avec sa petite sœur Jeanne, elle se contente de regarder les autres jouer par la fenêtre, jusqu’au jour où se décidant à sortir de l’appartement familial, elle rencontre Lisa. C’est à partir de ce moment-là que la petite fille décide de mentir sur son identité.

Les apparences sont trompeuses

afficheCéline Sciamma réussit parfaitement à nous cacher la véritable identité de Laure. Au début du film, le spectateur est piégé tout comme la petite Lisa. La réalisatrice et scénariste interroge donc d’emblée nos préjugés. Lorsqu’on voit un enfant aux cheveux courts, en short, marcel et baskets, qui n’hésite pas à se battre pour défendre sa petite sœur, notre cerveau identifie immédiatement un petit garçon. Ainsi lorsque l’enfant dit à Lisa qu’il s’appelle Mickaël, le spectateur est convaincu qu’il s’agit d’un petit garçon. La surprise est alors réussie quand on entend la maman dire à ses filles de sortir du bain en nommant ses enfants « Laure et Jeanne ». Mickaël est donc en réalité une petite fille androgyne. A partir de ce moment-là, le spectateur a une longueur d’avance sur les autres enfants. En effet, grâce à Lisa, Mickaël s’intègre dans la bande de garçons et devient même un membre apprécié, car ce dernier joue très bien au foot et sait se battre. De plus, Mickaël entretient l’illusion. Il joue torse nu, il découpe un maillot de bain de fille pour n’en garder que le slip, il se fabrique un zizi en pâte à modeler pour faire croire qu’il a un sexe masculin. Le fait que le spectateur sache avant tout le monde crée donc une véritable tension. On voit Mickaël s’enferrer dans ses mensonges, et on ne cesse de trembler pour lui, de se demander quand les autres apprendront la vérité et ce qu’ils réserveront à la petite fille. Apprendront-ils la vérité lorsque Mickaël s’éloignera pour uriner ? Lorsqu’il se baignera ? Lors d’une bagarre ? Autant de questions qui tiennent le spectateur en haleine.

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Un film qui ne tombe pas dans le mélodrame

Bien que le film aborde des questions très sérieuses telles que l’exclusion, le genre et la sexualité, il ne tombe jamais ni dans le pathétique ni dans la violence. En effet, on pourrait s’attendre à ce que les enfants suréagissent et deviennent abjects à la découverte de la vérité mais il n’en est rien. Une fois la supercherie révélée, les enfants prennent Mickaël à parti, le poussent contre un arbre et demandent à Lisa de lui baisser le short afin de vérifier s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille. Certes, et cela est incontestable, cet acte est traumatisant et humiliant pour Laure mais il ne sera suivi d’aucune autre maltraitance. A la fin, Lisa qui a été trompée sur toute la ligne, qui est tombée amoureuse de Mickaël, qui l’a embrassé, bien que choquée, semble lui pardonner et accepte de repartir à zéro en lui demandant à nouveau son prénom. Attention, que l’on ne se méprenne pas, le film ne nous présente pas non plus un univers entièrement rose. Plusieurs scènes nous font très bien ressentir la détresse de Laure, de son incapacité à assumer la fille qu’elle est ni son corps de femme. Dans la scène où elle est contrainte de se cacher pour faire pipi, on ressent sa peur d’être découverte. Lorsqu’on voit une robe pendre au bout d’un arbre, on pense inévitablement au suicide de la fillette. Or, il n’en est rien, elle s’est juste contentée de pendre sa robe. Cependant, cette scène est percutante, et fait bien sentir le mal-être de la petite fille. Enfin, l’humiliation atteint son paroxysme lorsque sa maman décide de révéler sa véritable identité à tous ses amis. Elle force sa fille à venir avec elle sonner chez tous les voisins pour qu’ils comprennent que celui qui s’est battu est en fait une petite fille. Ce moment est particulièrement dur à supporter pour la fillette et au départ le geste de la mère peut sembler très violent. Mais il est en réalité salutaire, il permet à Laure d’assumer qui elle est et de lui éviter de mentir à nouveau surtout que la rentrée scolaire approche. La maman accomplit ici un geste douloureux mais protecteur, il s’agit de faire éclater la vérité avant que cela ne dégénère à l’école.

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Une famille soudée

Malgré les problèmes qu’ils traversent, les membres de la famille sont soudés. La petite sœur de Laure, Jeanne, est particulièrement touchante dans sa manière de protéger sa grande sœur. Elle la couvre devant Lisa en l’appelant Mickaël, mais également en expliquant à ses copines tous les avantages d’avoir un grand frère. Le papa de Laure se veut toujours réconfortant et ne lui fait jamais la morale, ou ne l’assène pas de phrases toutes faites. Enfin, la mère est courageuse et explique clairement à ses voisins la situation de Laure. Elle sauve sa fille du piège dans lequel elle s’est enfoncée, bien que la manière paraisse maladroite au premier abord. L’amour émanant de cette famille est sans doute une des raisons qui fait que Laure s’en sort plutôt bien.

Tomboy est un film bouleversant qui pose de nombreuses questions aux enfants comme aux adultes sans jamais donner de leçons, sans jamais tomber dans la violence, sans jamais provoquer. Le film montre simplement que les clichés ont la vie dure. Céline Scammia raconte une histoire de tous les jours dans laquelle chacun d’entre nous peut se reconnaître tant les personnages sont criants de vérité.

Mel Teapot

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