Des sonates, des sonates, des sonates… Midori et Jean-Yves Thibaudet

Des histoires d’amour musicales à réécrire sans cesse. Le pianiste Jean-Yves Thibaudet et la violoniste Midori les interprètent le 17 novembre à l’Auditorium de Lyon et, ils sont en tournée ! Poussez les portes de l’Auditorium, cela vous conduit vers un monde de notes, de partitions, de personnalités musicales qui, mine de rien, changent votre perception du monde. Une perception plus subtile, aiguë, fine comme le froissement d’une robe mordorée. (Photo mise en avant Midori © Timothy Greenfield Sanders)

 

20 novembre Des sonates, des sonates, des sonates Midori et Jean-Yves Thibaudet © Timothy Greenfield Sanders_ Andrew Eccles              Midori et Jean-Yves Thibaudet © Timothy Greenfield Sanders / Andrew Eccles

 

 

Sturm und drang

Le Romantisme n’est pas mort. N’en déplaisent à ses détracteurs, il est toujours là. Il est une tempête miraculeuse, une bouffée d’air frais dans le ciel grisâtre et hivernal et parmi les ruelles faiblement éclairées. En bref, c’est un clair obscur et Jean-Yves Thibaudet et Midori le façonne, le modèle et nous l’offre. C’est un cadeau à saisir, cette musique romantique. Si nous sommes souvent en proie à la grisaille, à la mélancolie, pourquoi ne pas en faire quelque chose à partager, quelque chose qui dégèlera notre froideur de l’habitude, insufflera la vie dans une chair flétrie, donnera rose aux joues pour être tout pimpant, en s’asseyant et en s’adonnant aux méditations musicales et virtuoses de Midori et de Jean-Yves Thibaudet ? Midori est une violoniste japonaise qui n’a de cesse de nous émouvoir et de fasciner le monde entier. Son jeu gracieux, subtil et intimement inspiré fait tourner les têtes des Orchestres symphoniques de Londres, de Chicago, de Boston, de San Francisco, de Sydney, de Montréal, de la Radio bavaroise, des Orchestres philharmoniques de Berlin, de Vienne, de New York, de Los Angeles, de l’Orchestre de Philadelphie, de Staatskapelle de Dresde, de l’Orchestre de chambre Mahler. Outre le don de son archet pour le répertoire classique, elle est également créatrice d’œuvres nouvelles, de sonates, de concerto et partitas pour violons en plus d’être pédagogue. Quant à Jean-Yves Thibaudet, c’est un pianiste hors-pair et pédagogue — on lui connaît notamment la bande-son d’Orgueils et Préjugés de Dario Marianelli en 2005, le soliste du film Reviens-moi en 2008 récompensé par un Oscar, mais ce n’est qu’une infime partie de ses 50 albums. Son parcours musical mêle jazz, opéra et répertoire classique. Sa discographie est saluée et reconnue à l’échelle internationale de telle sorte qu’il obtient des distinctions : Oscar, entrée dans le Hall of Fame du Hollywood Bowl…La musique classique n’est pas non plus morte ; il ne nous reste plus qu’à vivre au gré des notes. 

 

169628.CA.1227.la-ca-0101-Jean-Yves-Thibaudet
Jean-Yves Thibaudet © Jennyfer Altman.

 

Sonate, ô sonate

Nous apprenons, lors de cet avant-propos très riche, l’histoire de la sonate. Décidément, nous sommes ravie de pouvoir nous incliner devant des connaissances que nous n’avons pas. Nous allons ainsi vous présenter ces notes qui, nous l’espérons, attiseront votre curiosité ! La sonate est un genre musical répandu au XIXème siècle. Elle présente deux acceptions. La première, la sonate désigne une pièce pour instruments à cordes, à cordes frottées, à clavier (toccata) et enfin pour du chant (cantate). La seconde acception, plus intéressante dans notre envolée lyrique, est un système musical, un schéma formel à proximité d’une « musique pure », sans référence extra-musicale. Beethoven reste l’un des pionniers de ce genre musical proposant un travail de renouvellement perpétuel, sur des jeux de thèmes, de variations, de transitions, de rythmes. La sonate, c’est ce paradoxe : une chose hybride aspirant à l’unité. La Totalité est passée par là. Éloge de la sonate, donc. Jean-Yves Thibaudet et Midori nous proposent une plongée magistrale et voluptueuse dans quatre visions de la sonate dans le répertoire de quatre compositeurs : Robert Schumann (Sonate pour violon et piano n°1, en la mineur, op.105), Gabriel Fauré (Sonate pour violon et piano n°1 en la majeur, op.13, Après un rêve), Claude Debussy (Sonate pour violon et piano en sol mineur) et Georges Enesco (Sonate pour violon et piano n°3, en la mineur, op.25, « Sonate dans le caractère populaire roumain »). Au cœur du lyrisme, de la musique de tradition germanique, roumaine et de ton tsigane, entre tradition, modernité, inventivité et création, enthousiasme, mystère, souvenirs, interrogations, intimité et imaginaire, nous avons succombé aux charmes larmoyants et aériens du violon et du piano…

