Dracula revient hanter la ville Lumière comme nous l’explique Eugénie Leclercq

Dans le cadre de son passage au théâtre de l’Uchronie, faisons un retour sur la Compagnie 34-14, née il y a deux ans avec la pièce Lilith, avec cette interview qui nous présente la Compagnie 34-14, et nous parle de sa pièce Dracula, jouée la première fois le 28 mai au théâtre Les Asphodèles de Lyon. Adaptation libre du roman de Bram Stocker, ce spectacle mêle musique et danse et s’annonce prometteur comme nous l’explique Eugénie Leclercq, auteure, metteure en scène, chorégraphe, danseuse et comédienne.

Dracula est déjà votre deuxième création, après Lilith il y a deux ans, comment s’est passé l’après Lilith ?

Après Lilith, on a pris le temps de s’en remettre ! En tout cas pour ma part, car le projet m’a épuisée. Et comme j’étais blessée au genou, cela a été repos forcé pendant quelques mois. Quant aux autres membres de la troupe, ils ont été bien sollicités sur d’autres projets aussi bien professionnels qu’artistiques et l’équipe s’est dispersée, mais non sans nostalgie. Nous avons eu pas mal de retours et avons aussi pris le temps, avec la chorégraphe Cécilia Nguyen Van Long et le compositeur Kevin Bardin, de faire le bilan de cette belle aventure.

©Sandrine Simonin
©Sandrine Simonin

Vous passez de la mythologie biblique à un personnage craignant le sacré, comment expliquez- vous ce grand écart dans le choix de l’œuvre ?

En fait, ce n’est pas le sacré qui m’intéresse, mais les personnages en eux-mêmes et j’aime les sortir du carcan de la religion qui les enferme dans cette dualité manichéenne du bien et du mal. Ces personnages sont bien plus intéressants quand ces frontières-là sont brouillées. C’est d’ailleurs pour cela que dans Lilith, il n’y avait aucune référence au Divin. Et dans Dracula, il en sera de même. Il n’y a plus cette omniprésence de la croix, de l’eau bénite ou autre prière que l’on récite pour faire fuir le démon…

Avec Lilith, vous interrogiez la place de la femme au moment de la Création, quel thème souhaitez-vous interroger avec Dracula ?

Dracula reste dans la veine de Lilith avec des thèmes comme la place de la femme et la déchéance du corps et de l’esprit. En effet, le roman de Bram Stoker est très ancré dans son époque avec des personnages féminins toujours relégués au rang de créatures faibles que les hommes braves et forts doivent protéger. Dans la pièce, on a voulu démonter ce machisme en donnant plus de caractère et de panache aux femmes et en jouant sur ces rôles toujours trop bien établis de femmes victimes et d’hommes bourreaux… Quant à la déchéance de l’esprit, on la distille en développant le thème de la folie grâce aux personnages du professeur Van Helsing et du docteur Jack Seward et bien sûr, on aborde la déchéance du corps grâce à la danse qui nous donne la possibilité d’un autre langage.

dracula1Lilith était un spectacle de danse uniquement, dans celui-ci la danse se mêle au théâtre, pourquoi avoir voulu ajouter un volet théâtral à cette création ?

Parce que je n’avais plus envie de choisir entre les deux ! Étant comédienne et danseuse, j’aime ces deux univers, ces deux langages et toutes leurs possibilités. Le théâtre permet de raconter une histoire avec la subtilité des mots et la danse une autre, quand le corps se met à changer, à sombrer… Cela n’a pas été évident d’articuler les deux, car il faut amener la danse au bon moment, la faire intervenir avec cohérence avant ou après des scènes parlées sans briser l’unité du spectacle ou son énergie… Mais je suis très contente du résultat et j’ai adoré relever ce challenge avec l’aide de la troupe et de Kevin Bardin qui a créé pour Dracula une atmosphère sonore très dérangeante et très inspirante ! Maintenant, j’attends les retours de nos spectateurs pour voir si ces choix fonctionnent !

