La dernière torture : soirée grand-guignolesque pour Halloween

Que faire le soir d’Halloween pour les amateurs de théâtre et de performances macabres ? Le Théâtre le Fou proposait une soirée autour du Grand-Guignol, un genre apparu au début du XXè siècle mêlant burlesque et spectacle d’épouvante. Organisée par la compagnie Lune Noire, cette soirée accueillait plusieurs artistes issus des compagnies Art’R’Natif et La Fabrique Abrupte et présentait deux spectacles, Crime dans une maison de fous ou les infernales et La dernière torture. Ce dernier sera rejoué à partir du 3 novembre jusqu’au 6 dans ce même lieu.

Carte blanche pour soirée noire

3
© Guillaume Sergent

Un portier grimé en Frankenstein, une salle d’attente remplie de zombies ensanglantés, une opération d’avortement plus que douteuse au premier étage… Bienvenue au théâtre le Fou pour cette soirée d’Halloween. Au menu, deux spectacles joués par la compagnie Lune Noire et différentes performances sanguinolentes. Celles-ci regroupent des acteurs issus de plusieurs compagnies, ayant pour seule consigne de laisser aller leur imagination. Au rez-de-chaussée, meurtriers, égorgés et autres accidentés de la route et attendent d’être reçus par le fameux docteur Copperbot, radié de l’ordre des médecins. En haut, les bruits d’une étrange opération qui va bientôt avoir lieu. Pour Ambre de la Lune Noire, l’idée est de réunir des acteurs « qui viennent, qui sont chauds de se montrer, de se faire connaître, de mettre de l’ambiance, et de jouer surtout. Le but principal c’est de jouer, c’est de s’amuser, et faire plaisir aux gens ». Comme dans Poulet et décadence, organisé quelques semaines plus tôt au même endroit, le spectateur est amené à voyager par lui-même à travers les différentes performances qui parsèment le théâtre. Un bar à vin aidera celui-ci à s’immerger plus facilement dans cette ambiance déroutante et à faire connaissance avec ces charmants mort-vivants. Complétant les deux spectacles, elles permettent au spectateur « de s’évader un petit peu, boire un coup, tout en restant dans une ambiance d’Halloween ». C’est aussi une manière pour le théâtre le Fou de laisser carte blanche à des compagnies et d’attirer un public différent des spectacles traditionnels. Pour Renaud Rocher, directeur artistique du théâtre et membre de la compagnie Essentiel Ephémère, « cette année ils avaient carte blanche ici, et ils ont fait une belle soirée avec cette salle d’attente pleine de zombies, et cette opération à l’étage qui tournait mal. Et avec deux interventions qui on fait salle comble ce soir. Donc voilà quelque chose qu’on renouvèlera, de faire un événement Halloween sans doute chaque année ».

Guerre et épouvante

En plus des performances, cette soirée d’Halloween conviait un genre théâtral apparu au début du XXè siècle dans une petite salle parisienne, le Grand-Guignol. Lointain cousin du théâtre de boulevard, il associe des pièces burlesques et des histoires macabres et violentes. « En gros, on fait flipper les gens, ils sortent boire un coup, on les détend, et on les refait flipper » m’explique Ambre. La première représentation, une lecture d’Un crime dans une maison de fou d’André de Lorde, place le spectateur dans un asile de fou du début du XXè siècle. Pupitres et tenues noires, une scène dépouillée de tout décor, la jeune troupe réussit à faire monter la tension, palpable dès les premiers instants, jusqu’à son paroxysme sanguinolent. Après un entracte entrecoupé de nouvelles performances, la représentation reprend avec cette fois une adaptation de La dernière torture d’André de Lorde et Eugène Morel. Ecrite en 1904, cette pièce est librement inspirée d’un épisode de la révolte des Boxers qui se déroula en Chine entre 1899 et 1901. À Pékin, le consulat de France, ainsi que les autres légations des pays occidentaux, sont assiégés par les troupes de Boxers. Dans une atmosphère tendue, le consul, sa fille et une poignée d’hommes vont devoir résister à la faim, au son du canon et à l’ennemi invisible. Préfigurant les films de guerre et d’épouvante, cette pièce emmène le spectateur dans l’intérieur d’un conflit, façon Apocalypse Now. « On commence par une lecture, on met les spectateurs en tension gentiment, on les fait écouter, sentir, frissonner, et ensuite on leur balance la guerre ». Mise en scène collective, elle fait intervenir des éléments anciens et plus récents : « C’est remettre du neuf dans des vieux textes aussi. On a voulu non pas se remettre dans l’armée de ces années là, on s’en fout des anachronismes, on a utilisé des vêtements d’aujourd’hui ». Présentée l’année dernière au théâtre Le carré 30, elle sera jouée au Théâtre le Fou du 3 au 6 novembre.

2
© Olwenn Zwer

Mêlant burlesque et scènes d’horreur, cette soirée d’Halloween était une expérience amusante. Interactive, elle permet de découvrir ou redécouvrir le théâtre d’un œil nouveau, tout en buvant un verre et en jouant au poker avec des zombies.

 

Guillaume Sergent

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *