Et si les dernières heures de Mohamed Merah nous étaient contées…

Du 6 au 11 juillet 2017, dans le cadre du Festival Off d’Avignon, se jouait à La Manufacture, la pièce La mort, je l’aime, comme vous aimez la vie de Mohamed Kacimi, mis en scène par Yohan Manca et Julie Moulier, qui rapporte les derniers échanges entre Mohamed Merah et le négociateur du Raid.

Un échange sans saveur

© Arnaud Bertereau
© Arnaud Bertereau

Écrite à partir des échanges entre Mohamed Merah et les policiers, publiés par journal Libération, la pièce nous plonge au cœur des négociations entre le Raid et le terroriste toulousain. Petit rappel des faits, Mohamed Merah est le Toulousain devenu djihadiste qui a tué des enfants juifs et des militaires en mars 2012 avant d’être tué par les membres du Raid dans son appartement.
La mise en scène est sombre et épurée, seul un mur sépare les deux personnages afin de créer la séparation entre l’appartement et le couloir où se trouve le policier, joué par Charles Van de Vyver et tout ce qui les sépare l’un l’autre. La pièce montre le travail des autorités pour tenter de capturer Mohamed Merah en vie et souligne les quelques lacunes de la traque. En effet, Mohamed Merah est montré comme un jeune homme convaincu par ses nouvelles convictions, qui semble torturé par ses actes ou pensées, mais pas forcément pour les bonnes raisons. Toutefois, il conserve certains moments de lucidité lors desquels il se moque des autorités qui n’ont pas su prévenir ses agissements alors même qu’elles le surveillaient. En le présentant comme torturé et ne sachant que faire, comment se rendre, pourquoi se rendre, Mohamed Merah apparaît non pas comme une victime, mais comme quelqu’un qui subit les dérives du système et qui par plusieurs concours de circonstances malheureux ou mauvais choix, s’est retrouvé à embrasser les idées terroristes. Évidemment, il n’est nullement question d’excuser le terroriste, mais d’essayer de comprendre, à travers la mise en scène de cet échange, les raisons qui l’ont amené à commettre ces actes. Cependant, cette pièce nous semble un peu fade dans le sens où elle n’apporte pas grand-chose de nouveau et conclure sur des images de Call Of Duty pour expliquer qu’il y a trop de violence accessible semble un peu démagogique, voire superflu. Je n’ai pas lu les retranscriptions publiées dans la presse et je vivais en Espagne au moment des faits, donc j’étais probablement moins assommé de nouvelles que ceux qui vivaient en France, mais rien ne m’a surpris, je n’ai rien découvert de nouveau. Au final, en voulant montrer les raisons qui ont poussé Mohamed Merah au terrorisme, on enfonce des portes ouvertes et ce spectacle souligne des évidences. Alors s’il est vrai qu’il est intéressant de parler de ce genre de choses aujourd’hui que les attentats se multiplient en Europe pour essayer d’en comprendre les causes, je reste quelque peu sur ma faim. Évidemment, cette pièce se veut documentaire, mais même une pièce documentaire peut apporter une nouvelle réflexion ; toutefois en voyant les réactions de certaines personnes, on se dit que, finalement, certaines évidences ne le sont pas pour tout le monde et qu’il est bien de les rappeler de temps en temps…

Une pétition un peu exagérée

© Arnaud Bertereau
© Arnaud Bertereau

Yohan Manca incarne un Mohamed Merah qui paraît peut-être un peu trop fragile, ce qui a suscité un élan d’indignation autour de la pièce, car les proches des victimes et certaines personnes très concernées par ce crime estimeraient que la pièce veut dédouaner Mohamed Merah de ces actes en le présentant comme victime en en faisant un héros… À l’heure où j’écris l’article, 3 244 personnes ont signé une pétition pour interdire la pièce, c’est très loin d’être la jauge totale de toutes les représentations cumulées de la pièce à Avignon, ce qui veut dire qu’une bonne partie des signataires (toulousains, j’imagine, s’il s’agit des proches des victimes) n’ont même pas vu la pièce, dont la dernière représentation s’est déroulée sans aucun heurt et a été applaudie par un public, qui croyez-le bien n’avait pas l’impression de faire l’apologie du terrorisme en félicitant les comédiens pour leur prestation. Ils applaudissaient une pièce qui, bien que ne proposant pas de réflexion nouvelle, a le mérite de dire les choses, de rendre compte de ce qui s’est passé. Loin de moi, l’idée de défendre le terrorisme, mais penser que les auteurs des attentats ne sont pas humains, qu’ils ne sont pas capables de sentiments complexes et paradoxaux est particulièrement idiot. Aucun de ces terroristes n’était né en sachant qu’il deviendrait terroriste, c’est une suite de déceptions, d’embrigadement, de propagande qui les ont amenés à commettre ces actes, donc ils sont, avant tout, victimes de ceux qui les manipulent et les incitent à commettre ces crimes. Quand bien même, il s’agit d’actes isolés, non revendiqués par des organisations terroristes, si de tels actes sont commis, c’est que d’une manière ou d’une autre, les auteurs ont dû souffrir de quelque chose, être victimes de la société ou d’une personne, ou de n’importe quoi, mais avant de devenir un terroriste, ils vivaient normalement, ils avaient des amis, une famille et étaient comme nous. Ils ont juste emprunté un chemin différent. Je ne cherche pas à les excuser, car malgré toutes les atrocités qu’on peut subir, on a toujours le choix d’agir ou non, de devenir terroriste ou non. Mohamed Merah, comme la plupart des terroristes, a fait ses choix et personne ne les excuse, mais il ne faut pas se leurrer, avant d’être des terroristes, ce sont des êtres humains comme vous et moi. Et si je trouve, à titre personnel, que ce spectacle n’apporte pas grand-chose, il a au moins la vertu de réveiller ceux qui n’en ont pas conscience et signent une pétition contre un spectacle sans avoir vu un spectacle…

Jérémy Engler

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