Croissance reviens ! : Fuck le public

C’est à une messe assez peu conventionnelle à laquelle on assiste avec la Compagnie Triple AAA. Et pour cause ! Aurélien Ambach Albertini, metteur en scène, et Alessandro Di Giuseppe, vous invitent à rejoindre l’Eglise de la Très Sainte Consommation, du 7 au 30 juillet à la Maison IV de chiffre à 19h20 dans le cadre du Festival Off d’Avignon. Décalé au millième degré, quoique faisant écho à une actualité brûlante, les deux comédiens nous font entrer dans ce monde pas si éloigné du nôtre où l’argent est Christ roi.

Si t’aime pas les écolos casse un vélo…

À travers des rites décalés, la Compagnie Triple AAA nous fait voyager en Absurdistan, ce monde où l’argent est vénéré en dépit des hommes. Le Cardinal et le Pap’40 n’en finissent pas de dénoncer la gangrène de la population : les prolétaires, les communistes, les écolos… En somme, tous ceux qui menacent les riches par leurs revendications et leur masse. Tout en ironie, Croissance reviens ! fait la satire de la productivité à tout prix, de cette chimère qu’est de viser une croissance constante, ce mythe moderne qui creuse sans cesse les inégalités. L’Absurdistan, lieu qui repose sur l’asservissement des autres, la mise en concurrence fictive des différentes strates de la société. Lieu qui repose sur l’illusion donnée qu’il est possible de gagner le jackpot et de pouvoir ensuite faire partie de la caste supérieure. L’Eglise de la Très Sainte Consommation est un lieu où l’humour est de mise pour comprendre le discours de ces deux hommes de foi pas comme les autres. Le message passe tout en ironie et les propos engagés sont assumés dans les moindres détails.

Au nom du pèze, et du fric et du Saint-Crédit Amen… ton pèze !

©CieTripleA
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Messe au nom du Saint argent, celui que tout le monde convoite et qui donne le pouvoir d’écraser les autres. Messe en défaveur des plus faibles. Messe pour penser à ceux qui souffrent réellement le plus dans ce bas monde : les riches. Pour célébrer ce culte, l’Eglise de la Très Sainte Consommation a eu l’honneur d’accueillir le Pap’40 ainsi que son fidèle Cardinal Triple A.
C’est ce dernier qui nous accueille à l’extérieur du théâtre, aube rouge et collier en or au pendentif symbolique « € » imposant autour du cou. Le Cardinal nous fait l’honneur de mettre en condition les spectateurs qui sont désormais des fidèles et d’ores et déjà triés sur le volet par ordre d’importance pécuniaire. Bien entendu, les plus aisés auront des places de choix et se verront octroyer un traitement de faveur, quant aux autres, ils prendront les miettes. Une fois la hiérarchie mise en place, les fidèles, initiés aux rites peuvent entrer et se signer avec le cola bénit « Au nom du pèze, et du fric, et du Saint-Crédit ». Spectacle participatif, on suit le culte dans les règles de l’art. Tout est discrimination, anti-pauvre bien entendu. La messe se déroule dans le blasphème le plus total, les prières sont détournées vers le Dieu Argent, les cantiques deviennent des hymnes à la consommation. Avec tout cela, quel meilleur signe donc que le fuck pour rendre gloire ? Jamais public n’a d’ailleurs autant cultiver l’art du fuck, et les comédiens le lui rendent plutôt bien. La complicité tient parfois à peu de choses : avoir un objectif commun, lancer des fuck en guise de prières pour les riches menacés par la crise… Pauvres riches !

Spectacle exutoire et jubilatoire à l’humour décapant. Croissance reviens ! est une messe vraiment spéciale qui nous fait rire de tout ce qui devrait nous désespérer, menée par des hérétiques comme on les aime !

Anaïs Mottet

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