Embarquez à bord du Fidelio !

Lucie Borleteau est née en 1980 et a étudié le cinéma à Nantes puis à l’Université Paris 8. Elle a travaillé sur plusieurs tournages, notamment celui de White Materials de Claire Denis. Elle est également comédienne à ses heures perdues, tant au théâtre qu’à l’écran. Fidelio, l’odyssée d’Alice sorti le 24 décembre 2014 est son premier long-métrage bien prometteur puisque l’actrice principale, Ariane Labed, a reçu le prix de l’interprétation féminine au festival du film de Locarno 2014.
Fidelio, l’odyssée d’Alice fait savamment partie du programme « des 24èmes rencontres du cinéma français 2015 » organisé à/et par le cinéma Les Alizés de Bron. Le film a été diffusé le samedi 31 janvier 2015 en présence de la réalisatrice.

Entre fiction et réalisme

Voici le portrait très réaliste d’Alice, jeune femme de 30 ans, mécanicienne sur le vieux cargo de marchandises le Fidelio. Elle laisse son compagnon norvégien Félix (Anders Danielsen Lie) lors de son expédition en mer. Elle apprend qu’elle remplace un homme mort sur le bateau, Le Gall dont elle retrouve son carnet de voyage qui semble bien résumer son expérience unique à bord du Fidelio et même toute son existence.
L’histoire de Le Gall est l’histoire en arrière-plan de ce film à visée presque documentaire puisque la réalisatrice confie s’inspirer du quotidien de son amie Mathilde, marin également. Il s’agit d’un réel hommage aux femmes qui exercent un métier d’homme. L’idée est aussi de décrire les conditions de vie des marins dans le secteur de la marchandise, plutôt méconnu et peu exploité dans l’univers cinématographique. Néanmoins, l’angle choisi est celui des petites actions du quotidien, des fêtes, des rituels de l’équipage, des mésententes aussi sans pour autant oublier l’objectif principal : faire avancer le navire.
Le cargo a d’ailleurs un rôle central, il est un personnage à part entière. Le film ne pouvait se faire sans une véritable embarcation en décor. Le son du film a une grande importance. En effet, le bruit de fond principal est celui du Fidelio. Le spectateur se confronte alors à une alternance entre le silence total et le bruit incessant et captivant des machines usées.
Le tournage s’est donc déroulé dans de réelles conditions, avec tous les enjeux que cela comporte. Les comédiens et principalement Ariane Labed se sont confrontés aux machines dans le bateau, pour donner du relief au personnage d’Alice.

Entre terre et mer

Mais ce film est surtout centré sur le thème de l’amour. Alice est une jeune femme libre. Le choix d’un univers maritime n’est donc pas anodin, car quand Alice part, elle oublie tout de la vie sur terre. Très amoureuse de Félix, elle ne peut cependant pas résister au charme de son ancien amant Gaël (Melvil Poupaud), capitaine du Fidelio.

« Ce qui se passe en mer reste en mer »

La vision de l’amour d’Alice est celle d’un tout. Alice veut toute sorte d’hommes à la fois. Mais elle se retrouve partagée entre son amour qui l’attend de pied ferme à terre, et son amant qui la fait chavirer en mer.

Néanmoins, il ne faut pas comprendre Fidelio, l’odyssée d’Alice comme une simple romance à la fin triste, ou à la fin heureuse. En fait, concrètement, il n’y a pas de dénouement. Le film s’achève sur une femme perdue, mais pas totalement abattue. C’est d’ailleurs pour cela que la réalisatrice insiste tant sur le fait que les scènes charnelles sont essentielles au film, pour montrer qu’Alice n’est pas une femme frustrée dans son quotidien, mais qu’elle assume tout simplement sa féminité. Elle n’est pas égoïste, mais n’oublie pas ses envies personnelles.
C’est pourquoi la première scène du film se passe hors du Fidelio, lors d’un moment très intime entre Félix et Alice qui sont d’ailleurs capables de mettre des mots sur leurs maux.

Entre Alice et Fidelio

Le cargo suit les émotions d’Alice. Lorsque celle-ci fait par exemple l’amour pour la première fois avec Gaël, un gros problème technique fait son apparition. Les aléas de la vie sur le Fidelio font écho à l’évolution de l’héroïne. Si bien que le Fidelio est à la fin destiné à la casse, au moment même où Alice se rend compte qu’elle perd Félix qui a appris l’infidélité de sa conjointe, mais aussi Gaël victime d’un grave accident près des machines.

Par ailleurs, le nom du bateau en lui-même n’est pas anodin. « Fidelio » renvoie inévitablement à la notion de fidélité, dont il est question en priorité dans le film. Le parallèle entre le navire et la jeune femme est par conséquent bien au rendez-vous.

Quoi qu’il en soit, Fidelio, l’odyssée d’Alice est un long-métrage novateur puisqu’il s’attache à mettre en lumière la vie des marins de marchandises, mais surtout la vie d’une femme dans un environnement masculin. Ce film peut donc se concevoir comme féministe même si ce n’est pas son intention de base car « le féminisme du film ne se situe pas sur un mode « anti-hommes » » selon Lucie Borleteau.

Amandine Darmochod

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