Était-ce difficile pour vous de devenir metteure en scène ? D’autant que vous multipliez les casquettes : danseuse, auteure, chorégraphe…

Lilith m’a bien formée ! Même s’il est vrai que gérer 7 comédiens a été un peu impressionnant au début, mais ils m’ont tous fait confiance dès le départ. Cela a été un beau travail d’équipe. Ils suivaient mes directives et proposaient naturellement des idées. À chaque répétition, cela fusait, proposait, riait ! Ce qui nous a permis d’avancer rapidement et dans la bonne humeur. Pour la partie dansée, c’est à nouveau Lilith qui m’a donné confiance. Pour ce projet j’avais envie de développer ma propre patte, de tester des mouvements. Et à nouveau, les deux comédiennes et le comédien qui dansent avec moi sur Dracula m’ont fait totalement confiance. Je suis très fière d’eux et je sais qu’ils s’amusent autant que moi dès que la musique se lance.

affiche-dracula-theatre-danse-1461515102Vous avez vous-même réécrit le roman de Bram Stoker pour l’adapter au théâtre, était-ce votre première entreprise d’adaptation théâtrale ? Et surtout quelles difficultés avez-vous rencontrées pour établir ce texte ?

Oui c’était la première fois que j’adaptais un roman en pièce de théâtre. Et au départ, je n’osais pas dénaturer le texte d’origine. Dracula est mon livre de chevet depuis que j’ai 12 ans ! Autant dire que j’y allais avec des pincettes. Voilà pourquoi la première version était absolument indigeste ! J’ai eu des retours unanimes qui m’incitaient à écrire ma propre version de Dracula. Et c’est mon ami Aymeric Raffin qui m’a secoué les puces pour de bon. J’ai alors ouvert un document Word vierge et j’ai écrit quasiment d’une traite mon Dracula. Mais je ne voulais pas que le texte soit figé et par la suite, en jeu, nous l’avons fait évoluer, nous avons supprimé ou repris des répliques, ajouté et revu l’organisation de certains passages, déplacé même des scènes de danse… Les comédiens se sont bien approprié le texte et lui ont beaucoup apporté en répétition. C’était assez émouvant de voir le texte et surtout les personnages prendre vie.

Votre compagnie, 34-14, est très jeune et en voie de professionnalisation, n’est-ce pas compliqué dans un contexte économique difficile, où les subventions allouées à la culture sont de plus en plus réduites, de monter un tel spectacle ?

Si. C’est très compliqué et le budget est serré. Heureusement, grâce aux recettes de Lilith nous avons pu bénéficier d’un petit budget de départ, mais nous avons dû passer par une plateforme de financement participatif (https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/dracula–2) pour le compléter. La débrouille est au rendez-vous ! Mais nous ne pouvons que déplorer le peu de solutions et de soutiens qui s’offrent à nous désormais…

Votre spectacle est déjà programmé dans 4 salles au mois de juin, envisagez-vous de le rejouer cet été ou après ? Si oui, avez-vous des pistes pour le reprendre ?

Oui normalement en octobre, la troupe devrait remonter sur les planches dans un théâtre lyonnais pour 4 nouvelles dates. Dès que nous aurons plus de précisions, nous vous tiendrons au courant !

team-dracula-1461515529Lilith avait rencontré un franc succès et s’était produit dans de nombreuses salles, pensez-vous reprendre ce spectacle un jour ?

Non, le ballet tel qu’il a été présenté en 2014/2015 ne sera plus proposé. Mais Lilith est un personnage qui me tient beaucoup à cœur et elle remontera sur scène dans une nouvelle création, c’est une certitude ! Mais quand et comment ? Je l’ignore encore !

Pour conclure cette interview, si vous deviez donner envie à nos lecteurs d’aller voir ce spectacle en un mot, quel serait-il ?

Si vous avez envie de découvrir une nouvelle facette de ce roman, venez plonger avec nous dans une ambiance de doute, de folie et d’horreur !

L’équipe de comédiens est extrêmement talentueuse, ils déploient tous une énergie incroyable sur scène ! De plus, l’atmosphère musicale de Kevin Bardin sera soutenue par une création lumière envoûtante signée Samuel Bovet. Bref, vous l’aurez compris, ce projet nous donne des ailes et nous avons hâte de le partager avec vous !!

Propos recueillis par Jérémy Engler

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