Des films aux cœurs et aux corps pour le Programme 3 du Festival du film court de Villeurbanne

Vendredi 13 novembre débutait la 36ème édition du festival du film court de Villeurbanne. Si le festival va s’interrompre pour cause de deuil national jusqu’à mercredi, nous avons pu découvrir samedi 14 novembre une partie de la programmation, avec ici le programme 3 de la compétition européenne. Un ensemble de six courts-métrages, dont deux en animation, riches et forts en émotions et en intelligence, où le corps est au cœur et inversement, et où la société et ses codes se mettent à nu.

Corps vivants, corps mortels

Mike
Mike

Avec Mike, In uns das universum et Les herbes bruissent encore, la vie, et par conséquent la mort est au cœur du sujet. Avec Mike, un court-métrage de sept minutes, on retrouve un adolescent qui amène son petit frère chez le coiffeur. A priori rien d’extraordinaire… Sauf quand ce dernier met un peu trop longtemps à revenir. Mais ou-est-il ? Pourquoi donc tout le monde regarde Mike avec cet air si étrange ? On le comprend assez rapidement, ne lisez pas la suite si vous souhaitez gardez la petite révélation, son petit frère n’est plus de ce monde, il ne reviendra plus… Puis, dans Les herbes bruissent encore, c’est un fils cette fois qui est confronté à la mort prochaine, ou tout du moins à la peur de la mort de son père. Dans le contexte d’une réunion de chasseurs, où la mort est toujours présente, difficile d’oublier… Et quand on parle de la mort, la vie n’est forcément pas loin. C’est le cas avec In uns das universum. Dans ce court, une jeune danseuse a la surprise de découvrir qu’elle a deux cœurs dans sa poitrine. Tandis qu’elle devient un véritable objet d’expérimentations, elle se bat pour accepter cette bizarrerie, qui, elle est en sûre, fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui. Tous ses courts métrages flirtent donc aussi bien avec la vie qu’avec la mort. Chacun à leurs manières, ils parlent de nos peurs, de nos craintes, mais aussi de nos petits moments de joies. Chaque personnage est en perdition, quand certains ont ou risquent de perdre le cœur d’un proche, d’autres doivent apprendre à vivre avec deux. Ce sont des personnages qui nous ressemblent, et qui par conséquent nous touchent, plus ou moins profondément. Les sentiments sont toujours justes, particulièrement dans Mike, qui se dévoile tout simplement, sans surplus musical qui ferait tombé le film dans le pathos. L’histoire des deux cœurs de In uns das universum, l’univers en nous, est très poétique, même si elle manque un tout petit peu de fantaisie pour nous emporter totalement. Idem pour Les Herbes bruissent encore est un film sympathique mais qui manque là aussi de fantaisie et d’un petit quelque chose en plus pour nous réellement nous convaincre.

Mais se battre, se battre…

Kanun
Kanun

Avec Kanun, Dinner for Few et Yùl et le serpent, il est là aussi question de mort, notamment dans le premier. Mais là n’est pas le sujet principal qui relie ses courts… La société, le respect de ses codes, ou au contraire son non-respect seraient plus appropriés. Dans Kanun, tout commence avec le rappel de lois du code Albanais : Venger la mort d’un proche en tuant son assassin, et protéger et respecter son invité. Mais que va-t-il se passez alors quand Johan arrive chez son patron, Andil, mais sans le fils de ce dernier avec lui ? Comment faire face à celui qui va ou a donné la mort ? Dans Yùl et le serpent, réalisé en animations, il est là aussi question de transgression. Dino et Yùl, 13 ans, se rendent à un rendez-vous avec un malfrat pour lui donner un sac qu’ils viennent de voler. Mais le jeune garçon n’est pas d’humeur à se laisser faire, surtout quand il croise la route d’un serpent aux milles et unes couleurs… Dans Dinner for Few, autre film d’animations, le spectateur fait face à une critique virulente de la société. Des hommes-cochons mangent et dévorent tout ce qui les entoure, aidé par un homme et sa machine à faire des frites à partir des meubles de la pièce, tandis que des chats en dessous de la table récupèrent les miettes. Ces trois films traitent donc à leurs manières des problèmes sociétaux, en les prenant soit d’un point de vue intime et personnel, comme avec Kanun et Yùl et le serpent, ou en généralisant, comme avec Dinner for Few. Trois courts intéressants, avec une esthétique propre à chacun d’eux et une vraie originalité. Un petit point négatif pour le graphisme justement de Yùl et le serpent, déjà un peu vu, mais qui est vite compensé par l’histoire particulièrement bien construite.

Un énorme coup de cœur pour Mike et Dinner for Few, qui chacun dans leurs catégories, vous emportent et vous marquent profondément, que ce soit par leur tendresse ou à l’inverse, leur violence. Ce programme est à redécouvrir le jeudi 19 novembre à 14h30 en présence du jury et des réalisateurs. Le festival s’interrompt dont durant trois jours, mais n’hésitez pas à vous précipiter au Zola de Villeurbanne dès mercredi 18 novembre à 14h !

Marie-Lou Monnot

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *