Je danse donc je suis au « MOI de la danse » des Subsistances

Depuis le 26 janvier et jusqu’au 12 février 2017, tous les (très nombreux) amoureux de la danse se donnent rendez-vous aux Subsistances où se déroule Le MOI de la danse. Pour la première édition de ce festival chorégraphique, le lieu propose une belle programmation de spectacles, d’ateliers où chaque spectateur peut devenir danseur, de cours de danse-minute pour partager sa passion, d’expositions, de projections et de rencontres « Grand Témoin » où d’importantes figures de l’histoire de la danse prennent la parole. Lundi 30 janvier, la soirée était consacrée à Carolyn Carlson.

© D.R.
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Trois œuvres de Carolyn Carlson

La salle est remplie. Tous les spectateurs sont venus voir ou revoir les œuvres singulières de Carolyn Carlson. Short Stories est composé de trois courts solos In the night, Immersion, & Mandala qui permettent d’entrer dans l’univers de cette grande figure de la chorégraphie.

Chaque solo est respectivement interprété par Chinatsu Kosakatani, Carolyn Carlson (en personne alors âgée de 74 ans) et Sara Orselli. Même si les danseuses sont seules sur scène, leurs mouvements dialoguent tellement avec les autres éléments scéniques que nous avons presque envie de parler de duo ou de trio. Les corps répondent parfaitement au rythme de la musique qui est très présente d’un bout à l’autre de chacune des pièces.

Durant l’entretien à la suite du spectacle, Carolyn Carlson évoque l’importance de la « poésie visuelle » dans son travail. La fluidité est un élément scénique récurent à travers les costumes souples, les corps des danseuses, leurs longs cheveux, la lumière, les quelques éléments scénographiques. On pourrait reprocher une vision assez stéréotypée et datée de la femme aux cheveux longs et soyeux, souvent symbole de sensualité et de féminité. Pourtant, cet élément est présent même dans Dark, pièce chorégraphique où femmes et hommes portent des sortes d’amples robes et ont les cheveux détachés et assez longs[1].

Carolyn Carlson est née aux États-Unis et plus précisément en Californie. Elle est ensuite venue vivre en Europe à partir de 1971 (France) où elle a révolutionné la danse en apportant dans ses bagages son côté hippie californien. Les éléments de la nature sont une très grande source d’inspiration. Par exemple, durant le solo Immersion qu’elle a interprété, Carolyn Carlson n’évoque pas seulement l’eau, mais tente de l’incarner, de devenir cet élément naturel. Sa danse est souvent très organique et expressive. Les corps sont comme traversés par une énergie, une pulsion de vie. L’œuvre de Carolyn Carlson, cette danseuse qui a d’abord suivi une formation classique pour mieux briser les codes, est à lire comparativement aux travaux de son époque. Cette hippie, cette chamane comme elle aime s’appeler elle-même, a réellement bouleversé la danse du XXe siècle en France. Aujourd’hui, ses dernières œuvres paraissent un peu datées même si elles sont récentes : elles ont perdu de leur avant-gardisme. Ainsi, Short Stories est davantage un spectacle monumental où l’œuvre d’une figure marquante de l’histoire de la danse est transmise.

Le « Grand Témoin » : un moment unique

La rencontre avec Carolyn Carlson a été animée par Arianne Bavelier (critique de danse) qui a retracé la carrière de l’artiste en ponctuant l’échange d’extraits vidéo. Les spectateurs ont alors eu un beau témoignage permettant de comprendre le processus de création de cette artiste qui travaille beaucoup à partir d’improvisations, de visions, d’esquisses ou de paysages. Carolyn Carlson a partagé son approche non académique de la danse avec humour et preuve à l’appui. À un moment, les deux interprètes, Chinatsu Kosakatani et Sara Orselli, sont revenues sur scène pour improviser à partir du thème « forêt en montagne » donné par des spectateurs. À travers leur festival, les Subsistances offrent une belle rencontre entre spectateurs et artiste. Le prochain « Grand Témoin » sera avec Boris Charmatz et animé par Paule Gioffredi (maîtresse de conférence en danse à l’Université Lumières Lyon 2) ce samedi 4 février 2017 à 17 h.

Un festival au cœur de la démocratisation culturelle

Avec ce festival, les Subsistances confirment leur vision participative, désacralisée et de qualité des arts de la scène. Nous retrouvons différentes approches de la danse qui la rendent accessible à tout un chacun : « voir de la danse », « parler de la danse avec les grands témoins », et finalement « danser ». Ainsi, ce festival, des plus conviviaux, appréhende la danse à la fois sous l’aspect théorique, esthétique et participatif ; et il s’ajoute aux nombreuses manifestations et institutions qui font de Lyon une des capitales de la danse.

Le festival Le MOI de la danse continue avec Boris Charmatz, Franck Willens, Tino Sehgal et Maud Le Pladec. Toute la programmation sur les-subs.com

Vous pouvez retrouver de nombreuses pièces de Carolyn Carlson sur le site www.numeridanse.tv/fr, vidéothèque internationale de danse en ligne.

Camille Dénarié

[1] Extrait vidéo vu lors du « Grand Témoin ».

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