Des Femmes, une interview à plusieurs voix pour la compagnie Encorps

Du 13 au 18 janvier 2015, l’Espace 44 de Lyon accueille la compagnie Encorps pour son nouveau spectacle Des Femmes. Ce huis-clos place 4 figures de femmes dans une salle dans laquelle elles s’éprouvent les unes les autres. La Femme Intellect, la Femme Icônes, La Femme Emotions, la Femme Corps se retrouvent confinées dans une pièce et doivent cohabiter, mais est-ce seulement possible ?
Ce spectacle proposé par la Compagnie Encorps est un projet collectif basé sur l’expression corporelle, un langage qu’ont bien voulu nous expliquer les 4 femmes qui jouent et mettent en scène cette pièce.

Comment est né ce projet ?

Juliette Paire : Le projet a été initié par Caroline Malandran qui voulait faire une pièce sur la question de la femme et des femmes. Donc nous avons contacté une écrivaine qui a écrit le texte en fonction des improvisions que nous réalisions sur scène. Elle nous faisait des propositions et nous nous lui faisions des retours ce qui a donné lieu à un véritable échange pendant un an.
Caroline Malandran : Nos premières résidences de travail ont surtout été des improvisions pour trouver les personnages afin de concrétiser leurs manières de réagir, de s’exprimer et leurs langages. Mais surtout, nos premières résidences nous ont permis de trouver les différents personnages et de voir ce qu’ils pouvaient s’apporter les uns les autres.
Juliette Paire : Le but était vraiment que Cécile Caitucoli qui écrivait la pièce puisse se nourrir de nos propositions pour trouver les mots et trouver l’histoire. De fait, le texte « final », si on peut dire, on l’a vraiment eu en mains en octobre. Puis en novembre, nous avions une semaine de résidence très intense durant laquelle on a mis le texte à l’épreuve du plateau. On l’a retravaillé et là, début janvier, on le retravaille encore.
Vanessa Vierne : Tout s’est fait en parallèle et au dernier moment (Rires).
Caroline Malandran : L’autre difficulté de ce texte, c’est qu’il y a tout un langage du corps qu’on devait trouver en fonction des mots. Au départ, nous n’avions pas de texte puis Cécile Caitucoli a mis les mots. Après, on a eu l’intervention de Lucas Malandran pour la chorégraphie qu’on utilise à la fin. Notre volonté était vraiment de faire parler aussi avec le corps.
Juliette Paire : C’est dans la démarche de la compagnie en fait. On essaie de mettre en avant le corps et l’expression corporelle. Du coup, dans le spectacle, il y a du théâtre, de l’expression corporelle, de la vidéo-projection, des jeux de lumières, et on a Kévin Bardin qui a composé la musique. On a fait une première « représentation » publique à l’issue de notre résidence en novembre à Champoly, puis là on s’est redonnée une autre semaine de résidence au Pôle Pik de Bron, juste avant notre véritable première à Lyon, pour retravailler ce qui nous a manqué, faire un travail de fond sur la mise en scène et peaufiner des petits détails.

Vous parlez de vos deux semaines de résidence, n’est-ce pas un peu juste 2 semaines pour répéter un spectacle dont vous n’avez eu le texte complet qu’en octobre ?
(Rires collectifs)

10835259_738441586237854_5953445981738240377_oVanessa Vierne : Finger in the nose ! (Rires collectifs)
Caroline Malandran : Certes, mais on n’a quand même pu y réfléchir un moment avant de répéter et d’avoir le texte définitif. Le vrai challenge c’était d’éprouver le texte sur le plateau.
On a beaucoup travaillé nos manières d’être les personnages sur le plateau.
Vanessa Vierne : On a fait beaucoup d’improvisation avec nos personnages.
Caroline Malandran : Du coup, on savait comment on devait se répondre avec les mots.
Juliette Paire : On connaissait l’histoire puisque c’est nous qui en avions fait le squelette avec Cécile Caitucoli. Le décor aussi, on l’a pensé en amont donc on avait déjà une vision du projet, on avait nos personnages, il nous manquait juste la vision de Cécile dessus.
Vanessa Vierne : On savait déjà comment on allait les mettre en scène, comment on allait les faire vivre.
Lou Hingouët : Puis bon, pendant la semaine qu’on a passé à Champoly, on faisait plus de 10 heures de plateau par jour. Donc finalement, comparé à une semaine de résidence normale où on fait 5-6 heures de plateau, là tout était concentré et on a fait l’équivalent de 2-3 semaines de résidence.
Juliette Paire : Après c’est clair que 2 semaines, malgré tout ce travail en amont, c’est court. Maintenant, on a fait avec le temps qu’on avait. La difficulté c’est aussi que comme c’est une création collective et qu’on est tout le temps toutes les quatre sur le plateau, parfois, on avait du mal à prendre le recul nécessaire.
Lou Hingouët : Il nous manque un peu de ce recul les unes sur les autres, il nous manque une petite direction d’acteur… Donc parfois sur des scènes, on essaie de bosser en parallèle, tandis que certaines jouent, une autre sort du plateau pour voir ce que ça donne et avoir ce recul justement. Par exemple pour le filage, c’est difficile d’être dans son rôle et de garder un œil sur ce qui se passe.
Caroline Malandran : Après, ça va quand même être bien, hein… Faut pas s’inquiéter… (Rires)

Et à aucun moment, vous vous êtes dits que vous pourriez bénéficier d’un regard extérieur ?

