Ne posez pas de lapin au coup de cœur de Mel Teapot, vous rateriez une belle surprise !

Davide Giglioli, informaticien de profession, se lance dans l’écriture alors qu’il assiste à un cours de préparation à un examen de français dispensé par l’ONU. Il propose à la formatrice d’écrire une petite histoire à la place des lettres fictives qu’il devait écrire en guise d’exercice d’écriture. L’auteur puise alors son inspiration dans une chanson de Brassens où une jeune femme prénommée Marinette ne cesse de poser des lapins à son prétendant. Davide Giglioli rajoute à cette trame narrative des réflexions sur la vie qu’il a notées par le passé, et ainsi il écrit La fille qui posait des lapins. Quoi qu’il en soit, dès ce titre cocasse, le lecteur est immédiatement plongé dans l’univers décalé et empli de tendresse de Davide Giglioli.

Un récit aussi attendrissant que loufoque

Tout est dit dès le titre, l’auteur nous place à côté de son narrateur, Georges Pozzi, véritable briseur d’illusions à son insu. En effet, ce dernier, père des plus dévoués et aimants, se voit attribuer une drôle de mission par sa fille chérie : Marinette. Cette jeune femme, n’assumant pas son statut de bourreau des cœurs, demande à son papa adoré d’éconduire à sa place les amoureux dont elle ne veut plus. Ainsi, ce papa se déplace de ville en ville pour annoncer à chaque nouveau petit ami que sa fille ne viendra pas au rendez-vous et qu’elle a décidé de mettre un terme à la relation amoureuse. Le comique de situation est renforcé par la répétition, le rituel. Si le lieu et l’amant sont différents à chaque fois, la technique du père est toujours la même, les mots sont immuables, la compassion du paternel intacte et les jeunes hommes abasourdis…

« Je suis le père de Marinette. Elle ne viendra pas aujourd’hui. […] Mais elle veut que tu comprennes qu’elle n’est pas amoureuse de toi. Et elle ne veut pas que tu souffres pour ça, car tu lui es cher. »

Le comique est redoublé par les relations amicales que le père entretient avec ses ex « gendres ». Par chance, les amants de Marinette ne sont pas rancuniers. Mais ils sont surtout de bons vivants et des êtres capables de réfléchir. Ouf ! Les ruptures par délégation se terminent relativement bien soit par une balade, ou par une soirée bien arrosée. On retrouve alors souvent notre père de famille pompette. Ces « happy ends » sont probablement un moyen pour l’auteur de dédramatiser les échecs amoureux et de les relativiser. Le fait que Georges assure « le service après-vente » et soit d’une compréhension et d’un soutien sans faille pour ces amants éconduits rend cette situation dramatique beaucoup plus légère. Le sourire du lecteur prend largement le pas sur les larmes, tout comme la colère et la tristesse des amoureux s’éclipsent au profit de réflexions profondes sur la vie.

Enfin, le plus drôle est sans doute le fait que notre narrateur finisse par apprécier son rôle et par devenir un expert de la rupture par tiers interposé. De fait, au début du récit, le papa de Marinette nous expose ses connaissances sur l’amant qui attend sa prétendante et nous dispense quelques conseils pour « larguer » un homme avec tact et douceur. De fait, cela devient un métier pour lui puisque sa vie est consacrée à ces missions. Et l’on atteint des sommets lorsque le protagoniste commence à s’inquiéter quand sa progéniture ne lui confie pas une nouvelle tâche.

