Enigma De la musique plein la tête et de la magie plein les yeux

Dans leurs interviews présentant leur création Enigma, Philippe Fournier et David Massot avaient insisté sur « l’échange », « l’enchantement » et l’idée de « dépoussiérer les arts du cirque ». Croyez-nous, ils ne nous ont pas menti ! L’Orchestre Symphonique Confluences (OSC) de Lyon et le Cirque Imagine de Vaulx-en-Velin ont réussi le mariage de l’orchestre et du cirque. De cette « énigme » est ressortie un spectacle onirique et magique.

trapèzeUne complicité artistique entre musiciens, circassiens et public

Le spectacle s’ouvre avec l’apparition de David Massot, auguste visuel, plus communément appelé « clown muet » qui dirige l’orchestre de Philippe Fournier donnant lieu à une cacophonie qui l’effraie. La gestuelle de David Massot est telle que le public, hilare est conquis et comprend tout l’intérêt d’avoir un orchestre sur scène. On peut interagir avec lui. La musique n’est plus qu’un support mais devient un acteur majeur du numéro. Notre clown se rendant compte de son échec se décide à nous chercher un vrai chef d’orchestre, Philippe Fournier, directeur de l’OSC. La musique de L’apprenti Sorcier de Paul Dukas ouvre le bal et nous invite à assister à la naissance d’une belle potion Enigma. Plusieurs fois, les circassiens et l’orchestre vont interagir, montrant si besoin est que les musiciens ne font qu’un avec la musique et la musique qu’un avec l’artiste circassien. Ainsi les musiciens épousent le cirque pour nous plonger au cœur d’un monde plein de surprises. En plus de la complicité entre les différents artistes, renforcée par le fait qu’ils font les changements d’installation les uns pour les autres, le chef d’orchestre interpelle régulièrement le public pour lui expliquer ce qu’est le spectacle et lui parler de sa création. Public qui est plusieurs fois mis à contribution par les frères Massot, l’auguste et le ventriloque.
Le public conscient de la chance qu’il a de pouvoir admirer ce spectacle ne tarit pas d’applaudissements ni de rires pour saluer les performances qui défilent devant nous. Le chapiteau du cirque de Vaulx-en-Velin s’anime et vibre. Plusieurs voix pour un seul et magnifique canon !

Des performances remarquables… malgré quelques accrocs

ventriloque

Comme annoncé par Phlippe Fournier dans l’interview qu’il nous a accordée, ils ont alterné les numéros « de telle manière à ce que dans un tableau multicolore, on n’ait pas une tâche de rouge d’un côté, jaune de l’autre, mais au contraire qu’on ait un ensemble ». Force est de constater que le « tableau multicolore » se peint effectivement sous nos yeux ébahis. L’alternance des numéros de « performance » (acrobaties , jonglages et portées en tout genre) et les numéros de clowns et de ventriloquie donnent un rythme dynamique au spectacle, ce qui fait qu’on ne s’ennuie jamais, on n’est pas lassé par telle performance car elle ne ressemble jamais à la précédente. David Massot est brillant en auguste visuel, à chacune de ses apparitions, il joue d’un « instrument » différent et nous entraîne dans son monde avec une aisance incroyable, il n’a pas obtenu le premier prix du festival du Cirque des Mureaux ni le prix spécial du Festival International de cirque de Prague pour rien. Du rire garanti, tout comme lorsque son frère Serge entre en scène. Ce ventriloque, capable de moduler sa voix de ventriloquie lui permettant de manipuler facilement des membres du public, nous émerveille. S’il est excellent lorsqu’il se joue des spectateurs, il l’est moins avec sa marionnette, la faute à un texte pas toujours efficace. Chez les Massot, on a le cirque dans le sang, cela fait 5 générations que la famille baigne dans le milieu circassien et une sixième arrive avec Michael M, jeune jongleur de diabolo qui bien qu’encore mineur nous éblouit par sa maîtrise et son audace. Si son jeune âge attire la bienveillance du public malgré les deux figures géniales ratées mais retentées et réussies tout de suite après, il n’hésite pas à faire le show et son habileté n’est déjà plus à démontrer. Si son jeune âge lui fait faire quelques erreurs, il est fort à parier que s’il continue comme ça, dans une dizaine d’années, il sera probablement l’un des meilleurs de sa discipline.

diabolo

Misha et Nataliya sont un couple d’acrobates formidables ! Ils réalisent avec grâce et élégance des figures de haute-volée. Nataliya portent à plusieurs reprises son compagnon que ce soit lors du numéro de portée ou de trapèze, forçant le respect et l’admiration du public. Quant à Misha, voir un homme capable de tenir sur un trapèze par la seul force de sa nuque, moi je dis « chapeau ! »

Jeanne Eden et Martina Supkova, qui, respectivement, dansent sur des sangles aériennes et un tissu aérien, sont tout simplement superbes ! Leurs numéros portés par la musique de l’orchestre sont tout simplement envoûtant, tout est tellement impressionnant que le public ne sait pas quand il doit arrêter d’applaudir…

Lindzee Poi, découvert sur internet ne fait pas partie de la troupe permanente du cirque mais intervient trois fois avec des numéros de bolas, de Poi et des manip ring. S’il est très bon dans chaque domaine, il nous a moins bluffé que ses compagnons du jour. Sa technique et ses compositions poétiques sont bonnes mais alors que les autres artistes circassiens réalisent des prouesses rarement réalisées, lui innove peu dans ses shows, ça reste très classique. C’est bien le seul de la troupe à ne pas « dépoussiérer les arts du cirque » comme le veut la ligne artistique du Cirque Imagine.

tissu aérienLes numéros seuls, bien qu’excellents, ne suffisent pas à nous faire voyager, ce qui nous plonge dans cette féérie, dans cette magie, ce sont les effets lumineux et la musique. La lumière tantôt tamisée, tantôt colorée, tantôt criarde permet de créer des ambiances intimistes favorisant l’adéquation du public avec les artistes et au spectateur de se laisser envahir par cet Enigma. Titre magistralement jouée par les 35 musiciens de l’Orchestre Symphonique Confluences qui emporte et fait chavirer le spectateur tout comme les autres morceaux. Tout ce qui manque à ce spectacle, c’est un programme des musiques associées aux numéros, car après avoir écouté de telles mélodies, on ne souhaite qu’une chose les réentendre chez nous avant de les apprécier de nouveau sur scène, qui sait ?

Si vous ne savez pas quoi faire ce mardi 14 octobre à 20h, foncez à Vaulx-en-Velin car ça vaut le détour ! Ce serait dommage de rater un moment unique de partage (les artistes, très disponibles, n’hésitent pas à échanger avec vous à la fin de la représentation) et d’émotion ! Un grand merci aux musiciens et aux artistes pour nous faire redécouvrir le crique autrement qu’avec du dressage ou un clown à nez rouge et aux chaussures trop grandes !

Jérémy Engler


Et pour ceux qui ne pourraient pas s’y rendre, séance de rattrapage avec Délices, un dîner-spectacle époustouflant à voir toute l’année et avec le Cirque de Noël en décembre.

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