Découvrons les secrets du Cyrano de Rostand à travers la vie d’Edmond !

Alexis Michalik est l’auteur et metteur en scène en vogue du moment. Ces pièces tournent plusieurs années de suite pour un minimum de cent dates à chaque fois, il a remporté plusieurs Molières de l’auteur francophone pour Le Cercle des illusionnistes, Le porteur d’histoire (également adapté en bande dessinée) et Edmond. Ses textes sont véritablement remarquables et ces récompenses ne sont pas galvaudées, ce qui explique pourquoi les éditions Rue de Sèvres ont confié à Léonard Chemineau l’adaptation en bande dessinée de cette pièce sur l’écriture de Cyrano de Bergerac.

Un récit incroyable !

© Rue de Sèvres

La force d’Alexis Michalik est de nous faire voyager dans des univers qu’on connaît ou qu’on croit connaître. Après Rouger Houdin et Charles Méliès, puis Alexandre Dumas, nous accompagnons cette fois-ci, Edmond Rostand, alors qu’il est contraint d’écrire un chef d’œuvre en un temps record. Place donc à la création de Cyrano de Bergerac ! Edmond Rostand, en pleine dépression et incapable d’écrire une ligne, se voit commander une pièce par Constant Coquelin, un grand comédien de l’époque. N’ayant aucune inspiration, c’est la vie qui lui fournira le terreau de sa pièce. Alexis Michalik réussit le tour de force de déconstruire l’œuvre originale pour imaginer comment tout ce qui arrive à Cyrano aurait pu arriver dans la vie de Rostand. Si on sait que Rostand a eu l’idée de sa pièce en aidant un ami à séduire une jeune snob, Michalik imagine que cet ami est Léonidas Volny, interprète de Christian, et que la jeune snob est Jeanne, habilleuse dans un Feydeau et amoureuse de beaux vers.

© Rue de Sèvres

Le quotidien d’Edmond Rostand lui inspire chaque scène et on assiste à la naissance de la tirade du nez, née d’une empoignade entre un barman et un client, ou à l’origine de l’échange épistolaire entre Cyrano et Roxane, etc. L’intrigue paraît tellement plausible qu’on en viendrait à se demander si ce n’est pas comme ça qu’a été écrite la pièce. En plus de raconter la genèse de Cyrano de Bergerac, l’auteur nous livre une véritable fresque des contraintes d’un auteur de théâtre. Se joue devant nous tant une critique qu’un éloge du milieu théâtral où les difficultés ne sont surmontées qu’à coup de persévérance, de solidarité et surtout de courage !
La bande dessinée reprend quasiment mot pour mot les répliques de la pièce mais le dessin réussit parfaitement à s’affranchir de la représentation scénique pour créer son propre univers.

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En scène dans la BD !

© Rue de Sèvres

Léonard Chemineau, repéré en 2009 au festival d’Angoulême lors du concours des Jeunes talents, collabore de nouveau pour les éditions Rue de Sèvres après Le travailleur de la nuit et Julio Popper. Ces deux œuvres ont la même qualité, celle de créer un décor réaliste qui ancre le récit dans son époque, participant à l’immersion du lecteur. Il en est de même avec Edmond, le détail accordé à l’arrière-plan est admirable, on se croirait vraiment à Paris, les bâtiments, les rues, l’atmosphère irrespirable, tout y est. Quant au milieu théâtral, le dessinateur a visité le Théâtre de la Porte Saint Martin où fut joué Cyrano la première fois pour essayer de reproduire le plus fidèlement ce lieu majeur dans la BD et encore une fois, on est comme au théâtre. On lit le texte entendu sur scène, on retrouve l’ambiance électrique d’un théâtre en pleine création. Les émotions éprouvées sur scène quand on voit la pièce de Michalik sont les mêmes, gageons qu’il en soit de même au cinéma. La réalisation étant signée Alexis Michalik lui-même, on n’en doute pas trop…

© Rue de Sèvres

Ce théâtre devient le lieu de toutes les peurs et de tous les espoirs, les couleurs deviennent de plus chaudes au fur et à mesure que la première approche. L’univers théâtral est teinté d’un rouge pastel au début avant de devenir aussi vif que sur la couverture. Cette omniprésence du rouge est un beau clin d’œil aux salles à l’italienne dominée par le rouge et à la fin de Cyrano qui meurt en découvrant son chef plein de sang…
Au-delà de la qualité du décor, la force de cet album réside dans son rythme. Le découpage est très vertical, certaines vignettes pouvant être assez hautes et, très souvent, les strips à 2 vignettes ont un rapport de ¾ / ¼ de la largeur de la page, favorisant cet effet de verticalité. On alterne donc des cases en plan large pour créer une ambiance et des cases en plan serré, souvent sur un seul personnage pour souligner sa réplique ou sa réaction à la situation. Ce dynamisme est renforcé par l’apparition régulière de petites cases rondes mises en exergue qui permettent un focus sur un sentiment ou une action marquante.

Cette association est très réussie ! Les mots d’Alexis Michalik résonnent avec la même force, son histoire est aussi prenante mise en image que mise en scène, grâce aux dessins de Léonard Chemineau qui mêle précision et rythme pour nous immerger au plus près de l’univers bouillant du milieu théâtral de la fin du XIXe.
Pour conclure, ne manquez pas la sortie cinéma d’Edmond réalisé par Alexis Michalik lui-même.

Jérémy Engler

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