Le couple éternel – Roméo et Juliette au théâtre de l’Oulle

Si je vous dis « histoire d’amour tragique », il y a une chance sur deux pour que vous répondiez : « Roméo et Juliette ». Ces deux héros de Shakespeare sont universellement connus – et vous pouvez allez découvrir leur verve et leur passion au Théâtre de l’Oulle, tous les jours à 18h25 pendant le festival d’Avignon Off, avec la Compagnie Viva et une mise en scène d’Anthony Magnier.

Drôles, Roméo et Juliette ?

Roméo et Juliette sont par définition des amants maudits, et beaucoup d’adaptations contemporaines ne lisent la pièce de Shakespeare qu’en fonction de leur fin tragique. Mais Anthony Magnier, avec sa mise en scène, n’oublie pas les côtés comiques, voire ironiques, de la pièce. Le personnage de la nourrice, même s’il évolue pour devenir plus dramatique, est marqué par un comique de répétition au début de la représentation ; les allusions et jeux de mots à caractère sexuel entre Roméo et ses comparses font rire le public à plusieurs reprises. La compagnie Viva va même plus loin que Shakespeare, en faisant de la mère de Juliette une « drama queen », qui s’exprime avec prétention et est incarnée par un homme, devant donc un personnage de comédie. Plusieurs scènes, notamment la scène dite du bal, qui précède la rencontre entre les deux amants, donnent lieu à des danses assez pittoresques qui ne laisseront pas le spectateur indifférent. Grâce à la préservation, et même l’accentuation des facettes comiques de Roméo et Juliette, cette mise en scène ne tombe pas dans la niaiserie et la caricature, un écueil que bien des reprises de la pièce semblent avoir du mal à éviter. En fait, cela rend même le tragique peut-être encore plus dramatique, et le pathos plus crédible.

© Charles Drouilly
© Charles Drouilly/Ouest France

Une re-dynamisation de la pièce ?

La présence de la batterie donne du dynamisme au spectacle, et le fait vibrer, en battant une sorte de pulsation. En revanche, elle n’est pas toujours nécessaire, et recouvre quelquefois la vois des comédiens. Quoi qu’il en soit, elle tonifie la pièce, et nous la rend plus actuelle grâce à des sonorités musicales contemporaines. Mais peut-être que la mise en scène ne va pas jusqu’au bout de cette démarche. En effet, la pièce ne parlera pas toujours forcément à un public aujourd’hui. Le texte est traduit, mais pas adapté. Le réécrire n’aurait d’ailleurs pas été pertinent, puisque les mots de Shakespeare sont assez beaux pour être atemporels. Mais la mise en scène aurait tout de même pu atténuer certains décalages. Si elle crée une ambiance contemporaine, elle n’adapte pas le contexte et le texte. Par exemple, aucun père ne voudrait – a priori – marier sa fille à 14 ans aujourd’hui en Europe…

 

Une mise en scène à plusieurs facettes

En revanche, cette lecture de la pièce nous permet de rentrer dans la psychologie des personnages principaux. Roméo et Juliette, admirablement joués par Axel Drhey et Magali Genoud, nous font croire à leur attirance l’un pour l’autre.
Le décor, quant à lui, est très ingénieux. Composé principalement de quatre panneaux de verre floutés, il sert tour à tour à faire le lien – via les vitres qui le composent, à travers lesquelles Roméo voit Juliette pour la première fois – et à cloisonner, par exemple les portes de la sacristie de frère Laurent, interprété avec brio par Lauri Lupi, qui joue également Lady Capulet, la mère de Juliette.

Somme toute on a là affaire à une mise en scène sans faux-pas et quelquefois originale d’une pièce valorisée dans ses aspects comiques, et qui sort en cela de l’ordinaire. C’est un classique qu’il fait toujours bon d’aller voir, ne vous privez pas d’un tel plaisir !

Adélaïde Dewavrin

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