Un effeuillage théâtral ? Le Chant du cygne-fantaisie au Girasole

C’est au théâtre du Girasole que vous pouvez venir voir, pendant le Festival Off d’Avignon, Le Chant du cygne-fantaisie, à 20h30. Cette adaptation d’une pièce de Tchekhov, mise en scène par Robert Bouvier de la Compagnie du Passage, joue sur l’autodérision et nous invite à découvrir les dessous du monde du théâtre.

Une pièce métathéâtrale

Roger, un comédien âgé, qui a connu la gloire dans ses jeunes années et qui a consacré 57 ans de sa vie au théâtre, s’endort, ivre mort, dans sa loge. Quand il se réveille, il fait nuit, et il se retrouve seul, abandonné dans la salle. Dans un sursaut de lucidité, il s’interroge sur la valeur de la gloire, et sur les conclusions qu’il peut tirer de sa vie, lui qu’on a oublié, et alors qu’il se sent près de la mort. Mais il rencontre bientôt Nikitouchka, un souffleur, qui se révèle être un comédien hors pair, capable de changer de rôle aussi facilement qu’il change d’accent. Adrien Gygax se module à loisir pour se couler dans les différents personnages qu’il va interpréter. Et finalement, les comédiens jouent des personnages qui leur ressemblent à s’y méprendre. Tout au long de la représentation, vous vous demanderez où commence le réel et où s’arrête la fantaisie. On s’interroge sur la réalité de la vie d’acteur, qui n’est jamais aussi merveilleuse qu’on le croit. Roger semble désabusé du théâtre, qu’il n’arrive néanmoins pas à quitter. Il nous explique que c’est un monde à part, mais que c’est toujours de loin que l’on admire toujours un acteur. Quand il était jeune, raconte-t-il, préférant continuer à vivre de son art, il n’a pas épousé une femme qui l’aimait, mais ne voulait pas d’un mari comédien.

Le chant du Cygne-fantaisie nous fait réfléchir

© Fabien Queloz
© Fabien Queloz

Cette pièce cherche donc à nous présenter la vie professionnelle des comédiens, qui semble rentrer souvent en compétition avec leur vie personnelle. À l’instar des jeux de lumière qui, on dirait, sont distribués aléatoirement, la pièce est alimentée par des lueurs fugaces qui laissent des pans de scène volontairement dans le noir. Symboliquement, ce choix scénographique est très intéressant, puisqu’il indique que la lumière n’est pas faite sur tout le monde du théâtre, mais – puisque c’est souvent les comédiens qui s’éclairent eux-mêmes avec des lampes torches par exemple – seulement sur leur façon personnelle de le comprendre. Le plateau change et évolue, comme a évolué le monde de la scène depuis l’époque de Tchekhov. Son texte initial est d’ailleurs alimenté par des jeux de référence et des bribes d’autres œuvres, comme des extraits de la scène la plus connue de Roméo et Juliette. Ce florilège de textes nous fait comprendre que les comédiens ne sont pas traversés par leurs rôles, mais bien qu’ils les habitent, et qu’ils ont du mal à les oublier une fois la tournée finie.

Et l’on rit !

© Fabien Queloz
© Fabien Queloz

Adrien Gygax nous amuse avec les possibilités inépuisables qui s’ouvrent avec le monde du théâtre. Il se transforme à l’envi, incarnant même un serpent, nous explique comment il fait pour apprendre son texte… Finalement, c’est quand personnage et comédien se fondent qu’Adrien semble être le plus à l’aise. Il sait, mieux que Roger, faire le pont entre la vie rêvée et la vie réelle, entre ce monde d’illusions auquel il contribue en tant qu’acteur, et le monde de tous les jours dans lequel il est parfois dur de revenir. Ce personnage incarne une forme d’autodérision qui vient aérer le spectacle. De toute façon, la représentation ne manque pas de scènes comiques, et le public s’est souvent vu rire aux éclats !

Le Chant du Cygne-fantaisie est donc une très belle pièce métathéâtrale qui a fait l’unanimité dans la salle du théâtre du Girasol. Amusante et profonde, triste et fine, servie par un jeu d’acteur magistral, à voir absolument !

Adélaïde Dewavrin

 

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