Dur dur d’être un petit caca qui rencontre un extraterrestre !

Du 7 au 30 juillet 2017, dans le cadre du Festival Off d’Avignon, l’Espace Alya accueille la compagnie La Fée d’Hiver, à 13h25, pour sa mise en scène d’une pièce jeune public de Pierre Notte, L’extraterrestre et le petit caca. Si le titre peut paraître très enfantin, un peu trop scatologique et inadapté à un public adulte, sachez que le spectacle révèle bien des surprises.

La poésie du caca

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Si on peut regretter que le costume de l’extraterrestre, interprété par Grégory Servant, censé ressembler à une boite de conserve, ne se rapproche  pas de ce que la pièce nous décrit, celui des autres comédiens est plutôt bien confectionné. Mathilde Marillat qui joue le Petit Caca porte une combinaison pleine de petites mousses scratchées représentant des crottes qui peuvent être détachées si besoin et notamment pour signifier la désagrégation de la crotte. Céline Deest-Coirre incarne toutes les espèces que l’extraterrestre et le Petit Caca rencontrent sur leur chemin. Ces costumes sont très variés et intéressants. Pour jouer une Mouche, elle zozote et porte des gants et une cagoule lui faisant des yeux de mouche ; pour jouer le Champignon, ce sont de multiples emballages plastiques qui sortent de son buste tels une robe pour esquisser les champignons, le Camion Poubelle et la Mouette, elles utilisent des jeux d’ombres : ainsi un Playmobil donne naissance au terrifiant Camion Poubelle tandis qu’un bec derrière un rideau nous fait croire à la présence d’une mouette. Pour incarner un pylône électrique, elle se place en haut d’une échelle, se montrant, pour le coup, très protéiforme. Grâce à ces multiples astuces, la metteuse en scène Céline Deest-Coirre réussit à donner vie à des personnages plus complexes qu’il n’y paraît. Tous les personnages que les deux aventuriers rencontrent sont motifs à de profondes réflexions sur l’acceptation de soi, la quête identitaire et les rêves… Les objets ou les choses qui paraissent sans importance dans notre vie, que ce soit le caca ou la boite de conserve prennent une valeur particulière et une chose est sure, vous ne regarderez plus vos objets de la même manière.

Le texte, bien que regorgeant de blagues « pipi/caca » n’est jamais lourd ni vulgaire, au contraire, tout passe avec élégance et poésie et finalement les réflexions sur le statut de « crotte » font plus sourire voire rire les adultes que les enfants car nous comprenons le message caché derrière cette allusion, alors que les enfants prennent ses réflexions un peu plus au premier degré. Chaque fois que les personnages font écho de l’un de leur problème, le point de vue change et le regard d’une crotte sur le monde est particulièrement enrichissant, car ses réflexions nous obligent à changer notre perception et à considérer le monde sous un autre angle. Grégory Servant incarne un extraterrestre si naïf qu’il en devient poétique dans ses réflexions qui trouvent un formidable écho auprès du Petit Caca. Ce spectacle repose beaucoup sur les symboles, c’est ce qui fait son succès auprès d’un public adulte alors que la pièce est clairement dirigée vers le Jeune Public, mais comme le revendique la Compagnie, un texte quel qu’il soit doit avant tout être destiné à un public de tout âge.

©Sebdeest
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À la recherche de soi !

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Tous les personnages qui traversent la pièce ont un problème identitaire. Tous ceux qui croisent l’extraterrestre le prennent pour une boite de conserve, lui s’en défend hardiment mais le doute fini par s’installer. Quand tout le monde vous dit quelque chose, vous finissez par croire que c’est vrai, cela vous fait douter de vous, de vos qualités. Mais la pièce porte un message d’espoir et rappelle que peu importe l’apparence qu’on a, ce qui compte c’est ce qu’on est. C’est pourquoi cet extraterrestre réussit à éprouver des sentiments humains et à s’accepter tel qu’il est. On se rêve tous autrement, on a tous des rêves, plus ou moins inaccessibles et justement l’extraterrestre a le pouvoir d’exaucer les vœux ; ainsi tous ceux qu’ils croisent auront la possibilité de formuler leur vœu le plus cher à condition de répondre honnêtement à trois questions. Ainsi Anne-Charlotte, la mouche à crotte qui est dégoûtée de devoir manger des crottes, restera mouche mais n’aura plus jamais faim… Et il en est de même pour ceux qui répondront correctement aux différentes questions. Tous se plaignent de leur condition et espèrent en atteindre une nouvelle. Le seul personnage qui ne se plaint pas, c’est le Petit Caca alors qu’il aurait toutes les raisons de se plaindre. Il ne peut rester sous la pluie car il se désagrège, il ne peut rester au soleil car il s’effrite, il ne peut rester dans la rue car les motocrottes le détruisent, il est dévoré par les mouches à crotte, bref, sa vie est vraiment horrible et pourtant, il ne fait aucun vœu à l’extraterrestre. C’est son lot, c’est son destin, son statut de crotte l’oblige à vivre cela. Qui aurait cru avant ce spectacle qu’une crotte avait tant d’ennemis ? En même temps, qui s’était un jour posé la question de regarder le monde du point de vue d’un petit caca, sinon Pierre Notte ?

Cette pièce offre, avec poésie, une nouvelle perspective sur le monde qui nous entoure et aide à l’acceptation de soi peu importe ce que les gens pensent ou disent, ce qui compte c’est ce qu’on est. Ce spectacle ravit grands et petits alors allez-y !

 

Jérémy Engler

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