Don Juan revient de la guerre et c’est pas évident !

Le théâtre de la Renaissance d’Oullins accueille Guy Pierre Couleau dans notre métropole du 4 au 7 avril 2017. Après un premier passage au Célestins pour Amphityon en janvier dernier, le directeur de la Comédie de l’Est présente un des succès du festival Off d’Avignon 2015, Don Juan revient de la guerre de Ödön Von Horvàth. L’auteur allemand propose une réécriture du mythe de Don Juan très intéressante qui fait la part belle aux femmes !

© André Muller
© André Muller

Don Juan, victime des femmes ?

Le dramaturge allemand reprend le mythe de Don Juan mais pas l’histoire de Don Juan. La plupart des réécritures de Don Juan reprennent l’histoire du libertin qui affronte le jugement de la statue du commandeur, soit à travers Le trompeur de Séville ou le convive de pierre de Tirso de Molina soit à travers le Dom Juan de Molière. Ici, aucune de ces histoires n’est reprise, le Don Juan qui nous est présenté est avant tout le symbole du séducteur. Ödön Von Horvàth reprend le mythe du personnage du Don Juan, ce séducteur auquel les femmes ne résistent pas et le transpose dans l’après première guerre.

Revenant de la guerre, Don Juan recherche son ex-fiancée qu’il a délaissée et quittée avant son départ. Il souhaite se racheter et changer sa nature propre. Il la cherche et lui envoie des lettres auxquelles elle ne répond pas, ce qui le pousse à reprendre son ancienne vie de libertin tant les tentations sont grandes. Bien qu’il soit blessé et à la recherche de sa dulcinée, il reste séduisant et les femmes continuent à lui tourner autour… Sauf qu’il ne s’est pas rendu compte que les temps avaient changé. Pendant la guerre, les femmes ont appris à se débrouiller seules et à s’émanciper du contrôle des hommes. Les femmes sont plus libres et s’assument bien plus, ce que ne comprend pas tout à fait Don Juan… S’il séduit toujours, il ne mesure pas la nouvelle force des femmes, ce qui causera sa chute…

En effet, il s’amuse d’une jeune fille qui le trahit en l’accusant de viol alors que ce n’est pas vrai. Seulement, sa réputation est telle que personne ne croit en son innocence. Obligé de s’enfuir et de cacher son identité, il parvient tant bien que mal à arriver au nouveau domicile de son ex-fiancée, chez sa grand-mère…

Si le spectateur sait depuis le début que la demoiselle est morte, la grand-mère a pris un malin plaisir à attendre la venue vaine de Don Juan pour le lui dire en face et l’accabler davantage. En annonçant la mort de sa petite fille, elle brise tout espoir de rédemption pour le libertin et le condamne !

Les femmes prennent le pouvoir

© André Muller
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Cette pièce comporte 39 personnages féminins pour un seul personnage masculin. Une des indications de mise en scène de l’auteur est que ces femmes soient jouées par les mêmes comédiennes autant que possible afin de montrer qu’elles hantent Don Juan. De fait, Guy Pierre Couleau organise sa scénographie de sorte que les comédiens ne sortent jamais de scène mais sortent de l’aire de jeu pour changer de costumes. Les changements de costumes sont assez efficaces et les comédiennes Carolina Pecheny et Jessica Vedel arrivent parfaitement à interpréter des femmes de tout âge.

Don Juan, joué par Nils Öhlund, aussi change d’habits au cours de la pièce. À la recherche de rédemption, il porte des habits ternes qui ne le mettent pas particulièrement en valeur, toutefois, dès lors qu’il reprend sa vie d’avant, sa vie de séducteur, il porte une chemise et semble rayonnant, fier de lui et de ses conquêtes.

Si la mise en scène est globalement assez sobre mais efficace, la fin, elle, est particulièrement intéressante. Ödon Von Horvàth ne donne aucune indication de mise en scène et Guy Pierre Couleau, pour le dernier acte, décide de faire appel à un jeu d’ombres et de lumière pour illustrer la chute de Don Juan. Arrivé chez la grand-mère, il est reçu par une voix, le visage projeté en fond de scène est bien plus grand que le corps du séducteur et elle semble capable de le dévorer et d’ailleurs, c’est elle qui le précipitera vers la mort en l’envoyant au tombeau de la demoiselle. Devant le tombeau, les comédiennes voient leur corps devenir des ombres qui tournent autour de Don Juan qui, peu à peu, sombre vers la mort. Point de statue du commandeur pour le mener vers le trépas, seulement des ombres, vestiges de ses conquêtes passées qui dansent autour de lui et l’accompagnent doucement pour retrouver celle qu’il recherchait désespérément.

Sa quête ne pouvait finir que par sa mort, car on ne change pas sa nature. Séducteur il est, séducteur il restera. Un personnage, une fois devenu mythique tel que l’est Don Juan, peut être torturé, peut être modernisé mais pas dénaturé. Toutefois, un mythe peut, lui, prendre différentes formes et celle d’Ödon Von Horvàth est particulièrement intelligente et revisite le mythe du donjuanisme plutôt que l’histoire du personnage, apportant un nouvel éclairage à cette pièce…

 

Jérémy Engler

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