Dessine-moi un mouton à l’espace Albert Camus : Petit prince m’entends-tu ?

Il y a bien longtemps un homme a rencontré un petit prince et lui a dessiné un mouton. Il y a un peu moins longtemps, à vrai dire soixante-dix ans environ, un certain St-Exupéry nous transmettait cette histoire. Et, il y a encore moins longtemps, le samedi 26 novembre 2016, ce conte était montré à un public d’enfants et d’adultes à l’espace Albert Camus. Porté par Roger Gemser et La Camerata, ce petit groupe a voulu donner un souffle nouveau à cette histoire si connue, en lui donnant un cadre musical. Mais le pari est-il réussi ?

Adaptations

L’histoire du petit prince, qui ne la connait pas ? Par le livre, les adaptations en tous genres, il est peu probable que vous n’ayez jamais été confronté à ce conte initiatique pour enfants (mais qui ne fait jamais de mal aux adultes). Confrontation au monde du travail, au regard des adultes, découverte de l’amour et de l’amitié sous fond d’une jolie innocence et de poésie, ce petit livre mérite bien son grand succès. Difficile alors de toucher à lui et de risquer de perdre sa simplicité originelle. Quitte alors parfois à le réadapter totalement et à en faire quelque chose de foncièrement nouveau, comme avec son adaptation cinématographique sortie en 2015. Si une toute autre histoire est créée intelligemment autour du texte de base, ce dernier reste bel est bien présent, dans une tendresse et un graphisme reprenant l’intégralité de l’univers d’Antoine de St Exupéry.

© Warner Bros. Ent.
© Warner Bros. Ent.

Mais revenons à nos moutons. Qu’en est-il en effet pour cette adaptation-là ? La magie est-elle toujours présente ? Eh bien, hélas, non, trop peu. Explications. Si nous avons dit plus haut que le groupe d’artistes avait voulu donner un cadre musical au conte, il sera peut-être plus judicieux de dire qu’ils ont fait un concert en se basant sur l’univers du Petit Prince. Le texte est bien présent certes, lu par un comédien sur scène, mais celui-ci a été dépossédé de certains passages. Pas de mise en scène particulière, mis à part des lumières en forme d’étoiles qui apparaissent sur le mur du fond à la fin. Le public assiste en somme à une lecture, accompagnée de musique. Mais où est la magie alors ? Elle se cache hélas… L’ensemble est efficace, certes : la musique fonctionne, Roger Gemser, le comédien est bon. Mais la poésie et l’aspect fantastique de cette histoire se sont effacés en chemin, et on ne voit sur scène que le groupe de musiciens et le comédien habillés en costumes de ville. Dommage !

Musique vous avez dit musique ?

Dessine-moi un mouton est donc un concert, sans beaucoup d’artifices autour, mais considéré de la sorte, il fonctionne et respecte sa charte. Mais du côté du public visé, est-ce vraiment le bon ? La compagnie présente en effet son spectacle comme se plaçant dans la catégorie jeunesse, précisément à partir de 8 ans. La représentation serait alors un moyen d’éduquer les enfants à la musique classique ? Pas sûr. Les non-musiciens auront en effet eux-mêmes déjà du mal à apprendre quelque chose de cet ensemble musical. S’il est évident qu’ils apprécient la qualité du son, le rapport entre celui-ci et l’univers du petit prince est loin d’être évident. Si la musique est belle, le spectateur n’est néanmoins pas emporté ailleurs. Si un public d’adulte, non averti précisons-le, n’est pas emporté, comment des enfants peuvent-ils percevoir ce spectacle ? Apprendre la musique par la musique est une très bonne idée, mais il faut alors être très juste. Pierre et le loup, un des plus fameux exemples le démontre bien. Grâce à des animaux et des codes sonores, la personne, enfant ou adulte, reconnait immédiatement l’instrument en question. Dans Dessine-moi un mouton, cette démarche n’est guère possible. Soit, mais si l’idée n’est pas d’éduquer à la musique ? L’œuvre présenté est-elle en adéquation avec le monde crée par St Exupéry ? Comme nous l’avons vu précédemment, hélas non plus.

© Antoine de Saint-Exupéry
© Antoine de Saint-Exupéry

Dessine-moi un mouton est donc un spectacle sympathique, qui nous offre le bonheur de réécouter ou découvrir pour certains le texte du Petit Prince. Mais l’ensemble déçoit un peu les amoureux de ce livre par son détachement un peu trop grand avec tout ce qui en fait sa beauté : la poésie et la magie. De plus, le tout manque quelque peu de mise en scène pour le plaisir de nos yeux et pour donner un coup de pouce à notre imaginaire…  Mais comme le dirait le Renard : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. » Alors peut-être que tout cela est une question de cœur, Le petit prince touche chacun à sa manière…

Marie-Lou Monnot

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