Un environnement sombre et angoissant pour La fille dans l’escalier

Louise Welsh, auteure britannique de romans policiers, étudie à l’Université de Glasgow et obtient une maîtrise en Histoire de l’Art. A la fin de ses études, elle tient une librairie pendant huit ans, mais elle décide de retourner à l’université pour obtenir une maîtrise en Lettres. Elle débute par la suite sa carrière d’écrivain en 2002 avec The Cutting Room. Après cinq romans dont The Girl on The Stairs (La fille dans l’escalier, dont nous allons parler ici) et trois nouvelles, elle écrit la trilogie Plague Times, dont les deux premiers tomes, parus respectivement en 2014 et en 2015, s’intitulent A Lovely Way to Burn et Death is a Welcome Guest.

Une immersion dans la vie de Jane

Layout 1Jane, enceinte de plus de six mois, débarque à Berlin dans le quartier de Mitte. Elle emménage dans l’appartement que vient d’acheter sa concubine Petra mais Jane ne se reconnaît pas dans cette habitation meublée très design. Pour rejoindre sa fiancée en Allemagne, elle quitte son travail et son environnement pour devenir une future femme au foyer et pendant ce temps-là, Petra continue sa vie professionnelle. A-t-elle bien fait de tout abandonner ? Ce futur bébé est-il vraiment le bienvenu ? L’auteure appuie sur le côté affectif de son personnage principal et sur son malaise face à cette grossesse. Jane se pose des questions et s’ennuie. Pour passer le temps, elle s’intéresse à son environnement et aux personnes qui le composent. L’endroit et ses environs sont sombres, un lieu hostile chargé d’un passé historique lourd en raison de son ancienne appartenance au communisme : le côté Est de Berlin au temps où la ville et l’Allemagne étaient divisées par le fameux « mur ». Les bâtiments sont vétustes, certains mêmes délabrés et le cimetière en vis-à-vis semble tout droit sorti d’un film d’épouvante avec ses nombreux corbeaux. « Dans cette ville, on ne pouvait jamais être sûr de ce qui s’était passé. La souffrance s’imprégnait-elle dans les murs des bâtiments, les cris capturés telle une image sur une plaque photographique ? » Jane est désemparée face ce quartier où les clochards se traînent et où l’on devine des prostituées en plein travail de nuit. Louise Welsh délimite l’espace de son intrigue, comme une sorte de huis clos intérieur. Elle isole son personnage par la barrière de la langue et de la culture…
Jane, pour tuer son ennui, observe, guette et épie les moindres bruits de son voisinage. Rapidement, elle trouve matière à satisfaire son imagination en la personne d’Anna, des autres voisins et d’un bâtiment qui surplombe la cour.
Louise Welsh nous dépeint pratiquement la moitié de son récit comme une vision oppressante, angoissante et sombre de son héroïne et de son environnement. Peu à peu l’auteur nous enferme dans la peur par sa description des lieux inquiétants. On pense immédiatement au magnifique Alfred Hitchcock qui n’avait pas son pareil pour ce type d’univers.

La psychologie au service d’une intrigue bien noire

Pendant plusieurs chapitres qui nous semblent bien longs, l’écrivain tisse sa toile de fils en fils avec beaucoup de subtilité et un pragmatisme mathématique ! Rudement bien ficelée la trame de l’intrigue ! En effet, à force d’observer les autres vivre, Jane imagine tout un tas de choses bizarres comme la disparition d’Anna qui l’obsède. Les lumières du bâtiment inoccupé surplombant la cour qui s’étiolent dans la nuit, les perpétuels va et vient de personnes étranges, ses voisins qui lui paraissent de plus en plus suspects et même sa concubine Petra lui semble avoir des secrets. L’auteure nous invite dans la tête de Jane et insiste sur son état psychologique fragile, elle la modèle, la transforme et essaie de l’enfermer dans une sorte de paranoïa par des bouffées délirantes, des fantômes, des secrets et des fantasmes. Elle fait de Petra une femme sûre d’elle et lui donne un rôle sur mesure par le biais de ses absences professionnelles. Mais est-elle vraiment partie ?
Inexorablement, Jane sombre dans un autre monde mais est-ce vraiment de la paranoïa ? N’a-t-elle pas raison dans ses raisonnements ? Et si tout était vrai ?
Que le lecteur se rassure, le meurtre sera au rendez-vous et le dénouement totalement inattendu dans le respect du thriller habituel !

©Steve Lindridge
©Steve Lindridge

Louise Welsh arrive à glisser le doute dans l’esprit du lecteur par une écriture simple mais efficace. Les effets sombres des lieux et des personnages sont très bien amenés et particulièrement la froideur qui anime et articule l’intrigue. L’instabilité des personnages est essentielle au récit et parfaitement introduite par l’image mentale de Jane. Le lecteur ressent au fond de ses entrailles une angoisse qui l’étreint au même titre que l’héroïne du livre. On peut presque se confondre avec elle et épouser son oppression grandissante.

Au-delà de l’histoire

Dans La fille dans l’escalier, l’auteure joue avec la corde sensible de la psychologie dans un récit qui monte en pression aux fils des pages. Dans la deuxième moitié du livre, la machine infernale s’emballe pour nous embarquer dans une histoire haletante et digne d’un thriller. Cette intrigue reflète plusieurs couleurs qui encadrent très bien le récit : le blanc, le gris, le noir et le très noir !
Au-delà du récit, l’auteure pointe le doigt sur la difficulté de vivre l’isolement et peut nous faire réfléchir sur la condition des migrants mais également sur le côté néfaste des affres du passé qui agissent sur la psychologie de l’être humain et de la place tenue par l’affectif dans les relations humaines. Louise Welsh nous parle également de cette ancienne et nouvelle Allemagne qui peine à se reconstruire et se débarrasser de son lourd passé.

Françoise Engler

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