Discount de Louis-Julien Petit, un film pas du tout bon marché !

Discount est le premier film du jeune trentenaire, Louis-Julien Petit. Un premier long métrage réussi haut la main, loin des stéréotypes du cinéma français. Retour en quelques mots sur un film vue en avant-première au Cinéma Les Alizés de Bron en présence de l’équipe du film, drôle et joyeuse, à l’image de leur film.


 

Un film poignant, une rébellion positive

Le cœur de l’action : un supermarché. A l’intérieur : des employés. Chacun a sa vie, sa famille. Ils se connaissent, mais ne partagent pour le moment que peu de choses, hormis parfois une cigarette. Avec l’arrivée des caisses automatiques, les choses vont changer. Une suppression de postes, et donc d’employés se fait sentir. C’est là que tout se joue. Dans la misère a venir, dans le désespoir futur, ils vont se réunir autour d’une idée: créer un supermarché alternatif. Pour cela, ils vont organiser des vols, puis la récupération d’aliments encore consommables jetés. Cette même nourriture qu’on voit dans une scène particulièrement délicate, où un container rempli d’aliments se fait asperger de javel, détruire sous les pieds des employés. Une véritable rébellion positive s’installe alors. Pour avoir une prime de licenciement correct, pour ne simplement pas accepter son sort sans rien faire.
Un film fort donc, qui révolte, comme d’autres tel que le film français, Omar m’a tuer qui dans un autre registre traite du même thème commun : l’injustice. Face à elle, le spectateur ne peut rester indifférent, parce que ce film dénonce tout aussi bien la déshumanisation de l’homme avec l’arrivée de ses machines, que le gâchis alimentaire. Parce que ce film donne la parole à ceux que l’on entend malheureusement peu. Parce que ce film nous réveille, simplement. Il nous confronte à notre surproduction, à une pauvreté banale, à la vie difficile au quotidien, mais à la vie, avant tout de chose. Une confrontation sans aucun manichéisme ni misérabilisme. On montre les torts de notre société certes, on montre la tristesse, la souffrance, la rage, oui, mais ici, pas de clichés.

 

Une comédie sociale

Si ces messages sont au cœur du film, ce qui le fait battre, c’est bien cette humanité débordante, ces personnages bouleversants que l’on découvre par bribes. Ce sont des acteurs, des figurants Pas moins de 200 sur le tournage, mais qui, malgré leurs brèves apparitions, ont eux aussi une part importante dans l’histoire. Ce sont des acteurs qui ne l’étaient pas au départ et qui le sont devenus. « Et des acteurs qui l’était et qui ne le sont plus », comme dit en riant Pascal Demolon. Il a tord, tous, acteurs, amateurs, figurants, tous réussissent à marquer leur film par leur présence. Car ce film est avant tout un film collectif. Avec eux, l’émotion est présente du début à la fin. Tout comme chez Xavier Dolan ou Ken Loach, la trame de l’histoire a beau être forte, le travail sur les personnages, leurs histoires et leurs émotions, est un élément primordial. Avec sa subtilités, le réalisateur parvient à nous transmette, toujours avec peu, un sentiment fort. En quelques regards, avec une esquisse de sourire, l’émotion est là. Un film débordants de « jolies vibrations », comme le répètent les membres de l’équipe lors des interviews.
A noter que cette recherche d’humanisation s’applique à tous, et cela est plutôt intéressant. Les employés ont tous leur part de malheur, de problèmes. Mais c’est aussi le cas de leur patronne, jouée par une Zabou Breteman plutôt convaincante, même si un peu en dessous par rapport aux autres. Elle aussi, à l’inverse de certains stéréotypes, à son lot de problèmes, elle est seule, avec une mère qui s’immisce dans sa vie quotidiennement. La scène où elle est confrontée à ses propres démons, ses propres patrons, est particulièrement salée. Peu importe la place dans la hiérarchie, c’est l’Homme qui est montré avant tout, pas son statut. Et c’est beau ! Peut-être parce que c’est rare. Face à « l’individualisme qui [le] rend dingue et [lui] fait peur », Louis-Julien Petit a su créer une très bonne comédie dramatique, pleine d’humanisme et d’espoir.

Une belle esthétique

En prime de tout cela, le jeune réalisateur à également su créer une réelle dynamique visuelle. La couleur des scènes, la chaleur de certaines, la froideur d’autres dans l’intérieur du supermarché. Le montage, tout comme les cadres, sont efficaces, et simplement beaux, notamment le plan final, tou t simplement subjuguant ! Le rôle de la musique est également important. On apprécie particulièrement la scène de la soirée, sur Cambodia de Kim Wilde. Elle nous rappelle sans conteste la scène du karaoké vue en début d’année chez Dolan et son Mommy, mais sur un air de Céline Dion cette fois, autre musique dite « populaire ». Elle approche en tout cas fortement de sa magie. Puis, l’air de rap qui retentit à un moment précis est une chanson qu’apprécie particulièrement le réalisateur, mais son texte, sa force, s’adapte parfaitement à la scène qu’elle illustre. De plus, il choisit de l’arrêter à un moment bien particulier, juste avant que le chanteur ne prononce les mots suivants: « Il ne suffit que d’un pas pour que tout bascule ». C’est bien le résumé du film : ces personnages là auraient pu choisir une autre voie, une meilleure, une moins bien. Ils auraient pu, mais s’ils l’avaient fait, ils ne se seraient pas rencontrés. Ce pas, ils l’ont fait, ensemble, ce pas qui fait que tout bascule…

Discount est beau, une réussite, aussi bien sur le fond, avec son message, son parti pris, que sur la forme, avec cette humanité débordante profondément touchante. Louis-Julien Petit parvient avec ce premier long-métrage à se faire une place dans le cinéma Français, en le dérangeant quelque peu, tout en s’inspirant de grands talents du cinéma. Un très bon film, qui annonce de très belles choses pour l’avenir. De plus, si vous regardez la bande-annonce sur Allociné, comme suggéré plus haut, l’argent des pubs diffusées au préalable revient au Resto du cœur. En plus de vous donnez envie de voir ce film, vous ferez une bonne action. Que demandez de plus ?

Marie-Lou Monnot

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