De l’humour au service du vague à « lame » !

Raphaëlle Giordano est un coach en créativité et développement personnel mais aussi artiste peintre. Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, est son premier roman.

Malaise inexpliquée quand tu nous tiens…

© Eyroles/Raphaëlle Giordano
© Eyroles/Raphaëlle Giordano

Raphaëlle Giordano note ce petit paragraphe, « Je rêve que chacun puisse prendre la mesure de ses talents et la responsabilité de son bonheur. Car il n’est rien de plus important que de vivre une vie à la hauteur de ses rêves d’enfant… Belle route », une page d’avant-garde avant de débuter son roman. Ces quelques phrases couchées sur une page blanche sont l’indicateur du sujet de ce livre : Comment maintenir le cap de la vie sans se perdre en chemin ? L’auteure nous invite par le biais de son personnage principal à s’interroger sur la vie et ce que nous en faisons. Camille, à l’aube de ses quarante ans, est mariée à Sébastien et mère d’un petit garçon de neuf ans et demi hyperactif, un « enfant Duracell » comme elle le nomme. Elle a tout pour être heureuse : mari, enfant, travail, situation financière aisée, bon niveau social. Et pourtant… une impression persiste depuis quelques temps, « son bonheur lui glisse entre les doigts ». Elle en est là, quand, au volant de sa voiture, roulant sous des trombes d’eau, son GPS en profite pour tomber en panne. Camille se demande quelle est cette idée saugrenue d’avoir voulu emprunter les petites routes, tout cela pour ne pas être une « Yvette Horner de la route ! » et se dit que le divorce entre elle et la technologie GPS semble prononcé ! Perdue dans ses pensées, elle revient à la réalité à cause une explosion effrayante ! Elle descend de sa voiture, fait un check-up éclair et constate un pneu crevé ainsi qu’une aile enfoncée. Décidément c’est vraiment une sale journée et elle peste contre son patron pour l’avoir cantonné aux missions « pourries », à cause de son temps de travail réduit à quatre cinquièmes, dans son « placard à roues ». Elle décide de partir à la recherche d’une âme charitable pour pouvoir téléphoner à son mari et à un dépanneur dans un état de « glamouritude » lamentable empreint d’une détresse angoissée. Elle va faire une découverte surprenante au milieu de nulle part, « véritable pépite dans la boue aurifère » où réside un Sean Connery à la française âgé d’une soixantaine d’années. D’emblée, Camille ressent une étrange sensation, une chaleur, une profondeur dans le regard, une bienveillance qui émane de cet homme et qui la rassure. Elle ne se trompe pas car le contact ne se cantonnera pas à cette aide – cette rencontre va bouleverser sa vie et l’amener sur un autre chemin : celui de son enfance et de ses rêves d’avant. Mais de quelle maladie souffre réellement Camille ? Arrivera-t-elle à retrouver la petite fille qu’elle était ? Que va lui proposer son sauveur providentiel ?

Raphaëlle Giordano nous décrit habilement l’état général de son personnage central et nous pouvons facilement nous identifier à Camille : son vague à l’âme nous parle, elle n’est pas malheureuse mais pas heureuse non plus. Comme si elle surfait entre deux vagues avec la sensation de ne plus pouvoir revenir sur le rivage, « La lame » est gangrénée car le « cœur » s’essouffle au fil des jours, des mois, des années… Qui n’a pas eu l’impression d’être perdu dans les méandres de la vie ? L’auteure ponctue son récit par de véritables trouvailles d’expressions comme « SARL Sociétés Assez Rarement Lucratives », « Taux de glamouritude », « Mascarade de mascara » et tant d’autres qui sont tout aussi créatives ! Raphaëlle Giordano termine son petit paragraphe d’avant-garde à l’attention du lecteur par « Belle route » et débute l’histoire de son roman par un accident de la route, un sacré parallèle de l’auteure d’autant plus que nous sentons venir en filigrane l’accident de la vie ou plutôt l’erreur de parcours.

