DFS, un spectacle démonstratif du duo Chaignaud/Bengolea

Après une collaboration débutée en 2005, au cours de laquelle ils ont créé près de six spectacles, François Chaignaud et Cecilia Bengolea reviennent au cours de cette 17ème Biennale de la Danse de Lyon avec une nouvelle création nommée DFS. Jouée le 24 septembre au Toboggan, celle-ci associe le Dancehall jamaïcain, la danse sur pointe et les polyphonies médiévales de Guillaume de Machaut. Pour autant, on peut se demander si une pareille association suffit à produire une œuvre complète et un spectacle de qualité.

Des associations insolites

Formé au Conservatoire national supérieur de musique et danse de Paris, François Chaignaud s’intéresse particulièrement à l’association entre la danse et le chant. Ses nombreuses performances puisent dans des inspirations différentes, et mettent en avant la proximité avec le public. D’origine argentine, Cecilia Bengolea se forme à la danse anthropologique et collabore avec de nombreux artistes. Ensemble, ils écrivent des pièces qui rapprochent des pratiques très éloignées, comme dans Dub Love (2013), où ils utilisent les pointes de la danse classique et le dub. Dans DFS, les deux auteurs réunissent le Dancehall jamaïcain tel qu’il est pratiqué à Kingston et des chants polyphoniques issus l’œuvre lyrique de Guillaume de Machaut, ecclésiastique et compositeur français du XIVème siècle. Pourquoi cette association ? Pour François Chaignaud, « le dialogue qui nous lie depuis 2004 nous a conduit à imaginer un spectacle complexe, improbable, où les expressions se rencontrent ». Si pour Cecilia Bengolea, « le dancehall est une danse d’insoumission », il fait un écho lointain aux polyphonies médiévales : « il n’y ni unisson, ni hiérarchie entre les voix, et pourtant, l’œuvre n’advient qu’à la condition d’une très grande écoute ». DFS est une association de pratiques complexes et sophistiquées, mais qui sont « aussi accessibles à tous, qui ne nécessitent pas de dispositions physiques ou vocales particulières ».

© François Chaignaud
© François Chaignaud

Un spectacle décousu

Certes, ce mélange de techniques variées peut susciter autant d’interrogations que de curiosités. Ayant pour seul décor un parallélépipède rouge faisant office de piste de danse, le spectacle se présente comme une succession de performances dansées et chantées. Celles-ci s’inspirent en grande partie du voguing, un style de danse apparu dans les années 1970 imitant les poses des mannequins dans le magazine américain Vogue et caractérisé par des mouvements angulaires et rigides. Bien qu’exécutées avec brio, elles se suivent néanmoins sous des formes variées et sans lien apparent entre elles. Duos de chanteurs ou danse collective à sept, elles mobilisent des techniques pointues qui offrent à nos yeux interrogateurs des situations pour le moins inattendues. Si l’initiative d’amener des membres du public sur scène pour leur apprendre un pas de danse brise la distance entre ce dernier et l’œuvre, on peine toujours à comprendre l’intérêt de laisser un yorkshire se balader tranquillement sur scène. DFS s’il fait appel à des artistes de qualité se présente comme un spectacle assez décousu, dénué de fil conducteur. Chaignaud et Bengolea donnent l’impression de volontairement occulter la justification du rapprochement entre tant de techniques et pratiques différentes, rapprochement pourtant déterminant, pour donner un spectacle versé dans la démonstration au dépend d’une certaine profondeur.

Si DFS réunit des artistes talentueux effectuant des danses d’une grande complexité, il se présente néanmoins comme un spectacle décousu. Si on ne remet pas en question les choix de Chaignaud et Bengolea d’associer des pratiques artistiques très éloignées, on aurait aimé que cette association soit placée plus au centre de la pièce et lui donne une véritable profondeur.

Guillaume Sergent

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