Courage, résistance, persévérance

Le débit de pain est une pièce écrite par Bertolt Brecht en 1929. La mise en scène de la compagnie 21, originaire de Tour, fait revivre cette pièce méconnue, mais nécessaire par les temps qui courent. C’est à l’Alizée que l’on peut voir cette réussite théâtrale à 18h45, tous les jours du 7 au 30 juillet (relâche les 12, 19 et 26 juillet) pendant le Festival d’Avignon Off.

Pour l’amour de l’Humanité

© compagnie 21/Clémentine Brissi
© compagnie 21/Clémentine Brissi

Le débit de pain raconte l’histoire d’un monde en crise. Des hommes et des femmes sans emplois nous la racontent. Sous la forme d’un chœur antique, ils nous guident à travers les péripéties et nous dévoilent le cœur des personnages. Nous nous heurtons, impuissants, à la réaction des différents villageois tour à tour sans cœur, ou encore effrayés par ces sans-travail « ces nuisibles, ces rapaces » à l’affut de la moindre offre d’emploi. Cette pièce prend alors des airs de fable. Une fable noire, qui se répercute avec violence sur notre réalité et nous renvoie à notre propre égoïsme, notre propre attitude de consommateur. Les symboles y sont pris au pied de la lettre, puisque dans la pièce, c’est bien le pain au sens propre du terme qui est en jeu. Ainsi, les questions que pose la pièce deviennent évidentes, et prennent une dimension terriblement humaine. On oppose ici les « géants », c’est à dire les petits-bourgeois et propriétaires et les « sans travail ». Si ces derniers ne trouvent plus de travail, c’est que les propriétaires eux-mêmes sont au bord de la faillite, car ils sont au prise avec leurs banques, qui elles-mêmes sont au bord de la faillite. Dans ce monde, comme dans le notre, la valeur sociale et positive du travail est manifeste : ceux qui ne trouvent pas de travail sont des moins que rien, du petit bois pour les petits travaux, et l’on n’a aucune estime pour eux. Les seuls personnages prêts à s’entraider sont ceux qui ont déjà tout perdu. Pourtant, tous ces hommes ne veulent que la même chose : vivre, et pour cela avoir accès au pain et à la chaleur nécessaire. Ne pourraient-ils pas tous s’entendre, au lieu de sombrer dans un gouffre de violence ?

Ce qui se comprend bien s’énonce clairement

© compagnie 21/Clémentine Brissi
© compagnie 21/Clémentine Brissi

Quatre comédiens pour treize personnages ? Un seul décor ? Aucun problème pour la compagnie 21 qui rivalise d’ingéniosité et de perspicacité. Les costumes sont d’une grande simplicité mais aussi symboliques et efficaces. Pour le chœur des « sans travail » par exemple, une seule tenue, unisexe et sobre : un tee-shirt blanc sur un jean, comme pour montrer leur neutralité mais aussi leur innocence dans ce drame qui les prend pour bourreaux. Seuls les personnages « principaux », les personnages bien identifiables comme monsieur Meininger ou la veuve Queck, portent des costumes plus singuliers et symboliques de leur rôle : un tablier blanc pour le boulanger Meininger, une robe et des poupées pour représenter les enfants de la veuve Queck… Là encore, l’efficacité est de mise et cela fonctionne très bien pour le spectateur qui entre facilement dans l’histoire et prend les personnages en affection. Pour témoigner de l’environnement précaire qui entoure les protagonistes, la mise en scène met à l’honneur des matériaux bruts, voire de récupération (tôle à l’aspect rouillée, planche de bois et parpaing). Cette économie de moyen rend la scénographie très inventive, tout en restant fidèle à la vision brechtienne didactique du théâtre, puisqu’il permet de définir l’espace de la scène en un rien de temps et sans rien brouiller de l’histoire. Le décor émerveille par ses possibilités de modulations et sa puissance comique indéniable. Les comédiens l’emploient dans toute sa dimension et étonnent les spectateurs plus d’une fois, en leur faisant découvrir encore et toujours ses ressources insoupçonnées.

Le débit de pain est une pièce à voir absolument ! D’une part parce qu’un auteur visionnaire a eu le mérite de soulever des questions essentielles, mais également pour passer un excellent moment en compagnie d’une troupe dynamique, passionnée, avide de partage et de rencontres.

Le Débit de Pain – Bertolt BRECHT – La Compagnie 21 from compagnie 21 on Vimeo.

Margot Delarue

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