Caroline Malandran : Après, ce n’est pas alarmant ni grave non plus, ce qui nous manque c’est du travail sur l’intention de l’acteur mais ce qui nous reste à voir, ce sont des détails. On est perfectionniste et exigeante donc on veut toujours aller plus loin mais là on est quand même très proche de la version aboutie du projet. On ne travaille plus que sur du détail.
Lou Hingouët : Non, car ce n’est pas ce qu’on voulait, on voulait faire une création collective. 4 personnes sur un plateau qui bossent ensemble et ça se fait ! On a demandé à quelques amis de venir de temps en temps pour voir ce qu’on faisait, ainsi que notre technicien. Donc on se nourrit quand même de leurs remarques. Après, il est clair qu’on ne voulait pas quelqu’un d’extérieur qui nous fasse la mise en scène.
Juliette Paire : Le projet a fait intervenir plusieurs personnes qui ont été des appuis et en fin de compte c’est largement suffisant !
Vanessa Vierne : Oui, notamment Lucas Malandran, qui n’a pas fait que la chorégraphie, il était là avec nous en répétition et nous a apporté son regard.

Donc votre spectacle se découpe en deux parties : une partie théâtre et une partie danse ou tout est mélangé ?

10841895_741210102627669_1342163805601430543_oLou Hingouët : Il y a une toute petite partie chorégraphiée, juste la fin. Après, il y a plein d’autres moments chorégraphiés mais ce n’est pas de la danse à proprement parler, c’est plus de l’expression corporelle. L’expression corporelle ne passe effectivement pas que par la danse.
Vanessa Vierne : Oui, tout le spectacle est plus ou moins chorégraphié au final car il y a toujours un travail sur le corps. Les déplacements de chaque personnage sont chorégraphiés et pensés comme tels…
Juliette Paire : Après, on n’est pas des danseuses, même la partie dansée, on l’a personnifiée. Ce n’est pas de la danse traditionnelle, c’est-à-dire quand on a demandé à Lucas Malandran de faire la phrase chorégraphique, il l’a pensé comme de la danse mais nous on l’a réinterprété et on se l’est réappropriée car on ne peut pas faire des chorégraphies de folie tout simplement parce qu’on n’a pas le niveau.

Vous parliez des effets visuels et sonores, comment se manifestent-ils dans votre spectacle ?

Lou Hingouët : La technique est une partie très importante du spectacle qui est très visuel et auditif. La voix de la femme Corps est une voix-off par exemple, ce qui confère à l’audio une part vraiment prenante et intégrante du spectacle.
Caroline Malandran : Idem, pour la lumière. On aura tout un jeu d’ombres chinoises qui fera écho aux mouvements du corps.

Pour conclure cette interview, pourriez-vous chacune présenter vos personnages en quelques mots?

En Chœur : On rassemble 4 figures de femmes !
Juliette Paire : La Femme Icônes : Elle représente toutes les images qui ont été attribuées aux femmes depuis le début, que ce soit des images liées au culte religieux ou au glamour. Dans la pièce, elle s’imagine ayant un pouvoir absolu sur les autres.
Lou Hingouët : La Femme Emotions : Elle incarne toutes les émotions des femmes du monde entier, depuis la nuit des temps. C’est inspiré un peu de la tragédienne grecque dans pour ce qui est de la souffrance ou bien de la vierge effarouchée voire de l’amoureuse ou encore de la jeune première. Elle passe par toutes les émotions des femmes, du coup, c’est quelqu’un d’assez sensible forcément…
Dans la pièce, elle est donc très émotive et se laisse diriger par ses émotions.
Vanessa Vierne : La Femme Corps : Elle représente tous les corps des femmes du monde entier depuis la nuit des temps et surtout elle incarne à la fois l’animalité du corps, la sensualité, la douleur, la violence, la douceur, tout ce que le corps peut avoir à exprimer.
Elle s’exprime par le corps et c’est d’ailleurs pour ça qu’elle perd ses mots, ce qui n’empêche pas le corps d’avoir beaucoup de choses à dire.
Caroline Malandran : La Femme Intellect : C’est celle qui rassemble l’intellect des femmes, on était partie à la base sur toutes les grandes penseuses, les femmes engagées et elle a donc la volonté de vouloir trouver La solution au problème auquel elles sont confrontées. Elle est obsédée par cela et veut entraîner une sorte de mouvement collectif pour faire changer les choses et évoluer les mentalités !

Propos recueillis par Jérémy Engler

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