Défilles, où lorsque le contes dépassent les frontières du papier

Tous les jeudi, vendredi et samedi de ce mois de septembre 2015, le théâtre de La Maison de Guignol accueille la compagnie Encorps et leur deuxième création, la pièce Défilles. Cette pièce, entre le théâtre et le conte met en avant plusieurs stéréotypes Homme-Femme de notre société sous un ton enfantin.

Une pièce inspirée de la littérature

défillesCette pièce rappelle un peu les longs métrages d’animation Princes et Princesses et Les contes de la nuit réalisés par Michel Ocelot où l’on suit l’histoire de deux enfants imaginant et nous racontant six contes en théâtre d’ombres. Ici, contrairement aux enfants du petits écrans, Caroline Malandran et Juliette Paire n’inventent pas les histoires mais elles ne font pas que nous les transmettre, elles donnent vie à des albums tirés de la série « Pour bousculer les stéréotypes fille garçon » crée par l’association L’atelier des Merveilles. Chaque album relève un stéréotype particulier allant de l’apparence au fond des problèmes fille-garçon. Les huit albums choisis pour ce spectacle mettent en évidences les inégalités Homme-Femme qui pourraient arriver à n’importe lequel d’entre nous ; celles au foyer (avec La révolte des cocottes de Adèle Tariel et Céline Riffard), dans la société (avec Jacotte de Géraldine Collet et Estelle Bilon-Spagnol et Brindilles de Rémi Courgeon) ou même les stéréotypes liés à l’apparence (avec Le débardeur Rouge de Sejung Kim, Le Petit garçon qui aimait le rose de Jeanne Taboni et Misérazzi). Les deux derniers livres, Madame le lapin blanc (écrit par Gilles Bachelet) et Les souliers écarlates (écrit par Gaël Aymon et Nancy Ribard) met le spectateur face au dénigrement de la femme dans certains foyers et à la place de la femme dans le couple.
Malgré des dialogues parfois un peu trop enfantins, ces histoires, ancrées entre la poésie et l’humour peuvent être appréciées aussi bien par un jeune public qu’un public adulte.

Une mise en scène simple mais efficace

défilles 2Nous sommes ici confrontés, en tant que spectateur, à une mise en scène assez simple. Seules deux jeunes inconnues, et qui le restent tout au long de la pièce, font leur entrée sur une scène vide. Armées d’une valise remplie de secrets comme le sac de Mary Poppins, ces deux femmes créent le lien entre les histoires, nous emmenant d’un univers à un autre. Après chaque conte « joué », un diaporama projeté derrière les protagonistes montre des pages des vrais livres. Ces illustrations permettent aussi bien de voir l’origine de la pièce mais aussi de laisser respirer les histoires, les laisser germer.
C’est un spectacle dynamique et assez court à la fois (une heure environ). Les transitions sont rapides et les scénettes bien rouées. En tant qu’adulte, ce n’est pas le sujet qui fait l’originalité de la pièce mais la manière dont elle se place entre humour, poésie, savoir et culture ; quelques références sont évidentes mais pas forcées. On remarque ici un réel souhait de partage et de sincérité. De partage tout d’abord par le mélange des arts tels que le théâtre, la littérature et la musique, qui prend une place certes secondaire mais qui accompagne assez finement le fil des histoires. Celle-ci est d’ailleurs en partie composée pour la pièce par Kevin Bardin (la création sonore est de Simon Moulin). De sincérité car c’est une pièce sans prétention. « Elles transmettent [les histoires], leur prêtent un corps, une voix.//Elles en sont les passeuses » et elle le font avec un jeu d’acteur simple mais efficace, assez touchant même.

La compagnie Encorps a donc habilement réussi son défi de sensibilisation aux problèmes liés aux droits homme-femme et leurs égalités d’une manière ludique et amusante. Elles permettent avec des choix sobres de nous faire passer un bon moment au pays des contes.

Camille Pialoux


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