Un écrin renfermant un véritable joyau : précieux !

Olivier Bonnard est un journaliste et critique de cinéma. Il publie un premier roman Vilaine fille thriller fantastique sur la machine hollywoodienne. L’auteur est un enfant des années 1980, enfant de la télé, enfant du rock, du club Dorothée, ce qui lui inspire Collector son second roman

Bienvenue dans le monde des « Geek » version année 1980 !

© Les Inrocks
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Olivier Bonnard aurait pu commencer son roman par : Il était une fois un homme-enfant, ou un enfant-homme, nommé Thomas Strang allias « Tom » refusant de grandir…. heureusement pour le lecteur il n’en fut rien ! Un conte enfantin n’est vraiment pas à la hauteur de ce roman qui regorge de Toyhunters, tous aussi Geeks les uns que les autres, mais vous l’avez compris : surtout de la nostalgie des années 1980. L’auteur déroule pour nous le tapis rouge du monde de l’enfance avec ses mystères, ses odeurs, ses couleurs et sa féérie. Mais pas seulement … Alors, nous vous invitons à entrer sans plus attendre dans l’univers magique, doux, sucré et salé du monde de Thomas Strang surnommé Tom dans la vraie vie. Le tout empreint d’un réalisme absolu grâce à la plume délicate et passionnée de notre auteur, Olivier Bonnard.

Thomas Strang dit « Tom » âgé de 33 ans, journaliste, passe la majeure partie de son temps sur internet à l’affût de la bonne affaire. EBay et la communauté des collectionneurs de jouets en tous genres, surtout les robots de la série « Shogun Warriors », concernant les années 1980,  sont devenus avec le temps sa principale préoccupation. Pénélope, la compagne de Thomas, ne comprend pas cet acharnement à vouloir demeurer arrimé à son enfance avec autant de véhémence : « T’es addict Tom. Ces jouets sont en train de te bouffer. Tu vis chez eux. Non mais regarde autour de toi ! » Leur espace est envahi de robots comme Goldorak, Musclor, Mazinger, Raydeen, … mais aussi de revues sur ces super-héros, de collections Mattel et même de catalogues des 3 suisses et la redoute qu’il achète à prix d’or. Son ami d’enfance, Alex, est en proie à la même addiction et justement il propose à Tom une affaire extraordinaire moyennant finance pour dénicher un stock incroyable dans un magasin de jouets, tenu par Robert dit « Pépé » arrêtant son activité. Voilà nos deux comparses totalement retombés en enfance et surexcités à l’idée de débusquer d’innombrables perles rares. Leur échappée sauvage dans les dédales de la boutique, en l’occurrence une véritable caverne d’Ali Baba, est digne du film Piège de cristal !

L’auteur nous plonge dans le monde des Toyhunters aux noms dignes de mangas, qui se disputent les fabuleux joyaux de leur enfance et où certains arrivent même à devenir faussaires en réparant des jouets et trafiquant les boites d’emballages. Il nous fait ressentit leur course effrénée pour rester dans le monde magique de l’enfance. Une question vient à notre esprit : pourquoi Thomas refuse-t-il de grandir ? Puis une autre question suit la précédente : qu’elle est donc la raison de son blocage pour cette année précise, 1985, où il avait onze ans ? Ces années 1980 sont devenues une véritable source de business sur le marché des collectionneurs mais aussi sur le marché du cinéma, de la musique et du jouet. Nous le vivons aujourd’hui avec l’engouement des Marvel et les tournées musicales des stars des années 80. Grâce à la précision documentée de l’auteur, on s’immerge totalement dans la nostalgie de notre enfance… véritable paradis perdu.

© Mattel
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Le mystérieux « ArkAngel »

La boutique de « Pépé », surtout les sept caves reliées les unes aux autres forment un énorme morceau de gruyère. L’auteur nous dépeint l’univers de ces anciens magasins de jouets avec une réelle nostalgie et fait un parallèle avec ses grandes chaînes comme Toys’R’us où la féérie de l’enfance n’existe plus de nos jours. Tom et Alex, eux, sont de retour dans les années 1980 ! Ils se comportent comme dans Les aventures du Club des Cinq en fouillant, touchant, observant. Les aiguilles de la pendule remontent le temps dans ce temple dédié à la mémoire de l’enfant regorgeant de joyaux et de souvenirs. Tom va faire une découverte miraculeuse : un robot du dessin animé japonais ArkAngel ! Le robot qu’il vient de trouver est le Gladiateur ; il lui manque deux autres robots pour créer « le must du must » ArkAngel, un jouet particulier doté d’une fonction « Time Travel ». À partir de cet instant, sa vie bascule dans une autre dimension et ses réactions deviennent totalement inattendues. La chasse aux deux autres robots devient obsessionnelle et finit par propulser tout ce petit monde dans un thriller où l’intrigue reste bien soutenue par l’intelligence d’Olivier Bonnard qui alterne entre la vraie vie et l’enfance. La fonction « Time Travel » va faire des ravages dans la vie et le passé de Tom et comme le dit Léo Ferré « les premières images de l’enfance font le cinéma de la vie », ce roman en est un exemple frappant. Mais au beau milieu de tous ces chamboulements, Tom finira-t-il par grandir ? Arrivera-t-il à démêler les fils de l’intrigue ? Sa trahison sera-t-elle pardonnée ? Pénélope fera-t-elle partie de son futur ?

La barrière entre les deux mondes est si mince que l’auteur arrive à nous embarquer dans nos propres souvenirs comme par enchantement avec un réel ravissement. Olivier Bonnard fait appel pour cela à de nombreuses références cinématographiques et télévisuelles comme Strasky et Hutch, Retour vers le futur, le club Dorothée, Rocky IV, Nicky Larson, Olive et Tom… La planète Geek refuse de grandir mais le monde de l’enfance est immuable, le Père Noël fait toujours parler de lui et les contes de Perrault et de Grimm se lisent encore à nos chérubins. Un monde secret pour chacun d’entre nous, une aspiration vers ce qui protège et apaise lorsque le monde des adultes fait défaut. Mais est-ce une bonne chose de se raccrocher désespérément à un jouet, une peluche, un doudou ou simplement un objet tant aimé dans notre enfance ? Frances Gillespy Wickes nous explique cela très bien dans son livre Le monde intérieur de l’enfance. « Les compagnons imaginaires ne feront qu’aliéner ses difficultés (sous-entendu de l’enfant) et l’empêcher d’évoluer vers sa maturité psychique et affective adulte. Le comprendre permet d’aller vers sa réalisation personnelle ». La phrase de Daniel Pennac « Comme ce doit être bon, un souvenir d’enfant ! La certitude d’une enfance vaincue ! », s’applique parfaitement bien à la fin orchestrée par Olivier Bonnard.

Un ouvrage précieux

Comme l’écrit l’auteur dans son livre « on a tort d’être trop heureux, enfant. C’est plus dur, après ». Mais bien souvent l’enfant devenu un adulte en souffrance, se réfugie dans une enfance heureuse et parfois idéalisée. Ne pas régler ses comptes avec son passé influe sur son présent, Thomas Strang en est un exemple criant de vérité. C’est peut-être pour cette raison que bons nombres d’adultes consultent aujourd’hui des psychanalystes ! Cette génération de Geeks née pratiquement avec un ordinateur ou une console Nintendo dans les mains est l’héritage laissé par la génération de Mai 68, ne l’oublions pas ! Une génération intermédiaire, un peu entre deux genres humains, servant de tremplin à la suivante. Olivier Bonnard avec son livre nous apporte une vision saine et claire du rapport que chacun d’entre peut entretenir avec son paradis perdu et pointe du doigt les ravages que peut engendrer ce dernier. L’auteur explore le monde magique et féérique de l’enfance avec délicatesse et ouvre notre horizon sur la connaissance du monde des Toyhunters. C’est un ouvrage précieux à garder comme un joyau pour toutes ces références musicales et culturelles et pour tous les articles écrits, au nombre de six, par Thomas Strang (peut-être faut-il y voir l’auteur lui-même) sur GAME & WATCH DONKEY KONG – NINTENDO 1982, MIGHTOR – MEGO 1979, GOLDORAK JUMBO -MATTEL 1979, LA NAVETTE D’ULYSSE – POPY/BANDAI 1981, BIG JIM 004 – MATTEL 1979, MUSCLOR – MATTEL 1981, petits interludes glissés au milieu des chapitres de ce livre et fort intéressants. L’auteur nous livre un écrin renfermant une multitude de trésors avec ses senteurs, ses palettes de couleurs, sa culture : peut-être ce qu’il manque à la génération d’aujourd’hui…. « La nostalgie n’est plus ce qu’elle était ! », pourtant, en refermant ce livre, une petite larme de nostalgie coulait le long de ma joue.

© Mattel
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Françoise Engler

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