Entre larmes et émerveillement – Oscar et la Dame Rose au Pandora

Tous les jours à 12h au Pandora pendant le festival Off d’Avignon, vous pouvez retrouver Oscar et la Dame Rose, une adaptation du best-seller d’Eric-Emmanuel Schmitt, par la compagnie des Greniers de Toulouse, avec une mise en scène de Lucie Muratet.

Une mise en scène émouvante

C’est dans un pyjama rayé qui rappelle les blouses d’hôpital que Pierre Matras nous accueille pour sublimer le texte d’Eric-Emmanuel, déjà terriblement émouvant. Pendant une heure vingt, il incarne Oscar, un petit garçon de 10 ans, en phase terminale à l’hôpital. La joie de vivre, l’émerveillement au monde de l’enfant ne sont pas entamés par la perspective d’une mort qu’il sait prochaine.
Le choix d’un acteur adulte pour incarner un petit malade pourrait paraître étonnant, mais il y a une beauté touchante à voir émerger un enfant à la voix fluette de ce corps d’adulte. En effet, Oscar est confronté à des problématiques de personne mature, et le voir grand sur scène nous rappelle trop bien qu’il n’aura pas le temps de vieillir. La chambre d’Oscar, dans laquelle se passe tout le drame, est habitée de trop de jouets, qui semblent coexister dans une démesure qui veut compenser la maladie.

© Guillaume Fraysse
© Guillaume Fraysse

Tristesse et clarté

Mais ce n’est pas seulement la tristesse qu’Oscar provoque en nous – c’est aussi l’émerveillement devant son inépuisable humanité. On a l’impression, à l’instar du globe posé sur sa table de nuit, qui ne s’éteint jamais qu’à la fin, qu’un bout du monde tel que nous le connaissons s’en va avec le garçon. Les jeux de lumière, orchestrés par Christian Toullec, sont d’ailleurs très subtils – la lumière diffuse qui est systématiquement présente au début de la pièce semble s’interrompre de pans d’obscurité de plus en plus fréquents jusqu’aux derniers mots, prononcés par la voix chevrotante de Mamie Rose, dans le noir.
Mamie Rose est une dame venue pour distraire les enfants malades à l’hôpital. Elle nous parle à travers Oscar, et c’est avec beaucoup d’humour que le garçon imite sa voix chevrotante. En fait, malgré l’ambiance tragique de la pièce, Oscar nous fait aussi rire. Le texte fourmille d’anecdotes amusantes qu’il raconte à propos des autres petits malades. Vous hésiterez donc souvent entre rires et larmes avec cette pièce subtile. Ce texte est en fait un dialogue à deux voix, entre Oscar, et la dame Rose qui fait tout pour qu’Oscar vive des derniers jours heureux, et qu’il conserve son sourire. Et elle réussit – Oscar n’est jamais vaincu par la maladie, sa merveilleuse humanité bat dans nos cœurs quand le sien s’arrête.

Un besoin de transcendance ?

Mamie Rose propose au garçonnet d’écrire à Dieu, pour qu’il puisse se confier et connaître un peu de paix. La pièce est donc animée par ce besoin de transcendance que la vieille femme a ressenti chez le petit garçon, mais sans être religieuse. La dame rose, pour soulager Oscar, invente aussi un jeu. Les jours d’Oscar étant comptés, elle lui propose de faire comme si chaque jour passé correspondait à 10 années vécues. Oscar, montre en main, prend cette idée très au sérieux, et somme toute il fait comme s’il allait passer par toutes les étapes marquantes de la vie adulte. Il commence d’ailleurs par un concentré d’humanité, drôle et triste, qui ne vous laissera sûrement pas indifférent ! Toute la salle s’est levée pour applaudir.

Adélaïde Dewavrin

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *