La déchéance d’une mère dans Le Fils !

Du 6 au 26 juillet 2017, à 13h10, le festival Off d’Avignon et la Manufacture nous invitent à découvrir à quel point il est difficile d’être mère et femme lorsqu’on se découvre une nouvelle passion avec Le Fils de Marine Bachelot Nguyen, de la compagnie L’Unijambiste, mis en scène par David Gauchard et interprété par Emmanuelle Hiron.

Un seul en scène poignant !

La pièce est construite autour de plusieurs récits de la vie d’une mère. On commence par l’accouchement, puis par l’enfance des deux fils, Anthony et Cyril pour s’arrêter sur l’adolescence. Bien que la pièce s’appelle Le Fils, c’est bien le point de vue de la mère qui est abordé et expliqué. Évidemment, elle analyse l’évolution de ses rapports avec son fils. Les récits sont assez traditionnels et racontent la vie d’une femme devenue mère, mais chacun se termine sur un sentiment de détresse et un coup de stroboscope pour effacer ce sentiment et reprendre le récit originel. La narration est très particulière, car la personne qui raconte ne semble pas être la mère et utilise le pronom personnel « elle » pour la désigner, mais parfois le pronom « je » revient, bouleversant nos repères ou semblant montrer qu’elle a des difficultés à assumer ce qu’il s’est passé. Pourtant, chaque fois qu’une décision ou qu’une réflexion un peu sérieuse est faite, la narratrice interpelle le public pour lui demander comment il aurait agi dans pareille situation. Cette adresse frontale inclut le public dans l’histoire et l’amène à réfléchir sur ses agissements et sur ce qu’elle a vécu et parfois la réponse est étonnante. Ce faisant, elle cherche à justifier des actes dont les remords sont saisissants.

Plus l’histoire avance et plus les indices affluent et nous font comprendre qu’un problème est survenu avec son plus jeune fils. La tension qui naît entre enfant et parent à l’adolescence est bien retranscrite dans ce texte qu’Emmanuelle Hiron interprète magistralement. Elle nous fait ressentir la complexité de ses émotions, partagées entre son devoir de mère, son amour maternel, son envie de vivre sa propre vie, son envie d’être femme et de conserver un lien avec ses enfants. Ce fils apparaît sur scène ponctuellement, il représente la nostalgie qu’elle éprouve vis-à-vis de l’enfance de ce dernier. Il apparaît très jeune et joue du clavecin comme pour évoquer avec mélancolie un temps révolu, un temps béni où le fils et sa mère était encore complice, ou ce dernier jouait encore de la musique pour sa mère.

© Thierry Laporte
© Thierry Laporte

Quand l’idéologie intégriste rythme et régit une vie…

Bien que chrétienne, elle n’était pas pratiquante, mais son mari un peu plus et ils allaient tous les dimanches à la messe. Petit à petit, elle se laisse séduire par ces moments de rassemblement et notamment lors d’une confession de foi où elle tombe en admiration devant cette communion des gens dans la rue. Cela lui permet de fréquenter la haute bourgeoisie rennaise, milieu qu’elle et son mari idolâtrent un peu. Petit à petit, sous l’impulsion de ses nouvelles amies, elle construit sa vie autour de la religion, participant à des groupes de discussion, à des manifestations et s’engageant notamment contre l’avortement et dans la manifestation contre le Mariage pour tous. Elle se sent importante, elle se sent vivre, car passionnée et animée par ce combat, mais en délaisse sa famille et, sans s’en rendre compte, elle commettra des choix aux conséquences dramatiques. Son combat passant avant tout, elle délaisse sa mission de mère et même si elle en a conscience, elle le fait sans sourciller, prétextant un manque de dialogue avec ses fils dû à l’adolescence… Elle raconte ses choix, faisant de nous les témoins de son drame et de son processus de radicalisation.

Cette pièce est très sobre dans sa mise en scène et repose essentiellement sur la capacité d’Emmanuelle Hiron à incarner la complexité et la puissance des sentiments d’une femme/mère habitée par une nouvelle passion.

 

Jérémy Engler

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