Rondes de fleurs

De notre place en orchestre, nous voyons précisément Midori en robe fleurie et Jean-Yves Thibaudet en costume sombre. Contraste coloré. Quand Midori s’élance, tantôt berçant son violon, tantôt l’enserrant de toutes ses forces, tantôt, de ses bras l’agrandit et l’étend dans l’air, sa robe mordorée aux coquelicots rouges comme une soie exotique froufroute et, dans ses plis, reflète ses notes aériennes et légères comme des taches de peintures parsemant un champ de fleurs. Son corps est une mélodie. Il est l’écho du violon, le continuum, la prolongation charnelle idéale. Midori fait de grands gestes retenus et maîtrisés. Elle reste en suspension dans l’air lorsqu’elle s’appuie sur l’un de ses pieds enveloppés dans son écrin argenté. Son visage se plisse, ses sourcils se haussent. Ses yeux mi-clos semblent indiquer qu’elle est ailleurs, parmi le paradis des notes. Dans le reflet de sa robe, on entrevoit des envolées lyriques, les petits mouvements de ses doigts lorsqu’elle fait des pizzicati, ses forêts grondantes germaniques aux mille et une créatures fantasmagoriques. Toujours dans le reflet, celui du piano désormais, nous voyons les mains de Jean-Yves Thibaudet parcourir les étendues noires et blanches. Il tape parfois du pied discrètement. Il est à l’écoute de Midori. C’est une symbiose si parfaite, l’union du piano et du violon, des mains et des doigts qui s’agitent fébrilement. Les forêts, les champs, les neiges, les grottes, les plaines illimitées défilent comme des vagues qui se brisent contre une plage de galets blancs. La larme coule dans « Après un rêve » de Fauré. La ronde de fleur s’achève sur ce sel. Nous pensons à Bois Dormant parce que, parfois, cette valse florale semble environnée d’épines puis, brusquement, dans un cri grinçant victorieux et des notes profondes comme les eaux grondantes d’une cascade, laisse entrevoir des éclosions inespérées qui s’exhalent dans l’air parfumé…

Non ti scordar di me

Lorsque nous sortons, une vieille dame s’approche de nous. Elle est émue. Son nez est retroussé. Ses lunettes cachent des yeux qui pétillent dans une lueur d’enfance. Elle refoule des larmes. Elle est heureuse. Elle est émerveillée. Elle passe devant la mairie du 6ème dans laquelle s’étaient mariés ses parents. Elle a la voix qui tremble. Elle déborde d’amour. On discute. Elle a été impressionnée par Midori et sa grâce, sa discrétion qui change du grandiloquent Wagner. Elle décide d’aller seule à l’auditorium alors qu’avant elle rejoignait un groupe d’amis — où sont d’ailleurs passés, ses amis ? Nous lisons dans ses yeux rétrécis et cernés ce qu’elle essaie de nous faire entendre. Elle aime la musique classique. Elle nous salue toutes deux. « Vous savez, mes petites, il arrive des choses si tristes que trente ans en arrière il n’y avait pas. Je vous fais un cuicui que vous avez accueilli comme un petit nid. Je m’appelle Lucie en arménien ; on m’appelle Louise, ça veut dire lumière. Soyez bénies. » Décidément, la lumière passe et laisse des traces car, après un rêve…

Divaguez sur l’un de ces différents airs….

Robert Schumann (Sonate pour violon et piano n°1, en la mineur, op.105)

Gabriel Fauré (Sonate pour violon et piano n°1 en la majeur, op.13)

Claude Debussy (Sonate pour violon et piano en sol mineur

Georges Enesco (Sonate pour violon et piano n°3, en la mineur, op.25, « Sonate dans le caractère populaire roumain »)

 

Retrouvez la programmation de l’Auditorium de Lyon sur leur site

 

Article rédigé par Pauline Khalifa Lika 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *