Une drôle de comédie – L’école des maris au Cabestan

Dans le cadre du festival Off d’Avignon, allez découvrir au Théâtre le Cabestan, tous les jours à midi, une pièce de Molière peu jouée : L’école des Maris, avec la mise en scène de Fred Barthoumeyron.

 

Une très belle relecture de L’école des Maris

Deux orphelines sont laissées en tutelle chez des frères, Sganarelle et Ariste. Si le premier est rigide, et laisse fort peu de liberté à Isabelle, sa pupille, Ariste donne à Léonor toute la liberté qu’elle pourrait désirer. Les deux sœurs sont donc élevées très différemment par leurs gardiens, qui sont également leurs futurs époux respectifs. La pièce se construit donc sur un modèle binaire. On a d’abord la dualité homme/femme, puisque les hommes sont responsables des femmes, et que les deux genres n’ont donc pas le même pouvoir. Mais l’opposition entre les deux modèles d’éducation est également frappante. Un frère est laxiste, tandis que l’autre est trop sévère. Molière ne semble applaudir aucun de ces modèles, qui paraissent tous les deux ridicules. D’un côté, la folie d’Ariste, un vieillard à la mode qui passe tous ses caprices à Léonor, et de l’autre, l’assurance arrogante de Sganarelle d’être dans le vrai, et son aveuglement à ce qui se trame sous ses yeux – un terreau parfait pour une comédie de Molière ! Les très beaux costumes d’époque des personnages rappellent ces différences de choix de vie.

Sur scène, une actrice joue sur un accordéon des airs de Vivaldi. C’est toujours étonnant d’entendre de la musique classique sur un accordéon, puisque ce n’est pas l’instrument utilisé usuellement pour jouer des airs du XVIIe. Ce décalage est intéressant, et donne à la comédie une portée plus populaire ; on a l’impression d’assister à un mélange des genres. De plus, puisque la compagnie Tortue Théâtre s’est inspirée de la commedia dell’arte pour son spectacle, soit l’ancêtre du théâtre total – on danse, chante, et joue sur scène. D’ailleurs, les masques utilisés par certains protagonistes rappellent la commedia dell’arte – souvent, comme ici, cela implique des personnages caricaturaux, que les bruits produits sur scène par la batterie – et autres instruments, aide à singer.

© Emmanuel Baron
© Emmanuel Baron

Trop de comédie pour une pièce de Molière ?!

Mais parce que la mise en scène force le trait sur les aspects comiques de la situation, quelques fois, le propos de la pièce est peu à peu oublié au profit des mimes et autres pantalonnades. Les pitreries attirent tellement l’attention qu’on en perd presque le fil de l’histoire. Mais cet humour, qui repose largement sur le comique de répétition, n’en fera pas moins rire les grands comme les petits. En outre, l’accordéon et les morceaux de Vivaldi aident à tempérer les rires et à accorder aux émotions dont il est question une gravité que le jeu des comédiens pourrait paraître leur ôter. Tous les comédiens jouent d’ailleurs très bien, notamment Aurélie Frère, qui interprète des rôles toujours très différents, mais immanquablement à la perfection.

© Emmanuel Baron
© Emmanuel Baron

Une pièce au goût du jour

On peut s’interroger sur les raisons qui ont poussé la compagnie Tortue Théâtre à choisir ce texte de Molière particulièrement. Jouée pour la première fois en 1661, cette pièce est toujours d’actualité. En effet, il y a toujours des problèmes liés à l’éducation des jeunes gens, notamment des jeunes filles, dans certains pays. Et un parent peut toujours douter sur la voie à emprunter pour faire de ses enfants des adultes responsables.

Même si les alexandrins de Molière ont été conservés – et il eût été bien dommage de les abandonner – on arrive à actualiser le texte en l’entrecoupant de phrases et de mots contemporains. Ce procédé produit un décalage encore une fois humoristique.

Une reprise dynamique de Molière, enthousiasmante, parfaite pour des enfants, et qui pourra aussi faire rire les grands ! Une farce entrainante.

 

Adélaïde Dewavrin

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