Eden, paradis à trouver et construire !

Auteur prolixe et notamment de La saga des Mendelson ou des Sœurs Wilcox, Fabrice Colin aime écrire des polars et des textes relevant d’un certain imaginaire, comme c’est le cas avec Eden, dont le tome I s’intitule « Le visage des sans noms » et met en scène une dystopie au bord de l’implosion. Dans un style très storyboardé, qu’elle tient de sa formation à l’école des Gobelins, Carole Maurel met en mouvement le premier tome de cette série de science-fiction.

Un monde à découvrir

© Rue de Sèvres

Ouvrant sur un univers, cet album a pour mission de poser les jalons d’un nouveau monde. Ici, on ne sait pas où on est, on est dans un village pauvre comme le laisse supposer les bâtiments aux traits simples et très colorés. On se croirait dans un bidonville brésilien, au climat chaud. Les coups de crayon de Carole Maurel parviennent à nous plonger dans ce « village des sans-noms », ce village des gens sans importance. Grâce à son dessin, nous ressentons la vie misérable de ces gens, ce germe qui mènera à l’insurrection contre l’APEX. Cette société est composée des esprits les plus brillants – qui ici riment avec riches – de la ville. Leur complexe ultra moderne, barricadé en haut de la colline surplombant la cité contraste avec la pauvreté du reste de l’agglomération. Les dessins suffisent seuls à montrer les bourgeons de l’insurrection à venir.

La naissance storybordée d’une insurrection

Fort de ses huit bandes dessinées et de ses nombreux romans, Fabrice Colin maitrise très bien le rythme du récit, souligné par le style très storyboardé de Carole Maurel. Les traits semblent ne pas être finis, sont irréguliers les couleurs dépassent, la dessinatrice ne cherche pas la perfection ou l’extrême précision réaliste, mais souhaite créer du mouvement dans ses cases, afin de soutenir le rythme effréné du récit. En un seul tome, il doit présenter les personnages, l’intrigue et nous donner envie de poursuivre la lecture. Nous suivons donc les aventures de Jonas qui tente de passer l’examen de l’APEX pour s’extirper de sa morne vie et en vivre une meilleure au sein de cette structure qui le fait rêver. Sa sœur Hélix, qui a réussi le précédent concours, l’attend d’ailleurs, sauf qu’on découvre rapidement que ce test est une mascarade et qu’il est hors de portée du petit peuple, à moins de tricher et de rejoindre le camp de la rébellion, le camp de la Seconde Insurrection, comme l’a fait sa sœur…

© Rue de Sèvres

On ne sait rien de cette société, sinon qu’elle veut en finir avec le système, on ne connaît ni son leader, ni ses membres à part Hélix, le mystère reste entier, d’autant qu’un autre groupe de révolutionnaire semble exister, le Comité Invisible… Ce camp, celui auquel appartient le père d’Hélix, voue une haine farouche à l’APEX, à qui il reproche l’inégalité qu’ils ont installé. Ces deux groupes semblent tous deux vouloir la révolution et faire changer les choses, mais la fin de l’album nous laisse penser qu’ils ne sont pas forcément alliés, ouvrant sur de nombreuses questions qui, nous l’espérons, trouverons leurs réponses dans le second tome.

Ce premier épisode, publié chez Rue de Sèvres, est particulièrement réussi puisque les dessins de Carole Maurel soulignent autant que les mots les inégalités qui frappent cette population, présentant ainsi les germes de la révolte. Fabrice Colin parvient à poser les enjeux du prochain tome qui devraient se concentrer sur l’insurrection populaire, sans rien nous dévoiler de concret sur les principaux leaders de cette vindicte. On est happé par cette histoire, qui bien que se passant dans un monde inventé, n’est pas si éloignée du nôtre…

Jérémy Engler

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