Le mal de la « routinite » aiguë

Nous retrouvons Camille trempée jusqu’aux os buvant un thé bien chaud en compagnie de « son héros » du jour, Claude Dupontel, le fameux Sean Connery à la française. Encore un trait d’humour de notre auteure car nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à Albert Dupontel, acteur, et son apparente morosité. La main chaude de Claude posée sur l’épaule de Camille lui déclenche un véritable déluge de pleurs. Moment propice sans doute à une confession salutaire sur son vague à l’âme auprès de cet homme si chaleureux et rassurant. À partir de ce cet instant, l’auteure nous « débarque » dans la maladie de Camille annoncée comme une « routinite aiguë » par Claude qui justement exerce en tant que « Routinologue ». Ce mal du siècle touche une multitude de personnes à travers le monde mais la palme revient aux occidentaux ! C’est une baisse de motivation, pas une dépression nerveuse, la morosité s’installe progressivement puis devient chronique. Une perte de repères et de sens apportent une difficulté à être heureux malgré une opulence de biens matériels ; la lassitude et le désenchantement deviennent nos meilleurs amis. La « routinite » peut paraître une maladie bénigne mais c’est un tsunami en approche. Puis l’auteure avec sa plume enjouée, nous « embarque » dans une relation entre patient et médecin. Et là, nous avouons nous être totalement laissés porter par la méthode de notre « Routinologue », un programme qui décape en profondeur l’adulte que Camille est devenue. Ce dernier se décompose en plusieurs étapes de « paliers de changement » et à chaque fois qu’ils sont franchis avec succès, un lotus appelé « Charms de couleur » est donné comme récompense. À chaque étape correspond une couleur comme dans les arts martiaux avec les ceintures. Camille va réapprendre à sourire, à aimer son corps, revenir à ses valeurs profondes, se modeler à l’image de ses désirs, à s’armer de courage pour lutter contre elle-même, à se rappeler son enfance et surtout ses rêves d’antan. Le chemin va être long avant d’arriver à la délivrance et pour Camille il va durer quatre années. Mais quel travail va-t-elle devoir faire ? Que va-t-elle découvrir véritablement ? Claude Dupontel est-il vraiment celui qu’elle croit ? Son mari sera-t-il toujours, au bout du chemin, à ses côtés ?

L’auteure parsème son récit de références philosophiques avec des phrases d’Épictète, Aristote ; littéraires avec 1984 de Georges Orwell, Françoise Dolto ; culturelles avec des passages sur Jean Paul Gaultier, Isabelle Huppert, David Douillet, Steve Jobs… et même Abraham Lincoln ! Tous ces exemples sont cités au bon moment, toujours avec cette pointe d’humour touchante et respectueuse de Raphaëlle Giordano. Même l’initiation à l’Ikebana, art floral japonais, niché au creux de ces pages, est un véritable moment de poésie reçu par le lecteur comme une sorte d’apaisement : nous avons la sensation d’assister au cours ! L’auteure nous gratifie toujours de ses superbes trouvailles d’expressions : « Décoller ses timbres », « Mitraillette à reproches », « F.E.T.E – Faits, Emotion, Travaux d’Entente » mais aussi de phrases cultes comme « Lâcher de balles sur un terrain de squash miniature » en référence à son fils, ou encore comparer le « CDI professionnel » et le « CDI amoureux ».

À méditer

Pour une majorité de lecteurs, ces bleus à l’âme badigeonnés à l’arnica vous rappelleront surement quelques souvenirs et nous espérons que vous avez trouvé la sortie ! Si ce n’est pas le cas, nous vous incitons à lire le roman de Raphaëlle Giordano, véritable joyau de bon sens, le tout écrit avec un humour rafraîchissant ! Elle dépoussière l’image du couple, de la vie de famille, du monde professionnel et de la mondialisation. Elle explore le monde de l’enfance et ses exigences emportées dans un futur si difficile à « digérer »… Mais il y a toujours une solution, le tout est de savoir se remettre en question à un moment donné de sa vie. Et si le doute subsiste alors relisez Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une… Et pourquoi ne pas appliquer les conseils de Claude à soi-même… ? À méditer !

Françoise Engler

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