Du plaisir au menu de Menu : Plaisir au Théâtre de la Croix-Rousse

Ce soir au menu, un tendre récital ! Vous allez pouvoir y déguster une brochette de chansons, revisitées à la sauce opéra, et saupoudrées d’un brin de magie. Soyez prévenus d’entrée, ici, ce n’est pas un restaurant quatre étoiles, plutôt un charmant petit restaurant de campagne, où vous serez reçus par le chef en personne, Jean Lacronerie, avec la complicité de Jean-Paul Fouchécourt, jusqu’au 8 novembre au Théâtre de la Croix-Rousse !

Un menu musical

En entrée tout d’abord : pourléchez-vous de classiques avec Offenbach, Mozart, Apollinaire, Verlaine… Puis, délectez-vous du plat principal, chansons paillardes, piquantes et juteuses. Savourez ensuite l’accompagnement… Ce morceau de piano est particulièrement tendre et savoureux. Puis, en dessert, parce qu’une douceur ne fait jamais de mal, déguster un Y’a de la joie de Charles Trénet. Pour finir, un petit digestif ! Tout le monde chantonne, comme après un bon repas de famille, on se quitte en douceur, après avoir passé un moment agréable, ensemble.
Mais… On reste sur notre faim. L’ensemble manque d’épices. La joie du début s’émiette, et le tout devient un peu trop… plat. Cela manque clairement de rebondissements, on se languit de l’assiette suivante qu’on espère plus surprenante. Le spectateur voit arriver un très beau soufflé, mais malgré tout le soin apporté à la préparation, il redescend inévitablement. La sauce magie ne prend malheureusement pas non plus, le mélange n’opère pas : on voit systématiquement les trucs derrière les tours, ainsi que le léger malaise du comédien. De plus, la présentation générale manque de cohérence. Malgré la lumière, relativement intimiste, ce décor en papier blanc lui ne l’est au final pas. Les dessins qui apparaissent sur le rideau arrivent comme un cheveu sur la soupe, et repartent aussitôt sans demander leurs restes. Avec cet acteur si proche de nous et qui instaure un dialogue permanent, on aurait eu envie d’être dans un cadre plus cosy, dans un nuage de crème, pour pouvoir se laisser porter dans l’univers de la pièce.

Une question de plaisirs

Certes nous avons un menu, mais sous quelle forme ? Ne s’agirait-il pas d’un buffet, regorgeant de milles et unes gourmandises ? Multiples Plaisirs alors !
Car oui, il est bien question de plaisirs ici. Ils passeront tous à la poêle : plaisir de dormir, de fumer, d’amour, et tout simplement plaisir de vivre. On assiste à un véritable conférence chantée sur le bonheur, avec bien sûr son lot de démonstrations ! Découvrons notamment comme une corde se durcit étrangement au contact d’une main du public, féminine bien sûr !
Au programme de ces réjouissances, un plaisir sonore, avant tout de chose. Menu : Plaisirs est un tour de chant, un régal pour nos papilles auditives, car Jean-Paul Fouchécourt est un ténor de renom, ne l’oublions pas. Il parvient à faire vivre ces chansons, méconnues, oubliées parfois. Ne lui enlevons pas non plus son charisme. Ce met là n’est certainement pas fade ! Ses grimaces sont simplement succulentes, son phrasé, parfaitement dosé. Associé à lui, le plaisir comique s’impose ! Répliques poivrées, main baladeuse, homme mystère…
Et puis, plaisir visuel aussi, pas toujours satisfaisant, mais les nombreux changements de costumes en surprendront plus d’un, attention, ça pique ! De subtils changements de couleurs, ou de Louis XIV à Pierrot, il y’en a pour tous les goûts.
Enfin, plaisir cinématographique, avec un Méliès, qui lui aussi, se revêtit de différents costumes, volontairement, ou non…

© Bruno Amsellem
© Bruno Amsellem

Si ce « Menu » a ses défauts, il ne manque en tout cas pas de passion. Car la cuisine, comme le théâtre, est avant tout fondé sur une envie de partage. On sent l’envie, l’amour du chef. Il est là, en cuisine, guettant des applaudissements qui ne sont pas toujours au rendez-vous. La salle est en effet ce soir plutôt froide. Un chef, Jean Lacornerie, qui tient à nous faire passer un moment agréable, et nous reçoit chez lui, sans plus de cérémonie.
Menu :Plaisirs, ce n’est sans doute pas de la grande cuisine, elle ne surprend guère. Le repas, lui, est un brin trop long. Mais les blagues d’un comédien, oncle d’un repas de famille, ajoutent une autre dimension au spectacle, les tours de magie, eux, sont ceux d’un petit frère, enfant plein de tendresse. Et puis, comme le dit Épicure, « Une tranche de pain et un peu d’eau, là est le plaisir ». Alors contentons-nous de ce petit bonheur là, petit certes, mais bonheur quand même.

Marie-Lou Monnot

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *