Des Femmes, l’aventure de la féminité

La Compagnie Encorps, créée à Lyon en 2009, se fonde sur la conception d’un théâtre intime qui se révèle bien dans le spectacle Des Femmes, à l’affiche de l’Espace 44, du 13 au 18 janvier, ainsi que le 10 mars à l’amphithéâtre culturel sur le campus Portes des Alpes de l’Université Lumière Lyon 2 dans le cadre du festival Fais Pas Genre. Ce sont quatre filles, Lou Hingouët, Caroline Malandran (la directrice artistique), Juliette Paire, Vanessa Vierne qui montent tout un spectacle, mis en mot par l’écrivain Cécile Caitucoli. C’est donc un spectacle très personnel, en mots et gestes, qui nous est présenté. Il rend une ode à la Femme, sous quatre facettes.

Quatre femmes pour un modèle

Les spectateurs arrivent, les actrices se déplacent sur le plateau, comme pour trouver des repères. Elles sont coincées dans une pièce, prises d’amnésie, elles ne savent pas le pourquoi du comment. Quelles sont les réactions et les relations à adopter les unes avec les autres ? Qui sont-elles ? Elles se présentent tour à tour : la femme « Intellect » englobe les femmes comme penseuses, elle soutient le Verbe comme création première (elle n’a pas tort, « Au commencement était le Verbe » – La Bible) donc plus légitime que ce que les autres représentent : l’« Icône » ou celle qui est source d’inspiration pour l’art, l’« Emotion », elle porte tous les ressentis des femmes, souffrance comme émois heureux et enfin, le « Corps », elle est celle qui incarne, qui est chair de toutes les chairs de femmes, et de toutes ses caractéristiques.

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Elles doivent alors évoluer ensemble, dans ce huis-clos manichéen, blanc et noir. On peut voir que, comme les femmes sont les extrêmes de chaque tempérament féminin, le décor est tranché. Mais le but de ce rassemblement est certainement de leur faire prendre chacune un peu des autres pour pouvoir créer une femme plus complète, plus saine. Ainsi, la femme « Intellect » perd peu à peu ses mots, elle se rend compte de l’ineffable tellement humain et donc, plutôt que des mots qui lui ont toujours été assignés, elle cherche les siens, plus difficile à trouver mais bien plus personnels. La femme « Icône », qui posait sur les autres un regard un peu hautain avoue s’être faite passer pour responsable de cette situation juste pour avoir de l’attention. Elle voulait être plus Eve la mère qu’ Eve la muse. La femme « Emotions » qui se tordait au sol, habitée de transes (on soulignera l’incroyable investissement de l’actrice Lou Hingouët), affligée par toutes les émotions féminines se relève, et même si elle reste furieuse, elle tient un discours plus apaisé. Enfin, la femme « Corps ». Elle ne parlait que par l’intermédiaire d’une voix off, ce qui intensifiait, peut-être plus que pour les autres, sa limite : elle n’est que corps, elle n’a pas les mots. Ce qui sert bien son personnage est aussi le drap en forme de paravent qui est placé derrière les femmes. Elle s’en sert pour montrer la puissance, la dimension de son corps avec un jeu d’ombres chinoises très délicat et esthétique particulièrement appréciable pour les yeux. On aurait bien aimé avoir plus de mise en scène autour des autres femmes, notamment pour l’« Icône », sûrement la plus insaisissable. Imager cela par la mise en scène comme pour la femme « Corps » aurait peut-être permis une meilleure compréhension du concept.

Quatre étapes pour le faire s’épanouir

10615510_735406263208053_3355568144272156657_nLa pièce se découpe en quatre grands moments, projetés d’ailleurs sur le drap blanc : cela permet de structurer l’histoire, ce qui la rend plus facile à assimiler. Ils représentent l’évolution de la Femme, incarnée donc par les quatre personnages. Il y a donc une rigueur dans la composition de la pièce (quatre personnages, quatre étapes) plutôt intéressante. La première étape est l’origine : elle est imagée par un film projeté sur le drap d’une femme qui se recroqueville comme un fœtus, mais ce n’est pas forcément très perceptible, on voit surtout de la peau. A l’origine, les femmes se demandent ce qu’elles font là, questionnent leurs rôles mutuels. La deuxième étape est le conflit : c’est la déchirure, on ne s’entend plus, on cherche à déstabiliser l’autre pour pouvoir apaiser sa conscience, recracher la tension qui monte dans le huis-clos. La troisième étape est la révolte. C’est vraiment à ce moment-là qu’on comprend mieux quel chemin le scénario prend, c’est à ce moment-là qu’on comprend qu’il s’agit de l’évolution de la Femme plus que de la pièce. La révolte s’opère à la suite d’images projetées, des photographies de guerres, de souffrances, de catastrophes. Elles sont toutes choquées et sans voix devant ces dernières. C’est la prise de conscience, elles comprennent qu’il faut qu’elles soient unies, qu’elles soient une et chacune à la fois, il faut que, à l’image de la femme projetée à nouveau qui sort du bain, elles se lèvent. Ce moment est renforcé par une belle chorégraphie de Lucas Malandran sur une chanson à la Janis Joplin : quoi de plus fort pour représenter la révolte et le féminisme ? Cela implique aussi un regard d’ensemble, non plus focalisé sur le discours individuel de chacune mais une expression à l’unisson. Le dernier mouvement de cette évolution est l’envolée, elle se prennent toutes les mains pour ne former qu’une et saluent le public en un soupir d’accomplissement, après la danse de la révolte.

Des Femmes est une pièce plutôt intéressante. Si les personnages et l’action dramatique sont flous au début, une structure et une cohérence se dessine, au milieu d’actrices prometteuses. On peut louer le travail de mise en scène et de jeu qu’elles ont opéré, en un temps restreint. Et l’occupation de l’espace par les corps mérite d’être cité. On aurait peut-être juste voulu un peu plus d’éclaircissement des personnages par la mise en scène mais au final, ce quatuor présente une bonne pièce sur la féminité et toutes ses facettes.

Solène Lacroix

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