Découverte de la vie impossible des femmes en Chine grâce au coup de coeur d’Héloïse

Chinoises, le premier livre de Xinran, est un documentaire bouleversant. Animatrice radio pendant huit ans en Chine, elle a recueilli pendant des années à travers son émission Mots sur la brise nocturne des témoignages de femmes de tout âge et de toute condition. À la base simple émission radio ouverte aux auditeurs racontant leur vie, elle devient bientôt une émission des plus écoutées de Chine.

Une violence sociale inouïe

XinranRapidement ce sont des centaines de femmes de tous les milieux qui la submergent de leurs appels. On y découvre des témoignages, des lettres, des rencontres qui racontent toutes la terrible condition de vie de nombreuses femmes chinoises encore aujourd’hui : femmes battues, mariées de force, violées, privées d’éducation, rejetées par leur famille et invisibles aux yeux de la société. Certaines ont souffert de la Révolution Culturelle, d’autres de tremblements de terre, d’autres encore du terrible poids des traditions qui les asservissent à leur mari et à un rôle de femme-objet. Chacune ressent le besoin de s’exprimer, de se livrer à Xinran qui ne cache pas son horreur et ses émotions devant leurs histoires. Certains témoignages sont particulièrement traumatisants : une jeune fille raconte dans son journal comment elle a été violée à répétition par son père, une autre kidnappée à l’âge de 12 ans pour être mariée de force à un vieillard, etc. Ces récits brutaux et dérangeants tracent un portrait sans concession de la Chine d’aujourd’hui. Mentalement éprouvée par ces histoires sans espoir, dont elle ne peut être que le témoin impuissant, Xinran finit par quitter la Chine pour Londres, avec son fils Panpan. Ce fut seulement une fois installée là-bas qu’elle entreprit de regrouper certains des témoignages les plus marquants sous forme de livre. Chinoises rencontre rapidement un succès mondial et est déjà traduit en vingt-quatre langues dont le chinois.

Un documentaire entaché par un manque d’analyse

Xinran - ChinoisesSi on ne peut nier le fait que Xinran, par son travail, a contribué à mettre en lumière les tristes conditions de vie des femmes en Chine, elle n’est cependant pas ce qu’on peut appeler une dissidente. L’émission qui l’a rendue célèbre a bénéficié du soutien des dirigeants de la Radio de Nankin, et Xinran se gardait bien de dépasser les limites imposées par le Parti sur les sujets délicats (homosexualité, abus des forces de l’ordre…). Loin de dénoncer, Xinran se contente d’écouter, ce qui certes n’est déjà pas si mal puisque la Chine est une société qui n’écoute pas les autres, les femmes encore moins que les autres citoyens. Mais sa position reste très officielle, on devait même lui attribuer le titre de « Fleur de la Police ». L’auteure évite soigneusement les thèmes politiques et à risques, et même si elle soutient chacune de ces femmes, elle ne verse pourtant pas dans le féminisme.  Les témoignages relatés dans ce livre sont révélateurs d’une société empêtrée entre mondialisation récente et tradition ancestrale, gouvernée par un mépris des femmes datant de plusieurs siècles. Si la lecture est aussi brutale qu’intéressante, on ne peut néanmoins que déplorer le manque d’analyse et d’engagement de l’auteur.

Héloïse Geandel

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