Un voyage jouissif pour une quête initiatique

On comprend que Georges soit un peu déçu quand il n’a pas de nouvel amoureux à voir car ces visites sont l’occasion pour lui de voyager à travers la France et la Suisse et de redonner un second souffle à sa vie. Le lecteur est tantôt à Lyon, tantôt à Genève, tantôt à Céligny. La plume poétique de l’auteur nous permet de nous représenter les lieux traversés et si nous nous y sommes déjà rendus, nous nous imaginons parfaitement auprès du narrateur. Ces différentes rencontres fonctionnent comme une cure de jouvence pour Georges. Notre narrateur s’enrichit des lieux mais aussi des discussions, des rapports qu’il entretient avec les amoureux délaissés par sa fille. Lors de ses pérégrinations, Georges renoue avec les origines, avec les bons souvenirs, avec lui-même. Ainsi, lors de la balade au cœur de Lyon, le lecteur a l’impression de se promener aux côtés du narrateur et de ressentir avec lui le bonheur qui l’envahit. Le personnage se remémore notamment les bons moments qu’il a passés avec sa femme Monique dans leur appartement de Lyon. Il se rappelle la conception de Marinette. Ce moment privilégié où « l’amour a débordé » permet à ce papa de comprendre combien il aime son épouse. De même, la rencontre avec la jeune Delphine dans un café alors que Georges est venu poser un lapin est l’occasion de renforcer son amour pour sa femme Monique. Il résiste à la tentation d’avoir une aventure extra conjugale et se montre plus passionné que jamais avec sa femme. Et si Marinette avait tout prévu ?

« Redécouvrir la libération de l’amour. Ma petite Marinette : c’est ça que tu es en train de me dire ? […] Tu me fais jouer l’éternelle danse des rencontres et des abandons, « d’amour et misère » chantée par Brassens, pour enfin se souvenir encore une fois que « l’aube a mis des fraises plein notre horizon. » »

Au gré des rencontres, le protagoniste acquiert donc la certitude qu’il aime Monique plus que tout et qu’il faut entretenir cet amour par de petites attentions et s’interroge plus ou moins profondément sur lui-même et sa vie. Georges en rencontrant Patrick, encore une conquête de Marinette, prend conscience qu’il doit se remettre au sport ; en faisant connaissance avec Vincent, il s’intéresse à Goethe et comprend que « la vie est la seule valeur sous toutes ses formes et ses expressions » ; avec Grégoire il retrouve ses premières amours : les maths. Ces retours sur soi-même sans aucune prétention rendent le livre encore plus agréable et le personnage principal encore plus attachant. On aimerait donc que Marinette ait encore plus de lapins à faire poser par son fidèle papa.

Un idéal de vie : carpe diem !

Davide Giglioli
Davide Giglioli

Avec ce court récit loufoque Davide Giglioli nous rappelle qu’il faut profiter de la vie. Georges nous donne envie de profiter des plaisirs simples de l’existence, que ce soit aller au restaurant avec celui ou celle que l’on aime, passer du temps avec les personnes qui nous sont chères, déguster de bons petits plats accompagnés d’un bon vin, s’étreindre ou encore se promener par une belle journée. Le chapitre consacré à la promenade dans Lyon réunit tous ces petits bonheurs de la vie et nous donne envie de nous précipiter chez Hugon et de déguster une quenelle de brochet. Mais si les plaisirs de la chair sont importants, les plaisirs intellectuels ne sont pas en reste. Ce papa dévoué nous rend la vie plus douce et nous invite aussi à nous replonger dans des classiques comme Goethe ou Flaubert, à aller au théâtre mais également à découvrir de nouveaux auteurs comme Luigi Santucci.

La fille qui posait des lapins est un petit chef-d’œuvre de tendresse et drôlerie. Tous les ingrédients sont réunis pour passer un très bon moment. Ce court récit ré-enchante notre quotidien et nous fait voir le monde avec sympathie, ce qui est rare de nos jours. Les chapitres nous invitent à nous recentrer et à cueillir le jour comme le préconisait Horace. Bref, vous l’aurez compris, c’est une véritable bouffée d’oxygène. Pour les bilingues, La fille qui posait des lapins est aussi à lire en italien.

Mel Teapot

Une pensée sur “Ne posez pas de lapin au coup de cœur de Mel Teapot, vous rateriez une belle surprise !

  • 1 mai 2016 à 21 h 22 min
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    Un moment de lecture qui doit faire le plus grand bien. J’ai hâte de découvrir ce livre vraiment ! Il est souvent nécessaire de se rappeler que les petits plaisirs de l’existence sont tellement importants. Profitons, profitons !!!

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