Entretien avec Patrick Savidan : Voulons-nous vraiment l’égalité ? 

Patrick Savidan, invité le 25 novembre par la Villa Gillet dans le cadre du festival Mode d’Emploi est venu apporter quelques éléments de réponse à la question : voulons-nous vraiment l’égalité ? Entretien à la Métropole de Lyon : Patrick Savidan nous expose son constat et répond aux questions des spectateurs. Une rencontre enrichissante !

Patrick Savidan : un observateur des inégalités

Patrick Savidan est philosophe et spécialiste des questions de justice et de cohésion sociale. Il a participé à la création de l’observatoire des inégalités (2003) et en est l’actuel président. Cet outil est né du constat que les débats sur les sujets de justice sociale donnaient lieu à des empoignades virulentes. Lorsqu’il s’agissait de connaître les chiffres officiels sur des sujets comme les pauvres, les classes moyennes, la place des femmes dans la société, on pouvait entendre tout et son contraire. L’idée fut donc d’essayer d’utiliser les connaissances à la disposition de Patrick Savidan et de ses collaborateurs pour créer un site libre qui ferait autorité pour donner des informations, alimenté d’articles et régulièrement mis à jour. Avec l’aide de chercheurs spécialistes, l’observatoire des inégalités est devenu un outil de référence. Il n’a pas d’objectifs militants, il se veut radicalement indépendant et a pour fonction essentielle d’informer.

Savidan

Inégalités et paradoxes

C’est donc autour du thème de la justice sociale que s’est créé l’observatoire, et c’est de là que Patrick Savidan a pu remarquer l’importance que prenaient les questions d’inégalités  dans le débat public. Cependant un paradoxe apparaît : plus les Français ont de connaissances sur les inégalités, plus ces inégalités se développent. D’une manière étrange, la connaissance n’implique pas de pallier les écarts. D’où l’interrogation : voulons-nous vraiment l’égalité ?

Les Français trouvent la société trop injuste, 80 % d’entre eux veulent plus de justice sociale d’après les statistiques et ce chiffre est stable depuis de nombreuses années. Alors pour quelle raison les inégalités se creusent-elles encore ?

Les Français sont-ils hypocrites ? Mais s’ils l’étaient, ils trouveraient des justifications aux inégalités. Alors se sentent-ils impuissants ? Autrement dit, ils veulent que ça change, mais ne savent pas par où commencer ; peut-être, mais ce n’est pas suffisant pour justifier la croissance d’inégalités. Sont-ils manipulés par des forces économiques qui les dominent sans qu’ils le sachent ? Peu probable aussi selon Patrick Savidan. Il propose alors l’hypothèse de la faiblesse de volonté. C’est agir d’une manière dont on sait qu’elle est contraire à notre meilleur jugement. Appliquer ce schéma pour expliquer le paradoxe de la montée des inégalités fonctionne plutôt bien, à ceci près que cela implique que les gens sont soit irrationnels, soit immoraux. Donc cette hypothèse n’est pas la plus satisfaisante, car elle ne tient pas.

Le conflit de solidarité

Le problème n’est pas un problème d’individualisme, mais de conflit de solidarité. Les Français pratiquent une solidarité élective selon Patrick Savidan. Par exemple, ils se détournent de la solidarité publique, car la solidarité familiale passe au premier plan. La tension plus grande à l’égard de l’aide aux minorités en France fonctionne sur le même principe. Le devoir des politiques est de renouer le lien. Ces problèmes de conflits de solidarités seraient en partie dus à l’accélération du temps et à la précarité, qui pousseraient les individus à s’orienter vers des solidarités plus réduites. Patrick Savidan parle d’ « accélération du temps » pour exprimer le sentiment de ne pas pouvoir être assuré de garder ou améliorer son mode de vie. Cependant l’erreur commise est de considérer que le sentiment de sécurité quant à l’avenir ne dépend pas des autres considérés comme concurrents. Au contraire, c’est un bien commun qui ne peut être assuré et augmenté que pour tous.

Patrick Savidan, avec des mots et un raisonnement clair encourage le vivre ensemble et une solidarité collective. Le paradoxe lié à l’augmentation des inégalités doit nous comprendre que la prise de conscience de la réalité des inégalités n’est pas suffisante pour résoudre les problèmes. La question qui au départ semblait rhétorique prend tout son sens à la fin de la présentation : voulons-nous vraiment l’égalité ?

Anaïs Mottet

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